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4 juin 2013 2 04 /06 /juin /2013 05:37

Je me permets de vous envoyer ci-dessous le témoignage d'un ami, un jeune chercheur dans une faculté de droit à Istanbul, qui relate la situation actuelle à Istanbul à partir de son expérience de bénévole en matière d'aide juridique dans les commissariats et à la préfecture.

Ce texte dont l'auteur souhaite rester anonyme en raison de ses fonctions à l'université, a été rédigé suite aux appels à témoignage lancés par le journal Le Monde, déjà clôturé au moment où je vous fais parvenir ce message.

En espérant que vous pourrez faire circuler, diffuser, dans la presse de langue française, dans vos réseaux, blogs ou sites web, ce témoignage et bien d'autres pour pallier à la censure ambiante et pour dénoncer les abus non seulement policiers mais aussi judiciaires actuellement en cours.

Une doctorante en sociologie

 

 

TEMOIGNAGE D'UN JEUNE CHERCHEUR EN DROIT

"Salut au peuple Français, et à l’humanité entière ;

Je suis un assistant de recherche à la faculté de droit d’une université publique à Istanbul. Jusqu’à la nuit du 31 Mai 2013, moi non plus, je ne croyais pas que la résistance de Gezi Parkı allait réussir, j’étais vraiment désespéré et ne pensais pas participer aux protestations.

Le 31 Mai, vendredi soir, je suis allé à Beylerbeyi qui se trouve sur la rive asiatique. Quand j’ai quitté le taxi, j’ai remarqué qu’il y avait l’influence du gaz lacrymogène (dont j’avais déjà eu l’expérience plusieurs fois lors des manifestations du 1er Mai et autres actions collectives), mes yeux et mon nez brûlaient. Imaginez que depuis la Place Taksim et Gezi Parkı qui se trouvent sur la rive européenne de la ville, on a utilisé tellement de gaz lacrimogène qu’on pouvait sentir ses effets sur la rive asiatique. Regardant l’autre rive du Bosphore, on pouvait clairement voir la fumée du gaz qui s’élevait de Taksim et de Beşiktaş.

Moi et mes amis avons decidé de participer aux protestations et sommes allés à Taksim. Vers 22h, nous y sommes arrivés et nous nous sommes dirigés au Barreau d’Istanbul sur l’avenue Istiklal. Le Barreau d’Istanbul orientait les avocats bénévoles vers les commissariats et postes de police pour aider les personnes se trouvaient en garde en vue et demandaient de l’aide juridique ainsi que pour constater et dénoncer les cas de torture.

Après avoir visité quelques commissariats, nous qui étions dix avocats, sommes allés à la Préfecture de Police d’Istanbul, Avenue Vatan. Là-bas, il y avait 81 manifestants en garde à vue. Avant notre arrivée, ils avaient déjà fait leur déposition avec l’aide des avocats commis d’office et le procureur de la République avait décidé de les relaxer et les papiers étaient signés par les manifestants aussi. Cependant, ni le procureur de la République et ni les policiers n’ont donné aucun exemplaire de ces documents, ni aux manifestants, ni à leurs avocats. Enfin, le procureur de la République a déclaré que, compte tenu des récents événements, il avait décidé de ne pas les relaxer. Les avocats ont demandé un exemplaire des papiers de déclaration et de la décision de relaxe, mais la police a insisté pour ne pas donner ces documents aux avocats.

On n’avait aucun moyen de prouver ce geste illégal. Les avocats commis d’office ont recueilli une déclaration sur cette décision de la police et du procureur, qui ne donnaient pas et ne montraient pas les documents aux concernés. Et les avocats bénévoles ont recueilli une autre déclaration sur la détention arbitraire des manifestants qui étaient déja relaxés selon la loi. Puisque la police ne fournissait pas les photocopies, les avocats ont rédigé chaque document au moins 3 fois à la main et ils ont présenté ces déclarations dans les dossiers du procureur et de la police. Les manifestants en garde à vue ont attendu dans les salles de garde à vue, et dans les bus (comme les salles étaient pleines, une partie des personnes étaient surveillées dans les bus) jusqu’au lendemain (samedi) après-midi, puisqu’ils n’ont pas pu plaider au tribunal de garde.

Pour le moment je ne vais pas vous raconter la répression et la violence policières dans les rues. Vous le voyez sur les réseaux sociaux qui sont qualifiés de « trouble à l’ordre public » par notre premier ministre. Mais imaginez ce que peut faire la police d’un pays dont le procureur de la République agit d’une manière si arbitraire."

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1 juin 2013 6 01 /06 /juin /2013 14:17

Communiqué du GIT initiative, 1er juin 2013


« Le Groupe international de travail Liberté de recherche et d’enseignement en Turquie condamne sans appel l'usage disproportionné de la force policière contre les manifestants d'Istanbul et d'autres villes de Turquie, comme il a protesté inlassablement depuis 2011 contre la politique de répression des libertés publiques et de persécution des intellectuels, des universitaires, des étudiants, des éditeurs et traducteurs.

 

Le GIT invite les chercheurs et enseignants du monde entier à faire savoir au gouvernement turc leur profonde réprobation et à alerter leurs propres autorités de la gravité de la situation en Turquie. Il appelle le gouvernement turc à cesser sur-le-champ cette répression démesurée et à procéder sans tarder à des réformes démocratiques majeures, ou bien à se démettre en vue de nouvelles élections. » 

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1 juin 2013 6 01 /06 /juin /2013 13:52

Les médias professionnels, mais aussi de nombreux manifestants et de simples citoyens munis d’appareils photo et de caméras document, minute après minute, les événements d’Istanbul. Voir notamment le site http://occupygezipics.tumblr.com/

occupy.jpg

 

occupy-2.jpg

 

occupy 3

 

Voir aussi http://bigbrowser.blog.lemonde.fr/2013/06/01/occupygezi-suivre-les-manifestations-en-turquie-en-ligne/ 

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1 juin 2013 6 01 /06 /juin /2013 12:04

Les manifestations qui ont lieu hier à Istanbul et dans différentes villes de Turquie, et qui s’étendent aujourd’hui au point que l’on parle désormais de « printemps turc » (éditorial du Monde du 1er juin, à voir plus bas*), sont d’une importance extrême. Le point de départ est la volonté de milliers d’Istambouliotes de sauver de la destruction un petit parc merveilleux, ouvert à tous, au centre des quartiers européens qui ne possèdent presqu’aucun espace vert, une sorte de jardin comme il en existait dans la ville ottomane, avec de beaux arbres, des terrasses où l’on boit du thé en écoutant la rumeur de la ville, lieu des beaux souvenirs de tous les Istambouliotes qui aiment leur ville, la flânerie et la vie, témoin -comme la place Taksim sur lequel il ouvre généreusement- des grandes heures de la démocratie turque, dernier vestige peut-être d’une mixité sociale en train de disparaître. Tout le monde se retrouve dans le Gezi Park, les mariés, les amoureux, les amis, les familles, les touristes, tous sur les bancs publics. Il portait bien son nom, le parc de la promenade. Et voilà ce songe bien vivant qui disparaît.

018.JPG

Déjà, l’espace du parc avait été  grignoté par la construction de grands hôtels. Mais le cœur demeurait, si proche de la place Taksim.

027.JPG

Et puis sont venus les projets de la municipalité d’Istanbul, pilotés par le gouvernement dont le chef, Erdogan, a été maire de la ville, à savoir détruire le parc, enfermer ce qui allait rester d’espaces verts dans une ancienne caserne ottomane reconstituée et un centre commercial vitrine d'un capitalisme débridé, de la même manière que la place Taksim est en train d’être profondément remodelée pour un meilleur contrôle des personnes et des corps. Sous prétexte d’un modernisme débordant et techniciste, le gouvernement du parti majoritaire islamo-conservateur recherche la destruction d’un esprit istambouliote qui représente à ses yeux un contre-pouvoir intolérable. Ces grands travaux concentrent l’avantage de flatter le peuple et le nationalisme, et d’éradiquer de la ville dissidente ces foyers de contestation. L’action destructrice du gouvernement relayée par la municipalité s’articule avec la politique répressive déclenchée depuis 2010 et contre laquelle le GIT n’a pas cessé, depuis sa création en novembre 2011, de protester et de s’opposer.

Depuis hier vendredi, les Istambouliotes ont refusé cette destruction du Gezi Park et des valeurs auxquelles ils sont attachés, et nous aussi. La police a fait un usage disproportionné de la force, agissant avec une grande violence, contre des manifestants venus défendre des arbres et un style de vie. Aujourd’hui, les manifestations s’étendent dans toute la Turquie. Elles deviennent politiques, contre la brutalité pour tout dialogue, les pratiques autoritaires, l’étouffement des droits et des libertés dont ce gouvernement a fait son credo. Les citoyens et citoyennes turques prouvent ici leur haute conscience démocratique dont les chercheurs connaissent l’historicité.


GIT (VD)

Reuters-Le-Monde-1er-juin-2013.jpg

Photographies (VDuclert et Reuters)

Sur Le Monde, en plus de l’éditorial du daté 2 juin,

http://www.lemonde.fr/europe/article/2013/05/31/a-istanbul-mobilisation-citoyenne-contre-un-projet-urbain-controverse_3421514_3214.html

http://www.lemonde.fr/style/article/2013/06/01/turquie-suivre-la-situation-en-direct_3422326_1575563.html

http://www.lemonde.fr/europe/article/2013/05/31/un-projet-d-amenagement-urbain-enflamme-le-centre-d-istanbul_3422035_3214.html

et le blog de Guillaume Perrier, correspondant permanent du Monde à Istanbul :

http://istanbul.blog.lemonde.fr/

 

Pour suivre les événements, également le blog d’Etienne Copeaux

http://www.susam-sokak.fr/

vidéos en direct:

 

http://www.livestream.com/revoltistanbul

 

reportage heure par heure:

 

http://mashallahnews.com/?p=10341

Si vous voulez en savoir plus concernant cette nuit agitée (qui n'est vraisemblablement pas la dernière si on en croit la situation de ce matin; dans le centre-ville, les artères centrales sont toujours occupées par de nombreux manifestants)   et ce qui est en train de se jouer, voici d’autres liens :

http://www.livestream.com/revoltistanbul    (TV en direct)

 


http://occupygezipics.tumblr.com/ ( images téléchargées au fil des heures)

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7 mai 2013 2 07 /05 /mai /2013 15:51

 

 

The International Workgroup on Academic Liberty and Freedom of Research in Turkey(GITTurkey)

 

GITTurkey , which was established in the wake of the arrest of Prof. Büşra Ersanlı and which aims to fight pressures and restrictions academics and researchers face in Turkey, is organizing a symposium on judicial injustices experienced by academics and researchers.  

 

The symposium entitled “Academy Behind Bars: Prejudicial Research, Criminal Subjects”  will take place in Mimar Sinan University of Fine Arts (Bomonti campus) on May 10, 2013 from 10:15 a.m. to 5:30 p.m. and will discuss violations of rights and liberties in academy within the framework of enforcement of penal law.

 

The discussion will be further expanded by focusing on the works and acts of Pınar Selek, Müge Tuzcuoğlu, Dr. A. Kerim Gültekin and Prof. Büşra Ersanlı, who were arrested due to their works or political activities, imprisoned and/or taken hostage by the jurisdiction. 

 

You are cordially invited to the symposium organized by GITTurkey in an attempt to promote freedom of thought and expression for not only the academic staff in universities but also for all members of the academy including students and independent researchers in Turkey, to prevent and track violations of liberties and to  raise the public awareness in this matter.   

 

To contact: info@gitturkiye.org Web:  http://gitturkiye.org/; https://www.facebook.com/gittr

 

ACADEMY BEHIND BARS: PREJUDICIAL RESEARCH, CRIMINAL SUBJECTS

 

May 10, 2013

Mimar Sinan University of Fine Arts

Bomonti Campus, Amphitheatre 214-215

 

10:15-10:30         Opening remarks: Prof. Füsun Üstel

 

First session:         Dual Face of Law and Academic Freedom

Moderator: Prof. Füsun Üstel

10:30-11:00         Academic Freedoms – The “domestic law” of universities, Prof. Ayşe Erzan

11:00-11:30         What is academic freedom and what does it serve? Fikret İlkiz, Solicitor

11:30-12:00         Coffee break

12:00-12:30         Discussion

                                                                                       

Second session:   Portrait of a Researcher as a “Criminal”

Moderator: Assoc. Prof. Zeynep Gambetti 

14:00-14:20         Looking at oneself by looking at the other: Mirrors, masks and Pınar Selek, Assist. Prof. Reyda Ergün

14:20-14:40         From Pertev N. Boratav to A. Kerim Gültekin: Why Political Anthropological Studies are Prejudicial for the State?, Prof. Neşe Özgen

14:40-15:30         Discussion (with the participation of Senem Donatan from “We are Still Witness” Platform and A. Kerim Gültekin)

15:30-16:00         Coffee break

16:00-16:20         In Search of the Stone: Remarks on the State, Justice and Juveniles through the Case of Müge Tuzcuoğlu, Bahar Şahin Fırat

16:20-16:40         Intellectual Activism of Büşra Ersanlı, Equalization and Liberation for Dignity and Justice, Assist. Prof.. Nurşen Gürboğa

16:40-17:30         Discussion (with the participation of Müge Tuzcuoğlu and Prof. Büşra Ersanlı)   


 

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26 mars 2013 2 26 /03 /mars /2013 08:06

Sous l’égide du Groupe international de travail (GIT) « Liberté de recherche et d’enseignement en Turquie »

 

MERCREDI 3 AVRIL 2013 

de 17h30 à 19h

 

Rencontre avec Laure Marchand et Guillaume Perrier,

correspondants du Figaro et du Monde en Turquie, 

à l’occasion de la parution de leur livre : 

 

La Turquie et le fantôme arménien

Sur les traces du génocide 

éditions SOLIN - ACTES SUD

 

 

Avec la participation de Hamit Bozarslan (EHESS), 

Vincent Duclert (EHESS) et Raymond Kévorkian (Université de Paris 8)

 

 

EHESS - Amphithéâtre François-Furet

105 bd Raspail, 75007 Paris

Métro Saint-Placide ou Notre-Dame-des-Champs

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27 janvier 2013 7 27 /01 /janvier /2013 08:26

Le monde universitaire français est révolté. Nous sommes encore une fois témoins d’une injustice flagrante. La 12e cour pénale d’Istanbul, à travers son arrêt du 24 janvier, a condamné la sociologue, universitaire, défenseure des droits humains, Pinar Selek, à la perpétuité non compressible pour l’explosion du marché aux épices d’Istanbul, survenue en 1998.

Au bout de 15 ans de procédure, notre collègue n’avait jamais été condamnée. En dépit de pseudo-rapports d’expertise, d’« aveux » obtenus sous la torture et d’erreurs de procédures trop systématiques pour être in-intentionnelles, Pinar Selek avait été acquittée trois fois, en 2006, 2008 et 2011.

Cette explosion était due à une fuite de gaz. Pinar Selek avait été persécutée parce qu’elle menait une étude sociologique sur les militants du PKK (Parti des Travailleurs du Kurdistan) et avait refusé de donner les noms de ses contacts comme l’éthique scientifique l’exige. Son arrestation et sa mise en jugement revêtaient un caractère clairement politique.

Plus accablante encore aux yeux des autorités, Pinar Selek avait orienté ses recherches vers l’ensemble des groupes sociaux opprimés de la société turque, autant de tabous, autant de plaies sociales : les enfants de rue, les travailleuses de sexe, les gays et lesbiennes, les transsexuelles et les transgenres, les Kurdes, les Arméniens… Ainsi devenait-elle, étape par étape, une intellectuelle engagée, qui, non contente d’observer et d’analyser, agissait.

Cette dimension de chercheure et de femme de terrain a fait d’elle la cible d’un acharnement judiciaire sans précédent. Le 22 novembre 2012, un tribunal d’Istanbul (dont la cour a été subitement modifiée dans sa composition) a décidé de revenir sur les décisions de justice, en cassant l’acquittement, d’une manière totalement illégale dans la mesure où un tribunal n’est pas autorisé à modifier un arrêt définitif déjà rendu. Le 24 novembre, bien que le président de la cour, le seul qui connaissait le dossier, celui qui avait prononcé trois acquittements successifs, ait argué de l’autorité définitive de la décision d’acquittement, les deux autres juges, sous influence, ont déclaré Pinar Selek « coupable » d’un attentat jamais commis, la condamnant à la perpétuité ou à l’exil définitif.

Pinar Selek mène actuellement ses recherches doctorales à l’Université de Strasbourg. Elle est un membre prestigieux de la communauté scientifique de France. Son Université est débout à ses côtés, comme le déclare si clairement le Président Alain Beretz.  Nous, universitaires, enseignants et chercheurs de France et travaillant en France, déclarons donc que nous sommes solidaires avec notre collègue. Nous demandons pour elle, et pour tous ceux et celles actuellement en prison en Turquie, inculpés ou menacés pour leur recherche ou leur enseignement, une justice respectueuse des libertés élémentaires et des droits fondamentaux. Il en va du respect des valeurs universelles, comme celle de la liberté de pensée, d’expression et celle d’entreprendre des recherches académiques.

GIT France, Paris, 27 janvier 2013
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22 décembre 2012 6 22 /12 /décembre /2012 07:55

Remise du prix "Info-Türk 2012 pour la liberté" à Ragip Zarakolu par Dogan Özgüden (Photo: Dursun Aydemir)

 

Ragip-Prix-Bruxelles.jpg


Les citoyens appartenant aux diasporas arméniennes, assyriennes, kurdes et turques en Belgique ainsi que leurs amis d'autres origines différentes se sont retrouvés le 19 décembre 2012 aux Ateliers du Soleil à l'occasion de la soirée marquant la remise du prix « Info-Türk 2012 : Pour la liberté » à un invité hors du commun, Ragıp Zarakolu, auteur, journaliste, éditeur et défenseur des droits de l'Homme.
 
Ce prix avait été décerné à
Ragıp Zarakolu au début de cette année alors qu'il se trouvait dans la prison de haute sécurité de type-F de Kocaeli.

 
Après une série de rencontres à Paris, Zarakolu a d'abord tenu une conférence de presse le mercredi 19 décembre 2012 à la Fédération européenne des journalistes (EFJ) sur l'état actuel de la liberté d'expression en Turquie.
 
Lors de cette conférence de presse modérée par le journaliste Mehmet Köksal, le vice-président de l'EFJ Philippe Leruth était un des intervenants principaux sur la situation dramatique de la liberté de la presse en Turquie. Un des moments les plus marquants de cette rencontre au Centre de la presse internationale était l'intervention de Jean-Claude Defossé, sénateur Ecolo et ancien journaliste, qui a fait part de son indignation quant à la situation en Turquie ainsi qu'au fait que le monde politique et la presse belge ne réagissent pas contre la violation de la liberté d'expression dans ce pays candidat à l'Union européenne.

  

Le même jour, à partir de 16h30, Ragip Zarakolu a rencontré ses amis dans les locaux des Ateliers du Soleil.
 

Après une présentation de la soirée par la présidente des Ateliers du Soleil Iuccia Saponara, les dirigeants de la Fondation Info-Türk Dogan Özgüden et Inci Tugsavul ont remis à Zarakolu le certificat du prix « Info-Türk 2012 Pour la liberté ».
 
En échange, Ragıp Zarakolu a remis aux associations de la diaspora, Fondation Info-Türk, Institut kurde de Bruxelles, Association des Arméniens démocrates de Belgique et l'Institut assyrien de Belgique un des livres que sa maison d'édition Belge a publié après sa mise en liberté.
 

Conférence de presse de Zarakolu à Bruxelles

 Ragip-prix-Bruxelles-conf-presse.jpg

Philippe Leruth, Mehmet Köksal et Ragip Zarakolu à la tribune de la conférence de presse

 

L'éditeur et journaliste Zarakolu a tenu une conférence de presse le mercredi 19 décembre 2012 à la Fédération européenne des journalistes (EFJ) sur l'état actuel de la liberté d'expression en Turquie.

Lors de cette conférence de presse modérée par le journaliste Mehmet Köksal, le vice-président de l'EFJ Philippe Leruth était un des intervenants principaux sur la situation dramatique de la liberté de la presse en Turquie.
 
Un des moments les plus marquants de cette rencontre au Centre de la presse internationale était l'intervention de Jean-Claude Defossé, sénateur Ecolo et ancien journaliste, qui a fait part de son indignation quant à la situation en Turquie ainsi qu'au fait que le monde politique et la presse belge ne réagissent pas contre la violation de la liberté d'expression dans ce pays candidat à l'Union européenne.
 
Communiqué de la Fédération européenne des journalistes (EFJ):

72 journalistes se trouvent actuellement derrière les barreaux de prisons turques. Leur crime ? Rien de moins que d’avoir fait leur métier. Et si la presse n’y est pas libre, le droit à l’expression ne l’est pas davantage : la censure frappe aussi les intellectuels, les universités et, régulièrement, des sites internet. Qu’est-ce qui ne va pas avec ces libertés, pourtant fondamentales, en Turquie ? "La liberté de la presse est un thermomètre de la démocratie et, en Turquie, le thermomètre est cassé", a souligné Philippe Leruth, vice-président de la Fédération européenne des journalistes (FEJ), le 19 décembre, lors d’une conférence de presse à Bruxelles.
 
Pourquoi la Turquie détient-elle le record du monde du nombre de journalistes emprisonnés ? « On y criminalise le travail des journalistes », résume Philippe Leruth, comme ce fut le cas pour Baris Terkoglu, « adopté » par l’AGJPB. Mais les journalistes ne sont pas les seuls à faire les frais de cette répression : la Turquie vient ainsi de se faire condamner par la Cour européenne des droits de l’Homme pour violation de l’article 10 de la Convention européenne de droits de l’Homme, qui garantit la liberté d’expression. L’affaire portait sur le blocage de l’entièreté du service Google Site, faute de n’avoir pu interdire l’accès à l’un des sites hébergés sur cette plateforme et qui était accusé d'outrage à la mémoire d'Atatürk, le fondateur de la Turquie.
 
« En prison, j’étais plus libre d’écrire »
 
Ragıp Zarakolu, né en 1948, est un chroniqueur turc, écrivain, éditeur. Ce défenseur acharné des droits de l’Homme était venu pour témoigner de longues années de répression et d'harcèlement qui l’ont conduit, à plusieurs reprises, en prison. Ragıp Zarakolu a commencé à écrire au lendemain de ses études, en 1968. Trois ans plus tard, après le coup d’Etat, il est emprisonné pendant trois ans. En 1977, il fonde une maison d’édition qui sera soumise à la censure. Malgré l’acharnement des autorités turques, il n’a jamais déposé sa plume. En 2007, l’association des journalistes turcs le récompensait pour sa défense de la liberté d’expression.

Ragıp Zarakolu a notamment abordé le concept "d’ennemi intérieur" ainsi que l’importance du soutien international pour les intellectuels turcs. Non sans humour, il a affirmé qu’il était plus libre d’écrire lorsqu’il était emprisonné. Tout en rappelant les conditions pénibles de détention : privations, isolement… « C’est une réelle torture ». Il est également revenu sur l’assassinat de Hrant Dink, journaliste et écrivain turc, d’origine arménienne, assassiné à Istanbul en 2007. « Hrant Dink nous a sauvé la vie car sa mort a suscité des réactions importante dans le monde. » Quant à craindre pour sa propre vie, Ragıp Zarakolu dit ne pas s’en soucier. « Et je n’ai pas peur. »


« Je suis indigné du monde politique et journalistique belge ! »

Jean-Claude Defossé, sénateur écologiste et ancien journaliste, a fait part de son indignation quant à la situation en Turquie. Mais pas seulement : « Je suis indigné du monde politique belge qui a mis un an, au Parlement de la Fédération Wallonie-Bruxelles, pour faire voter une résolution condamnant les atteintes à la liberté de la presse en Turquie. Et encore, il a fallu la diluer en y associant des pays des Balkans. Je suis encore indigné de constater à quel point la presse belge est silencieuse et entretient une omerta par rapport à ce qui se passe en Turquie. Je suis indigné et honteux par rapport à mes anciens collègues. Ici, il ne s’agit pas de plombiers-zingueurs mais de journalistes ! Je ne leur demande pas de faire du militantisme mais de faire leur métier. »

Les actions de la FEJ

Comment exprimer, depuis la Belgique, sa solidarité envers les journalistes turcs emprisonnés ? « On a des campagnes et des moyens de communication modernes », a expliqué Philippe Leruth. « A côté de ces actions collectives, on peut également agir de manière individuelle en écrivant à l’ambassade de Turquie pour protester contre l’emprisonnement des journalistes. » Dans sa page dédiée à la Turquie, le site de la FEJ publie une liste mise à jour des journalistes emprisonnés. A côté de leur nom, figure leur nombre de jours de détentions. Hatice Duman en est leur « doyen » : le journaliste est privé de sa liberté depuis plus de 3.550 jours.

En interne, la FEJ continue à soutenir l’union turque des journalistes « qui est sur le terrain, confrontée à la situation. On envoie, quand on peut, des délégués en Turquie pour montrer qu’on est présents. On a nommé un coordinateur de campagne à Bruxelles, le journaliste indépendant Mehmet Koksal. Et on poursuit nos contacts avec la Commission européenne. »


Voir :
http://www.ajp.be/actus/actus.php?id=672
http://www.youtube.com/watch?v=dOa7uipNneA&feature=youtu.be

Texte de l'intervention de Ragıp Zarakolu

lors de la conférence de presse

 

« Je suis témoin. Je suis un journaliste pour la vérité »


Il y a sept ans, le Comité de liberté d'expression de l'Union des Ecrivains de Turquie a fait la prédiction suivante:
 
« Le nouveau projet de loi contre le terrorisme (ATL) contient des dispositions très graves qui peuvent mettre en péril la liberté de pensée, d'expression et de la presse ainsi que la liberté de publication. »

Et un an plus tard après l'adoption de la nouvelle loi nous disions:

« L'un des développements les plus malheureux de 2006 a sans doute été la révocation de certains changements positifs qui avaient été apportés à la loi contre le terrorisme grâce à des avertissements sérieux exprimés par des écrivains, des journalistes et des éditeurs. En fait, ces changements sont susceptibles de créer une situation bien pire que celle qui existait auparavant. Nous souhaiterions que le pouvoir judiciaire adopte une prise de position plus indépendante et libre afin que la liberté d'expression puisse s'épanouir malgré ces changements législatifs. Cependant, il est très clair que l'intention des pouvoirs législatif et exécutif est insuffisante concernant la liberté de la pensée et de la publication. Il faut un changement majeur dans le comportement du pouvoir en ce qui concerne les libertés et droits fondamentaux.

Malheureusement, après la soi-disant «réforme» constitutionnelle de l'année dernière, non seulement la liberté de pensée et d'expression a été sans cesse soumise aux attaques, mais les droits fondamentaux tels que le droit de réunion et d'association sont également confrontés à des problèmes similaires. L'ingérence inadmissible dans la vie privée est devenue une pratique quotidienne. Les représentants élus du peuple, les associations professionnelles et les organisations non gouvernementales sont également devenus la cible d’attaques permanentes.

C'est comme si le fantôme du maccarthysme des années 50 était ressuscité. C'est l'ambiance d'un état d'urgence, c'est de facto la loi martiale.
 
La loi contre le terrorisme n'est plus un projet de loi qui traite de «terrorisme», elle est plutôt devenue une loi qui censure et une loi qui ne tient pas compte des libertés et des droits fondamentaux. Quant aux tribunaux dotés d’autorités exceptionnelles spéciales, ils ont été transformés en tribunaux de l'indépendance, en cour suprême de justice et en cours martiales du passé. La loi contre le terrorisme est, comme un cancer, l'acteur principal de l'érosion et de la destruction de notre pays. Il est triste de constater que notre pays ne cesse de devenir le pays ayant le plus de prisonniers politiques dans le monde.
 
L'un des faits les plus douloureux est que la construction des prisons est devenue le secteur le plus actif de notre industrie. La question ici n'est pas d'améliorer les conditions de détention, comme soulevée par les discussions entourant la tragédie récente de Diyarbakir, mais de créer les conditions afin que la Turquie soit un pays ayant moins de prisons. La Turquie n'a pas besoin de créer de nouveaux goulags, mais de faire vivre les droits fondamentaux et les libertés des individus. Si ceux qui sont au pouvoir ont peur de la formation des places Tahrir, nous ne pouvons que leur dire: «la peur ne peut jamais empêcher l'arrivée de l'ange de la mort» et que «chaque être est mortel».
 
Les graves violations de la liberté de pensée et d'expression et les droits fondamentaux en Turquie ont été une source de grande préoccupation au niveau international. C'est la raison pour laquelle, je veux tout d'abord attirer l'attention des organisations des journalistes professionnels.
 
A cause de la mauvaise utilisation des législations contre le terrorisme, la Turquie est devenue un pays où de nombreux journalistes, écrivains, militants des droits humains, militants des partis politiques légaux, étudiants, maires élus, Parlementaires élus se trouvent en prison seulement pour leurs activités légales et légitimes.
 
Chaque jour, de nouvelles restrictions répressives sont mises en pratique contre les libertés et les droits fondamentaux. La tentative de réforme constitutionnelle a été arrêtée par l’AKP après 10 ans de pouvoir.
 
Le gouvernement AKP perd de plus en plus sa légitimité acquise par des élections, parce qu'il préfère utiliser le pouvoir illégitime de la Constitution militariste de 1982. L’AKP veut supprimer le deuxième vainqueur de l'élection, le parti pour la démocratie et la paix (BDP), qui possède la majorité dans la région kurde.

La Turquie est sensée faire partie du système démocratique occidental, mais il est le seul pays européen, champion par le nombre de prisonniers politiques, en concurrence avec la Russie, la Chine, l'Ukraine, l'Iran et la Biélorussie.
 
Parmi plusieurs métiers en Turquie, c'est la profession de journaliste qui a eu le plus grand nombre de victimes au cours des trois dernières années.

J'ai commencé le journalisme en 1968 avec la revue politique hebdomadaire ANT, qui a été fermée par l'armée, puis mon journal Demokrat, qui a été fermé par la même armée en1980, et en 1990, nous avons poursuivi le journalisme dans le quotidien Özgür Gündem sous la menace d'enlèvements et d'assassinats. La semaine dernière encore, 2 journalistes des quotidiens Evrensel et Gündem ont été arrêtés.
 
La presse d'opposition comme Azadiya Welat, Evrensel, Gündem, Atilim et Birgün est toujours privée de nombreux correspondants, éditeurs ou distributeurs, jetés en prison.
 
Il y a aussi plus de 1000 poursuites judiciaires contre tous les médias, à cause de l'application abusive de la loi contre le terrorisme, du Code pénal avec son fameux article 301 et de la loi sur la presse qui empêche la jouissance de la liberté d'expression, de presse, d'écriture, de lecture et d'édition.

 
J'ai été arrêté à cause de mes conférences sur les journalistes en prison comme Ahmet Sik, Nedim Sener, Bedri Adanir, Vedat Kurshun et d'autres.

J'ai été arrêté parce que je défendais des libertés académiques.

 
J'ai été arrêté parce que j'ai publié des livres sur des sujets tabous comme la question kurde, le génocide arménien et la critique du négationnisme.
 
En 2011, j'ai été condamné parce que j'ai publié un livre sur un des sujets d'actualité, le procès KCK.

Ils m'ont condamné en tant qu'éditeur, or légalement je n'étais pas responsable, de l'écrivain N. Mehmet Güler. Le dossier a été envoyé à la Cour d'appel.
 
Mais ce n'était pas assez pour eux. Ils nous ont arrêté tous deux en tant qu'auteur et éditeur, cette fois dans le cadre d’ "organisation terroriste". Il n'était pas assez pour eux de nous condamner à cause du livre, ainsi ils nous ont mis en prison en vertu de la loi contre le terrorisme.
 
Après cinq mois d'emprisonnement, ils ont dû nous libérer.
 
N. Mehmet Güler se trouve dans une situation critique, car même après sa mise en liberté, des pressions, des menaces et des abus contre lui se poursuivent sans cesse.

Il est marié et père de 2 enfants, il a une entreprise, comme plusieurs autres personnes arrêtées. Les familles et enfants de prisonniers politiques souffrent lourdement.
 
Je souffre aussi non seulement comme un journaliste ou un écrivain ou un éditeur et militant des droits humains, mais également en tant que père.

 
Maintenant, je me trouve ici en tant que témoin pour des journalistes en prison avec qui j'ai travaillé pendant des années, par exemple avec Davut Ucar pendant 20 ans.
 
Oui, je suis son témoin de défense. Il n'est pas un « terroriste », il est journaliste.

 
Et d'autres: j'ai travaillé avec Zeynep Koray, Yuksel Genc, Huseyin Deniz, Fusun Erdogan, Nurettin Firat, Pervin Yerlikaya, Ramazan Pekgoz, Tayyip Temel, Tourabi Kisin, Ziya Cicekci, Zuhal Tekiner ou Zeynep Kuris etc… etc… Et ce pendant des années.
 
Je suis témoin pour Ayse Berkaty et Deniz Zarakolu; ils sont des chercheurs en sciences sociales et traducteurs.

Je suis témoin pour Mulazim Ozcan. Il est linguiste, poète et était mon professeur de langue kurde en prison.

Je suis témoin pour Muharrem Erbey. Il est un militant des droits humains et auteur de livres pour enfants.

 
Je suis témoin pour les membres du parti pour la démocratie et la paix (BDP). C'est eux qui ont réalisé le succès électoral de leur parti aux élections de 2011 malgré tous les obstacles anti-démocratiques.
 
Je suis témoin pour les parlementaires élus de ce parti qui se trouvent en prison.
 
Je suis témoin pour les maires kurdes élus et les autres représentants kurdes du pouvoir local.
 
Je suis témoin pour des étudiants universitaires qui se trouvent en prison pour leurs manifestations, réunions et critiques démocratiques.
 
Je suis témoin pour des écrivains et traducteurs en prison.
 
Et ici, j'accuse des procès de masse injustes menés avec une mentalité totalitaire comme cela s'est produit dans les années 1930 et 1940 ou des procès militaires des années 1970 et 1980.
 
Ici dans ce tribunal symbolique du peuple, je dénonce des crimes contre l'humanité, comme ce qui était fait au tribunal de Russel pour le Vietnam en 1968 ou au tribunal de Paris en 1984.
 
Pourquoi? Parce que je suis un journaliste pour la vérité.
 
Parce que je suis un défenseur des droits de l'Homme.

 
Parce que je suis un éditeur qui porte la responsabilité de défendre le droit de lire et écrire, de s'exprimer en pleine liberté.

 

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18 décembre 2012 2 18 /12 /décembre /2012 23:19

Nos amis de Nouvelles d'Arménie Magazine ont mis en ligne la traduction de la conférence (en anglais) de Ragıp Zarakolu prononcée le 12 décembre 2012 à Paris. Nous les remercions vivement de cette contribution à la diffusion de sa pensée et de son combat exemplaire.

  

http://www.armenews.com/article.php3?id_article=85438

 

 

RZ, 12 12 2012 gen

 

 

Le 12 décembre 2012 à l’invitation du Groupe international de travail (GIT) « Liberté de recherche et d’enseignement » à l’Ecole des hautes études en sciences sociales, en collaboration avec le CCAF, Paris et la communauté arménienne ont eu l’honneur et le privilège de recevoir l’un des chantres des droits de l’homme en Turquie, en la personne de l’éditeur Ragip Zarakolu, fondateur des éditions Belge, venu spécialement, ainsi qu’Erol Özkoray, éditeur en science politique.

La conférence, lancée par Vincent Duclert, professeur agrégé à l’EHESS a été modérée par Hamit Bozarslan, directeur d’études à l’EHESS.


En introduction de son discours, Ragip Zarakolu, visage reposé, affichant une certaine sérénité, a salué l’assemblée par les mots « Parev tsez,... shalom,... kalimera,...bonjour ! Je suis très content de me trouver ici, entre amis, Je me sens à présent moi-même plus libre »

EXCLUSIF : Traduit de l’anglais par Gilbert Béguian pour Armenews

 

Je manifeste, en Turquie, en silence, contre les restrictions en Turquie, sur l’emploi des langues modernes. J’ai fait l’objet de poursuites.

Ce procès est une comédie parce qu’ils lisent pendant des jours les 2500 pages de l’acte d’accusation, un record mondial je pense, en la matière ; vous en conviendrez, cela dénote un manque certain d’imagination et il n’y a pas de progrès en défense parce que le droit actuel sur les langues modernes y fait obstacle. J’ai donc décidé de protester en gardant le silence, plutôt que de me défendre dans la langue turque, afin qu’il soit possible de le faire en anglais, français, allemand, arménien ou kurde, ce dont ils pourraient ensuite faire usage après traduction.

Je veux parler de la liberté de l’enseignement. Il y a en général des grandes discussions sur la liberté de la presse, la liberté d’expression, mais il n’y a malheureusement pas assez de discussions sur la liberté d’enseignement, la liberté de recherche, ce qui est un problème très sérieux en Turquie. Vous savez que la période moderne de l’université turque a commencé au début de la période ottomane ; à cette époque il y avait à l’université des professeurs grecs, ou arméniens, ou juifs aux côtés de turcs, et l’un d’eux était Krikor Zohrab. Il a œuvré pour des réformes du droit et a enseigné le droit pour les générations de cette période.

La première purge dans l’enseignement a eu lieu au sein de l’université moderne qui avait été constituée avec l’apport de professeurs exilés d’Allemagne qui avaient fui pendant la période nazie. Il y a eu bien sûr un aspect positif dans cet apport mais il y a eu aussi une conséquence négative : une sorte de purge commença avec la sanction de l’un des professeurs d’histoire qui avait écrit sur le Génocide arménien. Avec d’autres enseignants, il fut chassé de l’université. La seconde purge dans l’enseignement, s’est déroulée en 1947 et 1948. Le recteur de l’époque résistait aux demandes du gouvernement et le gouvernement trouva une solution dans une loi spéciale supprimant le département de psychologie, sociologie et anthropologie pour obliger des professeurs indépendants à quitter l’université. C’était donc une tradition : dans chaque décennie à peu près, il y avait une purge dans les universités turques. La troisième purge se produisit après le coup d’état militaire de 1960, à l’encontre de quelques personnalités importantes, parmi lesquelles Sebatien Sebuldu, tenant d’un programme humaniste inspiré par la littérature mondiale qu’il avait créé pour le ministère de l’éducation, en outre l’un des fondateurs des écoles spéciales pour les villageois. Dans la même purge, un philosophe important traducteur d’œuvres littéraires, et l’intellectuel le plus en vue au cours de cette période ont été victimes de cette épuration. La quatrième purge, commença après le coup d’état militaire de 1971. A cette période, Ismael Besikci et les plus importantes figures de l’alternative présentée par l’université ont tous été chassés. La dernière purge, des plus importantes, s’est produite en 1981 avec une loi qui fut en fait un massacre intellectuel de plusieurs milliers d’enseignants de l’université.

Belge, notre maison d’édition, a été créée en 1977. A cette époque, je préparais une maîtrise à la faculté d’économie de l’université de droit et mon épouse Ayse travaillait depuis sept ans pour un institut financier de la faculté d’économie, à la bibliothèque. Les choses n’allaient pas bien pour elle et mon professeur ayant été tué par des militants ultranationalistes, nous avons alors décidé de créer une maison d’édition pour faire un centre de recherche alternatif et de la publication. Après 1981, en solidarité avec certains professeurs qui avaient été exclus de l’université, certaines personnalités ont été emprisonnées pour avoir créé une association. L’un d’entre eux, de l’université technique du Moyen Orient, avait traduit pour nous le cours de droit d’universités allemandes. Il était important à ce moment là de faire des comparaisons, et il avait traduit ce livre sous la forme d’un manuscrit parce qu’il n’était pas permis de taper des traductions à la machine. Et en 1981, aucune revue ou journal en Turquie n’était autorisée, alors nous avons décidé, devant l’interdiction de toute publication de journaux, hebdomadaires mensuels ou trimestriels, de publier annuellement. Nous avons signé un agrément avec Maspero et avons commencé à négocier la publication de l’Etat du Monde pour au moins être capable de faire en Turquie des analyses, des recherches et des comparaisons dans le monde, sur les organes de la sécurité intérieure en Amérique Latine et dans d’autres pays, ou sur les expériences en Grèce, au Portugal en Espagne en période de transition. Et en 1985, nous avons commencé à publier une revue universitaire marxiste avec des amis enseignants. C’était la première revue universitaire marxiste après la dictature militaire. Ainsi notre concept de cette période consistait à proposer des publications qui échappaient à la censure parce qu’il n’y avait rien d’explicité concernant la périodicité de deux ans, et nous avons travaillé à une histoire alternative, que nous qualifions quelquefois de ’ contre histoire ’ en regard de l’histoire officielle et de ses arrangements avec l’histoire. Au cours de la dictature militaire, la purge a été un problème, mais il s’agissait plutôt d’un nettoyage de la gauche, l’expression est mienne : c’était un massacre matériel et intellectuel contre la gauche turque, et ils ont presque réussi à détruire la gauche. Nous avons donc publié un ouvrage universitaire sur l’histoire de la gauche turque. Et Ayse a été immédiatement arrêtée et emprisonnée, et le commissaire lui dit que nous, la génération sans complexes, il voulait dire la nouvelle génération, nous voulions à nouveau créer la gauche. Ainsi la gauche était interdite à ce moment là. Tous ces écrivains comme avant eux Nazim Hikmet, surveillés, arrêtés, jugés. Par exemple, il m’est arrivé d’imprimer un livre seulement en deux exemplaires, pour mémoire, parce que c’était une sélection des œuvres poétiques de Berthold Brecht traduite par (Arqadir), qui traduisit l’Iliade et l’Odyssée en turc, et à cause d’un autre livre, il avait été arrêté et relâché, et il ne voulait pas être arrêté une nouvelle fois pour avoir traduit Berthold Brecht, et j’ai donc demandé à l’imprimeur seulement deux copies, l’une pour moi et l’une pour le poète (rires). Telle était donc la situation, et nous voulions aussi créer une histoire de la société alternative, c’est-à-dire sur la littérature grecque, par exemple, sur l’Anatolie, et c’était une sorte de ressource alternative pour l’histoire, et nous avons aussi publié un livre sur la guerre gréco-turque. Ce livre fut immédiatement interdit et illustre la façon dont nous devions réagir aux problèmes et aux ennuis, à commencer par les problèmes posés par les relations turco-grecques. Il était impossible à cette époque, même de penser à publier sur un quelconque sujet engagé, vous ne pouvez imaginer à quel point les conditions étaient dures.

En 1990, la question kurde émergea comme un problème très sérieux, et nous avons publié le livre d’Ismail Besikci, après sa période de silence de quinze ans. Il avait été emprisonné pendant longtemps. Et c’était comme si nous ne l’avions pas publié. Le livre a été imprimé en un jour, distribué en un jour, mis au ban en un jour, le gouvernement créant une déclaration spéciale, rendant responsable également l’imprimeur, le menaçant de fermeture, et l’imprimeur fut donc soumis à la censure, et c’est dans ces conditions que nous avons pu publier Besikci toit de même ; j’ai pu trouver un imprimeur dans les cercles islamistes, qui peut-être parce qu’il était courageux, ou peut-être parce qu’il n’avait pas encore eu de problèmes jusque là (rires), et ils ont accepté, et si nécessaire, ils auraient pu imprimer par la méthode de photocopie. Après cela, nous étions toujours surveillés, mais cela alimenta des discussions dans la société et contribua à des réformes partielles. Cela prit fin en 1991, année où les fameux articles contre la gauche et où les mouvements kurdes, les articles 141 et 142 furent supprimés, tout comme l’article 163 contre les publications islamistes. C’était une victoire partielle pour nous mais après seulement trois mois, ils ont instauré les lois anti-terroristes, et nous avons été les premiers éditeurs poursuivis le motif de ces lois antiterroristes, à nouveau avec Ismail Besikci, et nous sommes devenus des éditeurs terroristes, et les universitaires sont devenus des enseignants terroristes pour la Turquie, à nouveau, en sorte qu’après avoir été en prison d’abord pour avoir usé de notre liberté de conscience nous y sommes retournés plus tard comme terroristes, parce que tel était le but du système. Oui, c’est ainsi que se gèrent la liberté et l’édition et il faut continuer la vraie recherche dans ces conditions dures.

Le système en Turquie, le système turc continue, malheureusement, sous une hégémonie à présent différente ; on était avant sous hégémonie kémaliste, on est à présent sous l’hégémonie d’un Islam politique, mais qui emploie le même appareil qui a été élaboré par les militaires, parce que la constitution autorise le recours à des méthodes très fortes pour maîtriser et s’opposer à la recherche et à l’édition de travaux universitaires. Il y avait un système de contrôle avec au sommet, un président puis le YOK, Haut Comité pour les Universités, un autre acteur est l’armée, par le biais du Conseil National de Sécurité ; il est possible à présent au camp islamistes d’employer ces moyens. J’ai publié le mois passé le livre d’Yves Ternon, ce que Zarakolu et Ternon essaient de faire depuis vingt ans, et ce matin, j’ai lu les documents du procès ; et c’est actuel au point que nous pourrions avoir ces mêmes discussions en ce moment, sur l’indépendance des juges, l’importance des accords et conventions internationales, sur le droit pénal, sur les droits politiques, les droits sociaux et nous relevons les mêmes travers aujourd’hui dans les textes que le tribunal produit à Istanbul, dans les procès de mon fils et de mes amis écrivains et universitaires qui s’ouvriront dans dix jours ; et ils diront les mêmes histoires qu’alors dans les années 1990. Ainsi, nous pouvons dire qu’il y a un changement très lent, comme la marche de l’armée ottomane : deux pas en avant et toujours un pas en arrière. On ne peut pas dire qu’il y ait de grands progrès. Par exemple, j’ai été arrêté sans être torturé comme je l’ai été en 1971 mais je n’ai pas été torturé en 1981 non plus ; pour cela, je pense, je dois remercier : j’ai également pu recevoir des lettres de vous ; ils ne m’ont pas donné par contre les lettres de ma femme ou certaines autres lettres, et je les remercie pour les lettres qu’on m’a remises. Et mon ami Hrant Dink a été tué, et j’ai beaucoup de gratitude parce qu’ils ne m’ont pas tué. Chenorhagaroutioun [merci, en arménien]. En outre, je suis ici, voyez dans quel pays démocratique on se trouve ! (rires) Et je les remercie qu’ils ne m’aient pas menacé ni restreint ma liberté de me déplacer. Je suis très reconnaissant envers M. Erdogan, M. Gul [ ?], l’un est un bon gars, l’autre est un méchant. Nous verrons. Mais nous continuerons. C’est une mission pour la vérité, pour la réalité, pour la science, pour la recherche. Nous continuerons à lutter jusqu’à la fin, et nous croyons dans les jeunes générations, j’ai beaucoup d’espoir pour eux. Merci.

Question : Vous nous avez dit hier comment vous avez pu continuer votre travail d’éditeur alors que vous-même et Deniz Zarakolu êtes en prison, nous parler de vos actions concrètes cette année, comment vous pouvez publier et communiquer ?

RZ Ma principale crainte lors de mon arrestation, c’était mes livres en préparation, parce que par exemple, nous avons travaillé pendant six ans à la publication de documents allemands relatifs à 1915, et aussi, j’avais promis il y a plusieurs années à Marge Hopkin Movsessian de publier son livre, et j’ai été très heureux que notre équipe ait réussi à le faire, les jeunes, parce que nous avions perdu trois éditeurs : Ayse, il y a des années, moi et Deniz, nous étions partis, et il ne restait plus que deux personnes à la maison d’édition ; avec d’autres amis ils ont publié des documents allemands, et cela a été le plus beau cadeau pour moi. Quand j’ai été relâché, ils ont édité un livre très important. Depuis ma libération, j’ai travaillé cet été sur des documentations italiennes, récemment découvertes au sujet du Génocide arménien. Je les ai étudiées et j’ai également étudié les neufs éléments du livre des mémoires d’Andonian parce que les historiens officiels attaquent toujours ces ressources : dans les années 1980, contrairement à aujourd’hui, il n’y avait que des ressources limitées sur le Génocide arménien. Les historiens officiels attaquent deux ou trois ressources principales : la première ce sont les documents Andonian, la deuxième est le Livre Bleu, et la troisième étaient les mémoires de l’Ambassadeur Morgenthau. Ainsi, nous avons publié neuf articles et j’étais content : au moins les lecteurs turcs pourraient prendre connaissance de ces ressources. J’avais auparavant publié le Livre Bleu et aussi l’Ambassadeur Morgenthau. Nous travaillons actuellement à l’édition de Mardin, le livre d’Yves Ternon. Je suis reconnaissant à Yves Ternon d’avoir écrit une nouvelle introduction pour l’édition en turc. Mais notre travail n’est pas facile, parce qu’il n’y a pas d’équilibre, il y a à présent une industrie du négationnisme organisée par l’état. Le Génocide des Arméniens est maintenant un sujet touchant à la politique de sécurité en Turquie, et le Génocide Arménien est accepté comme une menace nationale. Il y a un comité spécial qui a commencé avec le gouvernement Ecevit Bahceli, le Comité de Lutte contre les Revendications de Génocide. Ils n’emploient pas le terme Génocide arménien parce que comme vous le savez, les Assyriens et les Grecs commencent à s’exprimer sur le sujet du génocide. Ils organisent donc des séminaires, financent des groupes. Par exemple, lorsque je faisais des recherches sur le négationnisme, j’ai appris qu’un séminaire était organisé en secret. Ils appellent des religieux pour participer à un séminaire sur le Génocide Arménien. Ou bien, dans les universités islamiques, au niveau le plus élevé, des séminaires à l’usage des universitaires, ou pour l’éducation des guides touristiques, sont organisés sur le Génocide Arménien. Si des stupides français inintelligents viennent en Turquie et posent des questions stupides sur les Arméniens, ils ont de quoi répondre. ’ Il n’y a pas de Génocide Arménien et bla bla bla bla ’. Au cours d’une discussion sur le négationnisme, un diplomate s’approcha et je lui ai demandé ce qu’il pouvait dire à ce sujet ; il a répondu par une formule en neuf points. Ensuite, quand je lui ai demandé civilement comment il allait, il m’a répondu : “ je ne peux obtenir de l’argent pour le séminaire “. Et quand je lui ai dit que l’état donnait de l’argent pour ça, il a fait comme s’il était insulté. Dans les années 1990, c’était difficile parce qu’il y avait les services de sécurité, mais à présent, c’est encore plus difficile, du fait que dans les grandes librairies, on trouve des sections ’Question arménienne’ pleines de livres négationnistes. Et nos livres, peut-être un ou deux, y sont difficiles à trouver. Le silence contre nos livres gagne. Bien sûr, il y a plus de sites libéraux dur l’Internet, il y a plus de conférences en Turquie, mais quand on voit la masse présentée dans la section universitaire, c’est terrible. Sous certains aspects, c’était mieux avant parce que dans les nouvelles générations soit c’était l’amnésie qui régnait, soit on n’était pas au courant pour toute autre raison. Mais à présent, les jeunes générations sont empoisonnées avec des fausses informations, des fausses théories, et il y a un génocide connu en Turquie, celui des Turcs ; mais le pire risque est que le Génocide n’est pas une question à l’égard des seuls Arméniens. Il y a l’Holocauste, il y a aussi les crimes contre le peuple ukrainien, ou les Circassiens, ou sur les Musulmans des Balkans, mais ils restreignent et ne donne pas des sujets de recherche sur leurs propres cycles parce que cela pourrait ouvrir la porte sur la question du Génocide arménien. Comment peut-on respecter une telle institution universitaire ? Il y a des jeunes, il y a beaucoup de jeunes chercheurs, mais en général, ils sont hors de Turquie. Ces dernières années dans les universités libérales, il y a plus de bons chercheurs du fait d’universitaires courageux, mais au total, il ne s’agit pas de la misère de la philosophie, un titre de l’œuvre de Marx, mais de la misère de ... l’université turque.

mardi 18 décembre 2012,

Jean Eckian ©armenews.com 

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18 décembre 2012 2 18 /12 /décembre /2012 22:50

Après une série de rencontres à Paris, Ragıp Zarakolu tiendra une conférence de presse le mercredi 19 décembre 2012 à 11h à la Fédération européenne des journalistes (EFJ) sur l'état actuel de la liberté d'expression en Turquie. Le même jour, à partir de 16h30, Ragip Zarakolu se réunira avec ses amis dans les locaux des Ateliers du Soleil. Lors de cette rencontre, la Fondation Info-Türk, qui contribue à la lutte pour les droits de l'Homme et les libertés en Turquie depuis plus de 40 ans - et dont le président est Dogan Özgüden - lui remettra le certificat de prix « Info-Türk 2012 Pour la liberté », décerné début de cette année alors que Zarakolu se trouvait dans la prison de haute sécurité de type-F de Kocaeli.

 GIT-rz-bruxelles-19-dec-2012.jpg

 

 

La Fédération européenne des journalistes (FEJ) organise une conférence de presse sur le thème “Liberté de la presse et liberté d’expression : qu’est-ce qui ne va pas avec la Turquie ?“, le mercredi 19 décembre 2012, à 11 heures, avec Ragip Zarakolu (chroniqueur turc, écrivain, éditeur) et Philippe Leruth (journaliste belge, vice-président de la FEJ) au Résidence Palace (rue de la Loi, 144 - 1040 Bruxelles).

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Site De Git France (Groupe International De Travail)

L'initiative GIT

GIT France est la branche française du

Groupe de travail international (GIT)

« Liberté de recherche et d’enseignement en Turquie », une initiative internationale d’universitaires, de chercheurs, d’étudiants, de traducteurs et d’éditeurs née à Paris le 21 novembre 2011

 

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Dr. Zeynep Gambetti (zgambetti@gmail.com) ; Dr. Nesrin Uçarlar (nesrinucarlar@gmail.com)

 

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Pour suivre l'actualité des libertés en Turquie

http://www.susam-sokak.fr/ (Blog d'Etienne Copeaux, historien de la Turquie)

http://istanbul.blog.lemonde.fr/ (Blog de Guillaume Perrier, correspondant du Monde en Turquie)

http://turquieeuropeenne.eu/ (site d'actualité et de traductions d'articles)

https://akgonul.wordpress.com/2011/12/ (Blog de Samim Agkönül, historien et politiste)

http://www.imprescriptible.fr/  (sur le génocide arménien)

(liste non exhaustive)

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