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18 décembre 2012 2 18 /12 /décembre /2012 13:12

            Alors que s’ouvre aujourd’hui la 15ème audience du procès « KCK /Istanbul » qui se déroule depuis le 10 décembre 2012 à Silivri, le GIT réitère son soutien à tous ceux qui, en exerçant leur liberté d’enseignement, de recherche et de libre diffusion des savoirs par l’édition et la traduction, se trouvent accusés injustement de terrorisme. Nous tenons à rappeler que plusieurs figures du monde intellectuel et des universités de Turquie, telles que le professeur Büşra Ersanlı et l’éditeur Ragıp Zarakolu sont toujours mis en accusation dans le cadre de ce procès politique, tandis que d’autres chercheurs comme Ayşe Berktay et Deniz Zarakolu, ainsi que de nombreux étudiants, purgent des peines de prison préventive depuis plus d’un an. Outre le scandale judiciaire de ces peines d’emprisonnement, le GIT proteste vivement la nature des accusations qui visent la pratique même de la recherche et de l’enseignement - comme s’il s’agissait d’acte de terrorisme.

            Nous, chercheurs et enseignants membres du GIT, constatons avec consternation que le gouvernement AKP, dont le ministre de l’intérieur avait déclaré, il y a tout juste un an, que certaines activités scientifiques et artistiques constituaient une « arrière-cour pour la terreur », persiste dans sa politique d’oppression envers toutes les libertés dont une démocratie est faite. Un gouvernement qui criminalise ainsi l’activité intellectuelle risque, tôt ou tard, de basculer dans la dictature – à l’opposé de l’image démocratique qu’il souhaite présenter à l’opinion internationale.

            Dans ces conditions, nous continuerons d’affirmer notre solidarité avec nos collègues turcs injustement accusés et de nous mobiliser pour que cesse cette persécution de grande ampleur. Nous demandons la libération immédiate d’Ayşe Berktay, de Deniz Zarakolu et des nombreux étudiants en détention, ainsi que la fin des poursuites arbitraires contre les hommes et les femmes de savoir en Turquie.       

 

 

 

           

 

 

           

 

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13 décembre 2012 4 13 /12 /décembre /2012 21:53

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Le CCAF est particulièrement redevable à Ragıp Zarakolu. Cet éditeur a été en Turquie le précurseur de la reconnaissance du génocide arménien. Celui qui a ouvert la voie, au péril de sa vie et de sa liberté. Il paye jusqu’à aujourd’hui au prix d’énormes souffrances et de risques ce combat qui participe de l’honneur de son pays. Au commencement de mon engagement, qui remonte au début des années 70, nous avions organisé avec un groupe d’étudiants un meeting à la maison d’Italie de la Cité universitaire sur le thème : « Arménien, Kurde, Turc : trois peuples en lutte ». Nous voulions alors souligner la convergence d’intérêts entre ces entités. Nous pensions que l’accession de la Turquie à une véritable démocratie passait par la reconnaissance du génocide des Arméniens et le respect des droits de ses minorités. Dans le même élan, nous souhaitions dire que le mouvement arménien n’était pas dirigé contre le peuple turc, dans une logique revancharde ou d’affrontement inter-ethniques, mais qu’il s’inscrivait contre un système d’Etat et une idéologie criminelle oppressive pour les uns et les autres.

L’engagement de Ragıp Zarakolu incarne aujourd’hui ces idéaux premiers. Il est celui qui a permis le processus de reconnaissance qui est en train de prendre forme dans certains cercles d’avant-garde de son pays. Nous lui devons les avancées enregistrées ces dernières années en Turquie (pétition des intellectuels turcs, publication de livre sur la question).

Le CCAF avait souhaité en 2005 lui exprimer sa gratitude en lui décernant une médaille du courage, lors d’une cérémonie qui s’était déroulée à la mairie de Paris le 24 avril 2005 en présence de Bertrand Delanoë. Plus récemment, nous l’avons bien sûr soutenu durant les épreuves qu’il a traversées, notamment en 2011 et 2012. Et nous avons participé à l’inscription de sa candidature au prix Nobel de la Paix, qu’il nous semblait largement mériter.

Je profite de sa venue aujourd’hui pour lui renouveler nos remerciements et pour saluer cette lueur d’espoir qu’il a allumée il y a trente ans et qui continue à nous éclairer jusqu’à aujourd’hui.

Ara Toranian

Coprésident du CCAF (Conseil de coordination des organisations arméniennes de France)

(Photographie : Jean Eckian)

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13 décembre 2012 4 13 /12 /décembre /2012 00:44

Ouverture par le Groupe international de travail (GIT) « Liberté de recherche et d’enseignement » de la Conférence de Ragıp Zarakolu et d’Erol Özkoray, le 12 décembre 2012 à Paris, à l’Ecole des hautes études en sciences sociales.

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Ici, à l’Ecole des hautes études en sciences sociales, nous avons le plaisir d’ouvrir cette conférence très exceptionnelle par la qualité des deux orateurs, les éditeurs en sciences sociales Ragıp Zarakolu et Erol Özkoray, déployant toute leur activité intellectuelle depuis Istanbul.

 

Cette conférence est proposée en association avec la division de l’audiovisuel de l’EHESS qui assure un enregistrement video prochainement mis en ligne sur Canal U (ainsi que sur France Culture Plus), avec les éditions de l’EHESS qui incarnent une haute exigence des savoirs scientifiques et de leur rôle d’intervention dans l’espace public, et enfin avec le Conseil de coordination des associations arméniennes de France (CCAF) qui mène une action déterminée de soutien aux libertés démocratiques en Turquie dont souhaitent précisément témoigner Ragıp Zarakolu et Erol Özkoray : s’ils sont là aujourd’hui, libres et à Paris, c’est largement grâce à la solidarité qui les a entourés.

 

Ragıp Zarakolu et Erol Özkoray s’emploient à maintenir en Turquie ces droits fondamentaux que sont les libertés de production et de diffusion du savoir savant. Pour les exercer, ces deux éditeurs sont sous le coup de multiples procès, d’inculpations, ils ont connu l’incarcération préventive, la libération conditionnelle que connaît actuellement Ragıp Zarakolu après avoir été emprisonné dans un établissement de haute sécurité du de novembre 2011 à avril 2012. De ceci, l’Europe et le monde en ont peu connaissance malgré les efforts de multiples organisations des droits de l’homme, d’associations de défense des journalistes, des avocats, - et aujourd’hui, de défense des chercheurs, éditeurs, traducteurs, universitaires, étudiants.

 

Nous avons créé le GIT comme un instrument de solidarité pour ces acteurs décisifs de la démocratisation en Turquie qui nous concerne tous, tant au Moyen Orient qu’en Europe. Nous l’avons imaginé aussi comme un outil d’analyse critique pour comprendre la réalité du modèle turc dont nous vantent les médias. Il s’agit d’interroger ce modèle au regard des libertés de recherche et d’enseignement que nous tenons pour essentielles, précisément parce qu’elles permettent cette approche critiques des phénomènes sociaux, politiques, culturels.

 

Le GIT, fort aujourd’hui de centaines de chercheurs de part le monde et en Turquie, est né de la volonté de protéger ces défenseurs des libertés de savoir, ces intellectuels démocrates qui sont la dignité de la Turquie, qui s’inscrivent dans la longue lignée d’écrivains, d’artistes et de penseurs qui ont su dédaigner les lauriers, faire don de leur repos et de leur sécurité, et se placer à la pointe du combat contre la raison d’Etat, la haine de race et l’oppression, au nom de la justice et de la vérité, parce qu’ils ont pensé que leur devoir était d’agir pour faire exister un pays libre.

 

Ils ne sont pas seuls. Comme leurs combats durent depuis des décennies, depuis des décennies des solidarités se construisent en Europe comme au tréfonds de la société turque. Ces solidarités puisent leur force dans ces incroyables volontés de résister à l’écrasement, à continuer de parler, d’écrire, de créer, de publier, à l’image de Ragıp Zarakolu, engagé depuis 1968, depuis ses premiers articles pour les revues Ant (« Le Serment ») et Yeni Ufuklar (« Nouveaux Horizons »), depuis le lancement du quotidien Demokrat, depuis la création en 1977 des éditions Belge avec Ayse Nur Zarakolu.

 

Le professeur Diana Gonzalez, qui a cofondé le GIT avec Hamit Bozarslan et d’autres de nos amis très chers, et qui devait elle aussi ouvrir cette conférence, a souligné dans un message à Ragıp Zarakolu combien son engagement est capital pour l’avenir des jeunes générations, pour tous ces étudiants et étudiantes de Turquie qui rejettent l’horizon répressif qu’on leur impose, mais dont les meilleurs sont emprisonnés, jusqu’au propre fils de Ragıp Zarakolu, Deniz Zarakolu, en prison depuis quatorze mois pour avoir parlé publiquement de La politique d’Aristote.

 

Par leurs écrits puissants, leur courage résolu, leur foi dans la liberté, les intellectuels démocrates sont l’honneur de la Turquie. Ils conduisent depuis tant d’années une politique morale, rare et solennelle. Ils veillent parmi les avenues du monde, comme Nazim Hikmet arpentait les collines d’Ankara à la tombée de la nuit, à la seule lumière des « lampes de l’épicier Karabet »… Nous avons tous éprouvé, un jour dans notre vie, la lumière qui venait du passé pour éclairer notre présent de l’éclat de la vérité.

 

Cher Erol, cher Ragıp, nous vous souhaitons la bienvenue, ici, dans cet amphithéâtre François-Furet qui porte le nom d’un historien intransigeant sur les combats nécessaires, ici où nous avons tenu la première réunion du Git, à l’annonce de  votre arrestation par les forces antiterroristes, de l’arrestation du Professeur Ersanlı, de Deniz Zarakolu, de la jeune Büsra Beste, de tant d’autres qui ne renoncent ni à l’honneur ni à la connaissance. 

 

(photographie : Jean Eckian) 

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9 décembre 2012 7 09 /12 /décembre /2012 12:51

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Aziz Tunç, auteur publié par les éditions Belge, a été arrêté le même jour que Deniz Zarakolu, le fils de Ragıp Zarakolu (fondateur avec sa femme Ayşe Nur, de Belge). Depuis le 7 octobre 2011, il est incarcéré. Son procès débutera le 12 décembre. Vous pouvez lui manifester votre solidarité, et à travers lui à tous les intellectuel (le) s persécutés et emprisonnés par le pouvoir d’Etat en Turquie. Ecrivez-lui !

 

Aziz Tunç  / 2 Nolu L tipi Cezaevi /  Silivri Kampusu / Silivri- İstanbul

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8 décembre 2012 6 08 /12 /décembre /2012 00:05

Dans le cadre de l’atelier du Groupe international de travail (GIT) « Liberté de recherche et d’enseignement en Turquie », le GIT France organise une Conférence à l’Ecole des hautes études en sciences sociales, le mercredi 12 décembre 2012, de 13h à 15h, à l’amphithéâtre François-Furet, 105 boulevard Raspail, 75006 Paris.

 

L’enjeu des sciences sociales et de leur publication

dans la Turquie d’aujourd’hui

 

A Committment to the Freedom of Publishing in the social sciences

(en anglais)

par

Ragıp Zarakolu, fondateur et directeur des éditions Belge

 

Suivi de

 

D'Idea Politika à Idea Politika, 1998-2012

(en français)

par

Erol Özkoray, éditeur en science politique

 

Ouverture par Vincent Duclert, professeur agrégé à l’EHESS ; Ara Toranian, co-président du CCAF ; Hamit Bozarslan, directeur d'études à l'EHESS

 

Conclusion et modération du débat par Hamit Bozarslan et Vincent Duclert

 

 

Conférence organisée en association avec  les Editions de l'Ecole des hautes études en sciences sociales et le Conseil de Coordination des Organisations Arméniennes de France (CCAF).

Contacts : hamit.bozarslan@ehess.fr, duclert@ehess.fr

 

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1 décembre 2012 6 01 /12 /décembre /2012 14:27

Affaire Pinar SELEK

 

Communiqué de Presse

du GIT France

 

Paris, le 1er décembre 1012

 

 

Nous, enseignants et chercheurs de France, membres du GIT, déclarons solennellement que nous sommes très inquiets pour les libertés intellectuelles et pour celle d’entreprendre des recherches  en Turquie, après l’audience du 22 novembre 2012 instruisant un procès politique contre notre collègue, la sociologue Pinar SELEK. Nous appelons à la soutenir, et à travers elle, les libertés de recherche et d’enseignement en Turquie, lors de la nouvelle audience qui aura lieu le 13 décembre.

 

 

Pinar Selek, une des sociologues les plus renommées de Turquie, connue pour ces travaux innovateurs sur les marges de la société comme les femmes, les homosexuel (le)s, les enfants des rue, les Kurdes… est en danger.

 

En 1998, elle a été accusée d’avoir placé une bombe dans le Marché aux épices d’Istanbul. Or, toutes les expertises ont clairement démontré que l’explosion intervenue était due au gaz. Elle a été accusée en raison de ses recherches et de ses engagements pour défendre les exclus de la société turque.

 

Au long d’un feuilleton judiciaire interminable, elle a été acquittée à trois reprises. Mais ces verdicts d’acquittement ont été systématiquement cassés par la Cour de cassation. Le 22 novembre 2012, un tribunal d’Istanbul (dont la cour a été subitement modifiée dans sa composition) a décidé elle aussi de revenir sur les décisions de justice, en cassant l’acquittement, d’une manière totalement illégale dans la mesure où un tribunal n’est pas autorisé à modifier un arrêt définitif déjà rendu. Par cette décision, le tribunal en question s’est substitué à la Cour de cassation. A l’audience prévue du 13 décembre 2012, la cour aura la possibilité de revenir sur sa décision et de confirmer l’acquittement. Dans le cas contraire, notre collègue sera condamnée à la prison à perpétuité, alors que son innocence a été proclamée à trois reprises.

 

Pinar Selek mène actuellement ses recherches doctorales à Strasbourg. Elle est un membre prestigieux de la communauté scientifique de France. Nous déclarons que nous sommes solidaires de notre collègue. Nous demandons pour elle, et pour tous ceux et celles actuellement en prison, inculpés ou menacés pour leur recherche ou leur enseignement, une justice respectueuse des libertés élémentaires et des droits fondamentaux.  

 

GIT France

 

 

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24 novembre 2012 6 24 /11 /novembre /2012 07:58

Le GIT France s'associe au Communiqué de l'association de défense du droit dans l'affaire Pinar Selek :

 

Une décision jamais vue dans l'Histoire mondiale du Droit 

 

Le procès qui avait lieu au sujet d'éventuelles vices de forme dans les cas annexes réunis avec le procès du Marché des Epices où Pinar Selek avait été acquittée trois fois de suite, s'est achevé le 22 novembre 2012 sur une décision scandaleuse. Le tribunal de la Cour pénale n° 12 d'Istanbul est revenu sur sa décision d'acquittement prise le 9 février 2011, d'une manière illégale. 

Pour la première fois dans l'Histoire mondiale du Droit, un tribunal a considéré nul et non avenu son propre  arrêt d'acquittement cassé par la Cour de cassation pour lequel il avait résisté par le passé.

Une illégalité flagrante 

Cette « décision intermédiaire » dont l’inclusion même dans l’ordre du jour était impossible selon les règles, qui a choqué les avocats et le public venu assister au procès, signifie clairement et publiquement une violation du Code de la Procédure pénale.

Selon ce code, l’acquittement n’est pas une décision intermédiaire, mais une décision finale, un arrêt. Cet arrêt ne peut faire l’objet d’un appel qu’au niveau de la Cour de cassation. Un arrêt prononcé par le tribunal n’est plus dans sa juridiction mais dans celle de la Cour de cassation. En annulant son propre arrêt, le tribunal a joué le rôle d’une cour d’appel pour sa propre décision et a joué le rôle de la Cour de cassation en examinant son propre arrêt.

La poursuite des décisions nulles et non avenues

Rappelons qu’à cause de l’appel du Procureur général, le Procès du Marché aux Epices devait aller à la Grande chambre de la Cour de Cassation. Mais comme les cas annexes se poursuivaient, la procédure attendait la fin de l’ensemble du dossier. Autrement dit, cet arrêt devrait être depuis longtemps devant la Grande chambre de la Cour de Cassation et les considérations du Procureur général sur un procès terminé étaient déjà nulles et non avenues. De la même manière la dernière décision du tribunal qui prend une telle décision montre que dans ce procès il y a une stratégie délibérée de la violation des lois.

Une opération délibérée et calculée

 

Les juges, lors d’une réunion qui a duré 1h30 qui a eu lieu avant le procès, ont pris la décision en question, en présence du procureur et en l’absence des avocats. Ensuite cette décision fut communiquée aux avocats sans aucune présentation de justification, sans accorder aux avocats un quelconque droit à la parole. De surcroit, cette décision fut prise, 1 an 9 mois après l’arrêt de l’acquittement, après 5 séances, au moment où le juge principal était en congé maladie, par un juge remplaçant ne maitrisant pas le dossier accompagné des membres nouveaux.

Il faut donc poser la question suivante : d’où trouvent ceux qui mettent leur signature au bas d’une telle série de scandales l’audace d’agir avec autant de manque de responsabilité ? La réponse à une telle question indique une opération délibérée et calculée. L’opinion publique nationale et internationale clamant la justice depuis 14 ans pour Pinar Selek sont conscientes de ce jeu des dupes et sont décidées à défaire ce jeu. 

Venez défaire ce jeu lors de la séance du 13 décembre 2012 à 14h00

Plateforme « Nous sommes toujours témoins »

 

voir également le site d'Etienne Copeaux, présent à l'audience : http://www.susam-sokak.fr/article-affaire-pinar-selek-une-audience-scandaleuse-112746966.html 

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21 novembre 2012 3 21 /11 /novembre /2012 19:16

Au jour de son premier anniversaire, le GIT (Groupe international de travail « Liberté de recherche et d'enseignement en Turquie ») annonce qu'a été décidé le principe d'une grande conférence internationale qui se tiendra à Istanbul. Elle réunira les membres des différentes branches constitutives de cette initiative ainsi que d'autres chercheurs invités et universitaires spécialistes. Cette conférence dressera le tableau des libertés de recherche et d'enseignement en Turquie, fera le bilan des activités du GIT sous toutes leurs formes, et pilotera une série de travaux sur l'objet de ces libertés. Les détails de l'organisation seront précisés au cours du premier trimestre 2013.  


GIT Initiative

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20 novembre 2012 2 20 /11 /novembre /2012 00:09

 

Demain 21 novembre 2012,

 

le Groupe international de travail GIT

« Liberté de recherche et d’enseignement en Turquie »

 

aura un an

 

 

 

Un an de mobilisation internationale

 

Les activités de la branche française

 

21 novembre 2011-21 novembre 2012

 

Document de synthèse – Document de travail

 

 

Rédigé par GIT France, 20 novembre 2012

 

Voir le Document de travail en allant sur « Archives », sur ce même site

 

I. Document de synthèse. Création, principes et missions du GIT

 

 

La Turquie contemporaine est aujourd’hui dominée par un pouvoir conservateur, de plus en plus autoritaire, incarné dans le parti AKP et son leader incontesté, Recep Tayyip Erdoğan, lesquels contrôlent le Parlement, le gouvernement, la présidence de la République, de très nombreuses municipalités et, depuis la soumission du pouvoir militaire, la justice, la diplomatie, l’armée et la totalité des forces de sécurité. A cela s’ajoute la puissance économique de l’AKP et ses dirigeants, le très large contrôle de la presse et des groupes de médias, les tentatives de mise au pas des universités comme celle de Galatasaray.

 

Alors que les libertés civiles, publiques et politiques avaient pu progresser après la victoire de l’AKP aux élections générales de 2002, le parti se présentant comme celui de la démocratie, de la paix, de la prospérité et du projet européen, celles-ci se retrouvent une nouvelle fois sous le feu d’une répression de plus en plus sévère. Cette répression frappa pour commencer les milieux kémalistes militaires, mais aussi civils et intellectuels, accusés d’avoir planifié une conspiration massive contre le gouvernement islamo-conservateur. Une instruction monstre dit « Ergenekon », violant les règles élémentaires de droit, aboutit à l’emprisonnement de dizaines de prisonniers politiques dont des journalistes qui enquêtaient sur les pratiques gouvernementales.

 

La question kurde, qui avait semblé trouver un début de solution à travers l’approche pragmatique de l’AKP, retomba dans un manichéisme simpliste où tout partisan d’un dialogue avec la minorité kurde se voit menacé d’arrestation pour terrorisme, en vertu de la loi anti-terreur. Cette nouvelle politique répressive, qui débuta au milieu de l’année 2010, s’exerça en premier lieu sur les cadres et les militants du parti autorisé pro-kurde, le BDP. Puis furent visés les intellectuels favorables à une paix avec les Kurdes, à l’octroi de droits culturels et au respect des libertés fondamentales dans les régions à majorité kurde – la meilleure politique pour marginaliser l’option de la lutte armée et de la répression militaires. Des arrestations massives d’intellectuels – éditeurs, traducteurs, chercheurs, universitaires, étudiants – eurent lieu à partir de l’automne 2011. Un autre procès monstre fut orchestré, à partir de l’accusation d’appartenance à une internationale terroriste kurde dite « KCK », celle-ci fonctionnant selon les procureurs sous couvert de l’académie culturelle du BDP. D’anciens procès politiques comme celui visant la sociologue Pınar Selek sont relancés avec un acharnement particulier.

 

L’implication d’intellectuels d’origine non kurde dans la question kurde témoignait du souci de traiter cette dernière comme un problème politique pouvant trouver sa solution dans l’engagement pour la démocratie en Turquie. Elle exprimait aussi la volonté de traiter de l’histoire turque en termes de recherche de vérité et d’usage des sciences sociales, comme au sujet du génocide des Arméniens et du sort des minorités religieuses, ethniques ou sociales en Turquie. Il est symptomatique de constater que les premières grandes figures d’intellectuels arrêtés durant le mois d’octobre 2011 furent Ragıp Zarakolu, l’éditeur le plus actif dans la publication d’études sur le génocide arménien, le destin des minorités et la question kurde, et Büşra Ersanlı, sociologue, universitaire, spécialiste de la fabrique turque de l’histoire officielle. Même si ces deux arrestations ne peuvent faire oublier celles de centaines d’étudiants demandant plus de démocratie dans les universités, elles sont cependant emblématiques de la politique répressive conduite sur les personnes mais aussi sur la liberté de pensée, de recherche et d’enseignement en Turquie.   

 

La violence avec laquelle le pouvoir d’Etat et le pouvoir politique s’acharnent sur ces intellectuels définit objectivement un « tournant liberticide » en Turquie, où les gardes à vue, les dossiers d’accusation et les détentions préventives indéfiniment prolongées traduisent un viol caractérisé des principes fondamentaux établissant une justice juste, preuve d’un basculement de la démocratie proclamée vers un despotisme accéléré. Le millier d’arrestations opérées depuis octobre 2011, auxquels s’ajoutent les sept à huit mille membres du BDP incarcérés et les inculpés et condamnés dans un autre procès monstre, celui d’Ergenekon visant les kémalistes, intellectuels nationalistes mais aussi journalistes enquêtant sur les pratiques du pouvoir. Avec ses dix mille prisonniers politiques estimés, la Turquie a retrouvé les premiers rangs des nations enfermant les défenseurs des droits humains et les intellectuels indépendants.

 

En dépit de cette répression de haute intensité, les intellectuels démocrates turcs qui ont échappé aux arrestations ont dénoncé cette politique répressive, ont manifesté leur solidarité avec les emprisonnés et ont organisé leur défense. Ce nouvel engagement, qui fait suite à beaucoup d’autres depuis la naissance de la République en 1923, souligne la constance des combats intellectuels en Turquie et traduit la haute conscience démocratique dont sont porteurs nombre de ces acteurs de la société civile. Une place particulière est accordée dans ces engagements aux artistes, autant qu’aux journalistes et juristes, ainsi qu’aux chercheurs, jeunes chercheurs doctorants et universitaires. La place des femmes dans ces actions est également élevée.

 

Le caractère gravissime du viol des libertés de recherche et d’enseignement en Turquie et la volonté d’agir en faveur de ces dernières ont convaincu un groupe de chercheurs et d’universitaires travaillant en France de constituer un réseau international précisément fondé sur la défense de telles libertés considérées comme fondamentales et partagées, au-delà des frontières, des Etats et des nations. Non seulement elles conditionnent la pratique régulière des savoirs scientifiques mais, de plus, elles supposent un cadre général de démocratie politique, intellectuelle et sociale. La désignation d’un tel objectif commun à des chercheurs du monde entier conduit à s’intéresser aussi bien à la philosophie, à la sociologie ou à l’histoire de ces libertés, qu’à la situation d’un Etat et d’un parti politique en guerre contre celles-ci. L’articulation d’un combat de solidarité professionnelle avec une contribution savante à la connaissance est ainsi constituée.

 

Ces principes généraux ont défini la création, à Paris le 21 novembre 2011, d’un « Groupe international de travail » [GIT] en faveur de la « Liberté de recherche et d’enseignement en Turquie ». La structure en GIT est inédite et a été inventée à cette occasion par une première équipe. Datée du même jour, une déclaration inaugurale fut signée par trente-deux chercheurs. Elle définit les principes et les objectifs du GIT constitué internationalement sous l’appellation « GIT Initiative ». Celle-ci suggéra la création, dans tout pays ouvert à ce type d’action, d’antenne indépendante souscrivant aux principes adoptés le 21 novembre 2011, et proposa des règles de méthode. Des antennes virent le jour, en quelques semaines, en Amérique du Nord, au Royaume-Uni, en Allemagne, en Suisse, en Italie, en Grèce, ainsi qu’en Turquie. Certains de ces groupes se donnèrent leur propre déclarations inaugurales, et tous ou presque se dotèrent de sites internet.

 

Ces branches ne sont pas stricto-sensu des groupes nationaux, mais réunissent des chercheurs travaillant dans un milieu scientifique et intellectuel donné. Le GIT est étranger à des caractérisations ethniques ou nationales, et s’attache essentiellement à promouvoir la circulation des personnes, des libertés et des savoirs. Le document de travail qui accompagne (ci-dessous) cette synthèse détaille et documente l’histoire du GIT, le contexte et les raisons de sa naissance, et la première année d’activité de la branche française.

 

L’antenne de France fut créée le 21 novembre 2011, simultanément à la constitution du GIT Initiative. Relativement à l’action du GIT France, celui-ci a concentré ses efforts sur un triple registre. Il s’est agi d’abord d’aider à la création des antennes (de ce point de vue, GIT France a contribué à l’activité du GIT Initiative) grâce à ses contacts et à son expérience tout en s’appliquant à leur laisser une pleine indépendance et à ne pas interférer dans leurs choix. Il s’est agi dans le même temps de favoriser une connaissance approfondie des libertés de recherche et d’enseignement en Turquie, et de soutenir le travail de veille autant que d’intervention sur la situation des collègues emprisonnés ou menacés. Il s’est agi enfin, dans la conformité de l’idée fondant le GIT, de travailler comme chercheur et d’instituer à cette fin un Atelier universitaire, accueilli dans les locaux l’Ecole des hautes études en sciences sociales, et dont les activités ont consisté en des recherches ou des soutiens aux recherches sur la liberté de la recherche et d’enseignement en Turquie (voir les Archives sur ce site GITFrance).

 

L’action du GIT a été particulièrement visible le 2 juillet 2012, à l’ouverture du procès monstre « KCK » à Silivri, un énorme complexe judiciaire et pénitentiaire installé à une heure de route d’Istanbul. Une forte délégation du GIT Turquie et de représentants du GIT Initiative était présente. Libérée préventivement le 13 juillet, le professeur Büşra Ersanlı a souligné le rôle du GIT dans ce relatif recul de la justice répressive turque. Depuis les relatifs succès de l’été 2012, dus notamment à l’importance de la mobilisation intellectuelle internationale et à l’action constante sur le terrain, une nouvelle étape dans la répression a été enregistrée. Le mouvement de grève de la faim des prisonniers politiques, surtout kurde, est combattu par le gouvernement, au prix de la mort probable des grévistes. Une solidarité de principe s’est affirmée par les intellectuels et chercheurs, elle veut s’opposer à la situation carcérale alarmante dans les prisons turques.

 

 

Se dressant devant ces actes répétées de violation des droits fondamentaux, la création du Groupe international de travail « Liberté de recherche et d’enseignement en Turquie » a voulu signifier solennellement la puissance des internationales scientifiques dans le monde, l’importance que leurs membres accordent aux libertés de recherche et d’enseignement, la gravité de la situation turque, enfin l’efficacité des solidarités universitaires pour s’opposer aux politiques répressives des Etats ou des partis.

 

. Hamit Bozarslan, directeur d’études à l’Ecole des hautes études en sciences sociales/EHESS (histoire, sociologie), Yves Déloye, professeur à Sciences Po Bordeaux et à l’université Paris 1 Panthéon-Sorbonne (science politique), secrétaire général de l’Association française de science politique, Vincent Duclert, professeur agrégé à l’EHESS (histoire), Diana Gonzalez, docteure de l’EHESS (sociologie, esthétique), Ferhat Taylan, doctorant à l’université de Bordeaux et traducteur (philosophie). Rejointe temporairement par Cengiz Cağla, professeur invité à l’EHESS (science politique), cette équipe intégra par la suite Emine Sarikartal, doctorante à l’université de Paris-Ouest, traductrice et éditrice (philosophie).

. Voir le site officiel www.gitinitiative.com

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19 novembre 2012 1 19 /11 /novembre /2012 23:58

Aujourd’hui s’est déroulée à Bursa une nouvelle audience dans le procès de l'étudiante franco-turque Sevil Sevimli (voir l’Appel du GIT en date du 2 novembre 2012 publié sur ce site).

A l'issue de deux heures de débats, la cour criminelle a rejeté une nouvelle fois la demande de levée du contrôle judiciaire. La prochaine audience a été fixée au 16 janvier 2013.

Le président de l'université de Lyon 2, Jean-Luc Mayaud, où Sevim Sevimli suivait ses études avant de venir en Turquie, était présent. Il a déclaré, à l’issue de l’audience : « Les faits sont très fragiles, il y a une discordance entre ce que dit la loi turque et ce qu'en disent les services de sécurité ». « C'est une étudiante de chez moi et je viendrai la chercher", a-t-il ajouté. 

L’Appel du GIT a souligné combien le cas Sevil Sevimli était emblématique d’un acharnement à criminaliser l’indépendance des étudiants. Cette affaire doit être prise très au sérieux.  

  

Jeudi 22 novembre à Istanbul aura lieu un autre procès, celui en appel de Pınar Selek (voir le blog dédié ainsi que le site pinarselek.fr ). le cas de cette chercheuse aujourd’hui réfugiée en France relève du déni de justice, comme l’écrit l’historien Etienne Copeaux dans une lettre qu’il lira jeudi devant le tribunal (http://www.susam-sokak.fr/article-soutien-a-p-nar-selek---22-novembre-112537622.html).

 

« Car c'est bien de cela qu'il s'agit : la sociologue a été acquittée trois fois, les chefs d'inculpation n'ont pas résisté aux expertises, il n'y a plus de charge contre elle. Pourtant le jugement est sans cesse reporté, et lorsqu'un jugement est prononcé en sa faveur, il est cassé.

Ce déni de justice est à l'origine d'une peine extra-légale : l'extension indéfinie de la durée d'un procès ; il s'agit d'une véritable torture psychologique qui empêche le ou la prévenue de vivre une vie normale. Selon la Convention européenne des droits de l'homme (art. 6), que la Turquie a signée, « Toute personne a droit à ce que sa cause soit entendue (...) dans un délai raisonnable ». Est-ce que la justice turque estime « raisonnable » un délai de quatorze ans pour juger un crime qui n'a pas été commis ?

Pınar Selek a déjà été emprisonnée durant deux ans et demi, pour rien. Elle sait que si elle rentre en Turquie, elle risque à nouveau la prison. Elle est donc contrainte à l'exil, pour pouvoir vivre normalement et continuer ses travaux de recherche, car elle est une travailleuse infatigable. C'est donc une peine de relégation extra-judiciaire qui a été infligée à Pınar Selek, comme à de nombreux autres citoyens turcs. Ainsi par la simple menace, par la pression du système juridique, la Turquie peut se débarrasser de certains intellectuels qu'elle juge gênants.

Non seulement c'est une violence extra-légale faite aux opposants, mais c'est une perte absurde pour le pays. Les intellectuels de la trempe de Pınar Selek sont une richesse, ils représentent l'avenir.

Certes, cela a été un honneur pour nous, en Allemagne, puis en France, de l'accueillir. Mais son pays est la Turquie, sa ville est Istanbul, son terrain de recherche est ici.  [...]

Certes, la Turquie a les apparences d'un Etat de droit ; mais le droit est construit pour exercer la contrainte, la justice est transformée en un instrument de répression : elle atteint un degré d'état d'exception, de régime autoritaire et coercitif, qui cherche à intimider sa population et à imposer le silence.

J'ai déjà mentionné le déni de justice, la prolongation indéfinie de certains processus judiciaires ; je dois mentionner aussi l'outrepassement du droit, qui fait que les juges peuvent estimer qu'une répétition de certains actes légaux peut devenir « signe d'appartenance à une organisation terroriste » et justifier à leurs yeux l'incarcération et une lourde condamnation. Nous en avons observé des exemples l'été dernier. Les Français, en particulier, le savent bien depuis que l'une de leurs compatriotes, Sevil Sevimli, a été arrêtée. [...]

Je souhaite à mes amis turcs le bonheur de pouvoir vivre dans un pays démocratique, libéré d'une guerre qui dure depuis bientôt trente ans – et nous avons appris en France à quel point ce genre de conflit peut mettre en danger la démocratie. »

 

Ces deux événements judiciaires traduisent la politique de répression des autorités turques à l’égard des étudiants et chercheurs en Turquie. Le Groupe international de travail « Liberté de recherche et d’enseignement en Turquie » observe avec une grande inquiétude le développement d’un système d’enfermement de la pensée libre en Turquie et de soumission des jeunes générations.  

 

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