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21 juillet 2012 6 21 /07 /juillet /2012 18:00

git-sevil.jpg

 

Depuis le 9 mai 2012, Sevil Sevimli, citoyenne française d'origine turque, étudiante Erasmus, partie étudier dans la région d'origine de ses parents, s'est faite arrêter en Turquie pour avoir acheté quelques livres, être allée à un concert (groupe "Grup Yorum") et avoir participé aux manifestations du 1er mai. Aucune loi en Turquie n'interdit de tels actes... Quelques soient vos origines ou vos idées, si vous êtes attachés à la démocratie et vous êtes révoltés par l'idée même qu'une jeune étudiante de 19 ans partie étudier dans son pays d'origine puisse se faire emprisonner, accusée de terrorisme, sans aucune preuve et sans qu'il soit possible à sa famille et à son comité de soutien d'avoir accès à son dossier. Nous vous invitons à signer et  à diffuser cette pétition. Nous devons montrer à Sevil qu'elle n'est pas seule et manifester notre désapprobation de la dérive autoritaire du pouvoir en Turquie.

http://www.avaaz.org/en/petition/Liberez_Sevil_Sevimli/?ejXoodb  

 

Since the 9th May 2012, Sevil Sevimli, French-Turkish Erasmus student who wanted to study in the region where her parents come from, was arrested in Turkey for buying some books, attending a concert (“Grup Yorum” Band) and participating to the 1st May Demonstration. There are no rules or legislation in Turkey that penalize the mentioned actions.

Irrespective of your origins or ideas if you believe in democracy and if you are revolted by the idea that a 19 year old young student who went to study in the country of her parents can be imprisoned, accused of terrorism without any proves and without any possibility for her family and supporting committee to access to her file.

 

Of course Sevil is not alone in her case, far from it, hundreds of people, journalists, academicians, students and intellectuals are imprisoned in Turkey due to the exception laws that are supposed to fight against terrorism. The problem is that these laws became an instrument to gag any kind of contestation in the country. Sevil is a symbol because in her situation the injustice is obvious and there are hefty fines out of all proportion to the alleged offenses: she is accused to “belong to a terrorist group”. Turkey is a candidate country to the European Union and considers itself as an example for the Middle East countries. What kind of example? Making pressure above the authorities for Sevil shows them that they cannot disregard and violate human rights without provoking reactions in the rest of the world. İf Sevil is a terrorist, we are all terrorists!

 

Please sign and forward this petition to show Sevil that she is not alone and to manifest your disapprobation towards the authoritarian degeneration of the power and government in Turkey : http://www.avaaz.org/en/petition/Liberez_Sevil_Sevimli/?ejXoodb

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21 juillet 2012 6 21 /07 /juillet /2012 13:56

 

Le 1er Août Pinar Selek sera encore jugée

 

Pınar Selek sera encore déférée devant la justice le 1er août 2012, en pleines vacances lorsqu’ Istanbul sera désertée. C’est la poursuite d’un acharnement judiciaire qui dure depuis 14 ans. Alors que son affaire est déjà achevée, et clairement terminée depuis longtemps.

 

Elle a été accusée il y a 14 ans, d’avoir posé une « bombe » dans le Marché aux épices d’Istanbul. En réalité, elle a été visée pour ses activités de sociologue travaillant sur les militants du PKK, parce qu’elle était une opposante défendant tous les laissés-pour-compte de la société turque : les Kurdes, les enfants de rue, les femmes, les homosexuels, les transgenres, et tant d’autres.

 

L’affaire est terminée parce que Pınar Selek avait été accusée sur la base d'un témoignage d’une tierce personne obtenu sous la torture. Le témoin s’est rétracté par la suite. Elle est terminée aussi parce que plusieurs expertises ont démontré qu’il n’y avait pas l’ombre d’une bombe ce jour là au Marché aux épices et que l’explosion provenait en réalité d’une bonbonne de gaz. L’affaire est terminée parce qu’enfin aucune preuve n’atteste de la présence de Pinar au marché aux épices ce jour-là.

 

D’ailleurs, l’affaire aurait  dû être terminée depuis longtemps puisqu’à trois reprises le tribunal l’a acquittée. Et à trois reprises aussi, le procureur de la Cour de cassation a fait appel du premier jugement. Entre temps Pınar Selek a été emprisonnée, torturée, sa famille harcelée.

 

Son procès est la manifestation d’un acharnement extrême pour faire taire une opposante, militante des droits humains, une scientifique qui a révolutionné la  sociologie des marges en Turquie, qui s’est engagée sans jamais perdre de vue sa neutralité axiologique. Mais Pınar Selek n’est pas neutre, elle refuse de l’être. Tel Jean-Paul Sartre en son temps, elle a toujours considéré qu'il est du devoir de l’intellectuel de prendre part à l'histoire qui s’écrit.

 

C’est ainsi que l’affaire Pınar Selek doit s’écrire désormais avec un A majuscule, renvoyant à une autre Affaire, française celle-ci, de conspiration d’Etat, l’affaire Dreyfus qui a reposé sur de faux témoignages, des preuves manipulées, des campagnes de presse, des juges dominés.

 

Son nouveau procès est celui de la liberté de pensée, d’expression, de recherche, d’association, en somme, celui de la démocratisation de la Turquie. En ce sens, il dépasse largement la personne de Pınar Selek, qui, elle, est condamnée à vivre en exil car constamment menacée d’arrestation, d’emprisonnement, de torture. Loin de chez elle, mais comme elle le dit, jusqu’où ?[1]

 

Nous appelons l’opinion publique française, turque, européenne, mondiale, à se tenir droit aux côtés de Pınar Selek pour cette nouvelle épreuve où se joue encore une fois le sort des libertés en Turquie.



[1] Voir son dernier ouvrage paru en français, Pinar Selek, Loin de chez moi… mais jusqu'où ?, aux éditions iXe, mars 2012.

 

 

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21 juillet 2012 6 21 /07 /juillet /2012 13:54

Pınar Selek : la lutte continue !

 

En raison de vices de forme, une nouvelle audience doit se tenir dans le cadre de l'affaire du Marché égyptien (1998), pour laquelle Pınar Selek a déjà été acquittée trois fois. Elle aura lieu le 1er août 2012 à 10 heures, à la 12e Haute cour criminelle d'Istanbul, à Çaglayan.

Pınar Selek ayant été acquittée trois fois au cours des quatorze années écoulées, la prolongation indéfinie de cette affaire est une véritable torture psychologique. Il faut rappeler qu'au cours de la dernière audience de cette affaire tortueuse, le Procureur a asséné un nouveau diktat en requérant une sentence de prison à perpétuité aggravée, considérant le jugement précédent comme « nul et non avenu ». Ce réquisitoire a été accueilli très négativement par les autorités légales et l'opinion publique.

Nous vivons une période où se multiplient des affaires qui entraînent une grave détérioration de la démocratie en Turquie ; cette répression s'opère sous des formes juridiques. Dans un tel contexte, nous sommes conscients qu'il faut s'attendre à de nouvelles tentatives visant à épuiser la résistance de Pınar Selek et à ruiner sa réputation. Plus que jamais, nous croyons dans une solidarité indéfectible et de tous les instants.

Pınar Selek a continué ses travaux de recherche sur des sujets considérés comme dangereux et tabous sans jamais renoncer à ses convictions anti-militaristes et pacifistes. C'est pourquoi, durant ces quatorze années, elle a été assaillie de campagnes de diffamation, d'attaques calomnieuses, confrontée à des interventions directes du pouvoir dans le processus judiciaire, notamment par la fabrication de fausses preuves. Ce sont des tentatives de destruction de sa personnalité ; mais elles n'ont jamais abouti, grâce à la sensibilité du public et à l'attitude de Pınar Selek, toute de fermeté et de clarté.

Une fois de plus, nous serons présents à l'audience du 1er août, pour exiger collectivement l'acquittement définitif pour Pınar Selek, une fois pour toutes. Patiemment mais résolument, nous continuerons jusqu'au bout notre combat pour la justice.



 

La Plateforme « Nous sommes témoins »

 

Voir : susam-sokak.fr

 

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13 juillet 2012 5 13 /07 /juillet /2012 23:22

Parmi les nombreux accusés toujours en détention préventive, il y a le fils de Ragıp Zarakolu, Deniz. Les libérations d'hier n’impliquent pas non plus que les charges soient abandonnées pour les inculpés. Cette première victoire ne peut suffire à l’amélioration réelle des libertés publiques et académiques en Turquie. La mobilisation nationale et internationale, et la possibilité donnée à l’opinion publique de se tenir informée grâce à des articles de presse (comme ceux Guillaume Perrier pour Le Monde) et à des blogs (comme celui d’Etienne Copeaux *) ont été déterminantes dans ce recul du gouvernement.

 

* Voir la vidéo de la première déclaration de Büşra Ersanlı avec le résumé de ses propos traduits en français :  http://0z.fr/fbiCb

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13 juillet 2012 5 13 /07 /juillet /2012 15:51

 

Büşra Ersanlı et Büşra Beste Önder, parmi 16 autres accusés du procès « KCK » d’Istanbul, viennent d'être libérées à Silivri. La mobilisation du GIT en France, aux USA et en Turquie y est pour quelque chose. Merci à tous. Nous resterons bien sûr mobilisés pour la suite.

Voir : http://bianet.org/bianet/toplum/139695-ersanli-dahil-16-kisiye-tahliye

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11 juillet 2012 3 11 /07 /juillet /2012 14:41

Le journal turc Taraf a demandé à Etienne Copeaux pourquoi il avait signé l’appel du GIT France paru dans Le Monde le 5 juillet (http://www.lemonde.fr/idees/article/2012/07/04/le-grand-enfermement-des-libertes-en-turquie_1728821_3232.html). Voici sa réponse qu’il nous a autorisé à publier :

 

 

J'ai signé cet appel en tant que chercheur, spécialiste de la Turquie contemporaine. Voici plus de vingt ans, j'avais commencé mes recherches en étudiant le discours des manuels scolaires d'histoire, la « fabrication » de l'histoire à l'époque d'Atatürk - sur les pas de Büsra Hoca - et l'imprégnation des manuels scolaires par l'idéologie nationaliste. J'ai fait cela très scientifiquement, sans m'impliquer personnellement, mais il est évident que je n'aurais pas pu le faire sans dénoncer le nationalisme, donner des outils à ceux et celles qui veulent débusquer l'idéologie dans un discours historique -. Le nationalisme est porteur de malheur et de guerre - voir la Yougoslavie - et je sais parfaitement combien ce mot milliyetçilik a une valeur positive en Turquie. Je veux dire par là que même en faisant une thèse scientifique, j'étais en un certain sens engagé, et conscient de l'être. sinon j'aurais fait une thèse sur l'harmonie vocalique ou la cuisine turque au XVIIIe siècle, que sais-je !

En ce moment je fais une recherche sur les années 1990 et quand j'ai revu l'affaire du marché égyptien (juillet 1998) j'ai été scandalisé d'apprendre que Pınar Selek était toujours dans les ennuis, malgré trois acquittements.

J'ai senti alors que, en conscience, il ne m'était plus possible de continuer mes recherches comme si de rien n'était, comme si j'observais des insectes.

 

Mais pourquoi prendre parti sur des questions turques ?

Ces « questions turques » ne concernent pas seulement la Turquie. La Turquie pourrait devenir pays européen et donc cela me regarde. Cela me regarde aussi en tant qu'être humain, ami et proche de certaines personnes poursuivies (Büsra). Cela me regarde parce que la Turquie représente un « modèle » de pays capitaliste et libéral, avec une extrême-droite puissante et que ce modèle pourrait être copié (Hongrie). Des éléments de la culture politique qui prévalent en Turquie ont fait beaucoup de progrès en France même. Je ne veux pas de ce « modèle » ultra-libéral et répressif ; j'estime que là où il existe, il faut l'analyser, le faire connaître et le dénoncer.

Enfin cela me regarde parce que j'aime la Turquie et j'aime les Turcs ; la Turquie fait partie de moi-même ; j'y ai vécu, j'en ai connu chaque recoin, c'est en quelque sorte mon deuxième memleket. Cela me regarde parce que je souhaite à mes amis turcs le bonheur de pouvoir vivre en démocratie, dégagé d'une guerre qui dure depuis bientôt trente ans – nous savons ce que c'est, nous avons connu cela avec l'Algérie. Et croyez que je suis tout aussi exigeant vis-à-vis de mon pays, la France ; comme j'ai été, en exerçant mon métier de professeur d'histoire, aussi exigeant avec le discours des manuels d'histoire français que celui des manuels turcs.

 

C'est un engagement politique, si vous voulez, mais je m'engage en tant que chercheur, c'est-à-dire en tant que personne qui connaît la question, l’enracinement historique des problèmes, qui a accès à la langue. Les recherches que je fais sont susceptibles d'éclairer le présent, car le « présent » remonte au moins à 1923, si ce n'est 1915.

 

J'ai ressenti la nécessité de l'engagement à partir de l'affaire Pınar Selek mais je ressentais déjà un malaise, depuis longtemps, en considérant les cas d'Ismail Besikçi, ou de Yasar Kemal. Puis, l'arrestation de Büsra m'a mis en rage. C'est comme si nous étions sur un champ de bataille, avec le tir qui se rapproche et se précise, et je crains pour d'autres personnes.

 

Enfin mon engagement n'est pas dû au fait que des universitaires et autres intellectuels sont emprisonnés. Bien sûr, c'est mon milieu ; mais je suis tout aussi scandalisé – sinon plus – par les autres centaines ou milliers de prisonniers d'opinion en Turquie, les exécutions extra-judiciaires et les départs forcés en exil pour fuir la répression.

 

Quant à l'avis émis par Monsieur Davutoglu, je le respecte mais malheureusement je m'attends toujours à ce genre de réponse de la part d'un homme politique. C'est la manière classique des politiques de se défausser que d'affirmer « Mais mon cher Monsieur, nous sommes dans un Etat démocratique, un Etat de droit, les pouvoirs sont séparés et un membre du gouvernement ne peut pas intervenir dans le cours de la justice ». C'est un avis tellement usé !!! On sait très bien comment, dans tous les pays y compris la France, l'Etat manipule la justice.

D’ailleurs Monsieur Davutoglu se trompe sur un point : si effectivement la justice est indépendante, la police, dans tous les pays, dépend des gouvernants ; les arrestations, les maintiens en détention, les conditions de détention, l'usage de la torture ou de la violence, les conditions d'interrogatoires, tout cela dépend soit de la hiérarchie policière et donc du ministère de l'intérieur, soit de l'administration pénitentiaire (et non des juges) ; tout cela est donc susceptible – dans un Etat de droit – d'être contrôlé par la population. Si ce n'était pas le cas, ce serait vraiment grave pour la Turquie et les Turcs.

 

Voilà donc, « brièvement », pourquoi j'ai signé l'appel auquel vous faites allusion.

 

Bien cordialement,

 

Etienne Copeaux

 

 

Voir le site d’Etienne Copeaux : http://www.susam-sokak.fr/ et le site du journal Taraf : http://www.taraf.com.tr/haber/turkiye-sadece-turkiye-degildir.htm
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8 juillet 2012 7 08 /07 /juillet /2012 23:18

Le grand enfermement des libertés en Turquie

 

            Alors que La Turquie affiche un taux de croissance qui fait rêver le reste du monde, dû à la longévité du gouvernement issu du parti islamo-conservateur AKP –, l’envers de ce tableau devient alarmant : un pouvoir hégémonique exerce une répression judiciaire toujours accrue sur les universitaires, chercheurs, éditeurs, étudiants et journalistes. Des vagues d’arrestations massives font régner la peur dans tous les milieux démocrates. La justice maintient des mois ou des années les prévenus sur la base d’accusations inexistantes, puis organise comme à Istanbul lundi un immense procès politique  (193 accusés) destiné à briser le mouvement kurde civil et ses soutiens intellectuels.

Dans ce contexte, les libertés de recherche et d’enseignement sont particulièrement atteintes. Le cas le plus flagrant est celui de Büşra Ersanlı : professeure de science politique à l’Université de Marmara, membre du parti légal kurde BDP qui siège au Parlement, elle a été arrêtée le 28 octobre 2011 et doit être jugée dans le cadre de ce procès (dit « KCK »). Alors qu’elle est accusée de « diriger une organisation terroriste », son acte d’accusation ne fait qu’inventorier les activités ordinaires de n’importe quel chercheur : déplacements scientifiques à l’étranger, conversations téléphoniques avec des journalistes, études comparatives sur différentes constitutions européennes ou articles parus dans des journaux scientifiques. 

Ce genre d’accusations kafkaïennes est dirigé contre des milliers d’étudiants au sort également très préoccupant. Selon le récent rapport de l’Initiative de solidarité avec les étudiants détenus en Turquie (TODI), 771 étudiants se trouvent actuellement en détention, dont une large majorité est membre de l’organisation de jeunesse du BDP. Parmi eux, figure une autre Büşra, 22 ans, étudiante en science politique, qui dans ses lettres de prison souligne l’absurdité des accusations dont elle fait l’objet : des chansons en kurde trouvées dans son ordinateur, sa participation aux diverses manifestations et conférences de presse, etc. Comme elle, des centaines de jeunes gens se voient interdire d’étudier, soit qu’ils subissent de longues détentions préventives, soit qu’ils fassent l’objet des enquêtes disciplinaires menant souvent à leur exclusion des universités.

Selon la même logique, des dizaines de journalistes et d’éditeurs sont détenus pour avoir enquêté et publié comme leur profession les y engage. Posséder un ouvrage de sciences sociales devient en soi une preuve dans les actes d’accusation, rappelant les années de la dictature militaire. Comment se fait-il alors que des actes aussi ordinaires puissent être associés au crime de terrorisme ? La modification de la loi anti-terreur en 2006 a banalisé la définition du terrorisme de manière à ce qu’elle couvre la moitié des crimes énumérés dans le code pénal. Ainsi, selon l’Associated Press, un tiers des détenus accusés de terrorisme dans le monde entier se trouve dans les prisons turques. Rien d’étonnant à cela, puisque la nouvelle loi, au lieu d’établir un lien avec l’action armée, permet de criminaliser de simples actes d’expression publique. La participation à la marche des femmes du 8 Mars ou au défilé du 1er Mai devient ainsi une preuve d’affiliation au terrorisme dès lors qu’une organisation illégale a fait appel à y contribuer. 

Dans le domaine de la recherche, des menaces systématiques sont exercées sur la liberté des universitaires et des chercheurs. Un rapport du Groupe international de travail sur la liberté de recherche et d’enseignement (GIT Branche Turquie) établit de nombreux cas récents d’étouffement de cette liberté. Selon ce même rapport, les chercheurs qui travaillent sur des sujets et des terrains sensibles font l’objet d’intimidation et peuvent voir leurs activités passer sous le coup de la loi anti-terreur. La mainmise du gouvernement sur la recherche est d’ailleurs attestée par la modification du statut du TUBITAK,  l’équivalent du CNRS en Turquie, qui a perdu toute son autonomie – le numéro spécial de la revue de cette institution consacré à Darwin et à l’évolution a été ainsi censuré en 2009.

En découle toute une nouvelle définition de la « terreur », menée sans armes ni violence ni intention. En conséquence, la population carcérale a augmenté de 250 % en huit ans, et sur ce chiffre, la part de la détention préventive s’élève désormais à 40 %. Comme l’ont montré les récentes émeutes carcérales à Urfa, la surpopulation des prisons constitue elle-même une manière de punir les détenus. Et l’Association des droits de l’homme en Turquie a recensé des centaines de cas de torture et de traitements dégradants commis au sein des prisons pour la seule année 2011. 

Toutes ces atteintes aux libertés, associées aux décisions judiciaires arbitraires, dévoilent les aspects autoritaires du gouvernement AKP et expliquent les raisons pour lesquelles la société civile turque s’inquiète de son avenir. Les milieux diplomatiques    et les médias internationaux qui s’empressent de déclarer que la Turquie du Premier ministre Erdoğan est un pays modèle pour le Moyen Orient, pour sa stabilité politique et sa croissance économique, ferment les yeux sur le viol des libertés publiques, politiques et intellectuelles. On est loin de la démocratisation dont l’AKP s’était fait le héraut il y a 10 ans. Plutôt que de s’attaquer à l’appareil répressif de l’Etat hérité de la dictature militaire, il l’a repris à son propre compte et le dirige aujourd’hui contre tous les dissidents. Parmi eux, les chercheurs, les journalistes, les étudiants qui paient un lourd tribut au maintien d’un espoir démocratique. La voie de la liberté est de plus en plus étroite en Turquie. L’Europe doit en prendre conscience de toute urgence.

 

 

Samim Akgönül, enseignant-chercheur à l’Université de Strasbourg-CNRS, Salih Akın, maître de conférences à l’Université de Rouen, Janine Altounian, essayiste, traductrice, membre fondateur d’AIRCRIGE, Marie-Laure Basilien-Gainche, maître de conférences à l’Université Paris 3 Sorbonne Nouvelle, Jean-François Bayart, directeur de recherche au CNRS/Sciences-Po Paris, Annette Becker, professeure à l’Université de Paris Ouest, Avner Ben-Amos, professeur à l’Université de Tel Aviv, Faruk Bilici, professeur à l’INALCO, Matthias Bjornlund, chercheur au Danish Institute for Study Abroad, Olivier Bouquet, maître de conférences à l’Université de Nice, Hamit Bozarslan, directeur d’études à l’EHESS, Jean-Paul Burdy, maître de conférences à l’Institut d’études politiques de Grenoble, Lieven De Cauter, professeur au Mediaschool Rits de Bruxelles, Christophe Charle, professeur à l’Université de Paris 1-Panthéon Sorbonne, Dominique Colas, professeur à Sciences-Po Paris, Etienne Copeaux, historien de la Turquie, Philippe Corcuff, maître de conférences à l’Institut d’études politiques de Lyon, Yves Déloye, professeur à Sciences-Po Bordeaux et à l’Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne, secrétaire général de l’Association française de science politique, Gilles Dorronsoro, professeur à l’Université de Paris 1-Panthéon Sorbonne, Vincent Duclert, professeur agrégé à l’EHESS et à Columbia University-Paris, Deborah Dultzin, Universidad Nacional Autonoma de Mexico, Ragıp Ege, professeur à l’université de Strasbourg, Jean-Louis Fabiani, directeur d’études à l’EHESS, Sylvie Gangloff, chargée de cours à l’INALCO, François Georgeon, directeur de recherche au CNRS, Catherine Goldstein, directrice de recherche à l’Institut Jussieu, Nilüfer Göle, directrice d’études à l’EHESS, Diana Gonzalez, enseignante à Sciences-Po Paris, Benjamin Gourisse, postdoctorant de l’Université de Paris 1-Panthéon Sorbonne,  André Grelon, directeur d’études à l’EHESS, Gérard Groc, chercheur associé à l’IREMAN/CNRS, Erdal Kaynar, postdoctorant de l’EHESS, Ali Kazancigil, co-directeur de la revue Anatoli, Med Kechidi, maître de conférences à l’université de Toulouse, Raymond Kévorkian, professeur à l’Institut français de Géopolitique, Hans-Lukas Kieser, professeur à l’Université de Zurich, Michèle Lardy, maître de conférences à l’Université de Paris 1-Panthéon Sorbonne, Gulçin Erdi Lelandais, Marie Curie Fellow University of Warwick, Henri Lombardi, CNRS Lab Besançon, Hélène Piralian-Simonyan, psychanalyste et membre fondateur de l’AIRCRIGE, Jean Marcou, professeur à l'IEP de Grenoble, Claire Mauss-Copeaux, chargée de recherches au CNRS, Claire Mouradian, directrice de recherche au CNRS, Veli Pehlivan, doctorante à l’EHESS, Jean-François Pérouse, maître de conférences à l’Université de Toulouse-II, Dalita Roger-Hacyan, maître de conférences à l’Université de Paris 1 Panthéon-Sorbonne, Monique de Saint Martin, directrice d’études à l’EHESS, Emine Sarikartal, doctorante à l’université de Paris-Ouest, Inan Sevinç, doctorant et assistant à l’Université de Strasbourg, Roger W. Smith, professeur émérite au College of William and Mary (Williamsburg, Virginie), ancien président de l’International Association of Genocide Scholars, Emmanuel Szurek, doctorant à l’EHESS, Ferhat Taylan, doctorant à l’université de Bordeaux, Yves Ternon, historien du Génocide arménien et de l’Empire ottoman, Lucette Valensi, directrice d’études à l’EHESS, Murat Yıldızoğlu, professeur à l’université de Bordeaux, signataires de la Déclaration inaugurale du Groupe international de travail « Liberté de recherche et d’enseignement en Turquie » (GIT initiative créé à Paris le 21 novembre 2011).

 

 

 

 

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5 juillet 2012 4 05 /07 /juillet /2012 17:29

Sur son blog « Au fil du Bosphore », le correspondant du Monde en Turquie consacre une enquête approfondie sur les lourdes menaces qui pèsent sur la liberté de recherche en Turquie. Le procès-monstre de Silivri pousse jusqu’à la caricature cet acharnement de l’Etat et du gouvernement à briser cette liberté.  

 

« Le procès de l'Union des Communautés du Kurdistan (KCK) se poursuit jusqu'au 13 juillet. Intéressons nous aujourd'hui à l'un des aspects de ce procès-monstre pour lequel comparaissent 205 personnes: la liberté de recherche ». Lire la suite sur http://istanbul.blog.lemonde.fr/2012/07/05/proces-du-kck-la-liberte-de-recherche-menacee-3/

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4 juillet 2012 3 04 /07 /juillet /2012 11:58

La presse internationale rapporte la situation des libertés académiques en Turquie et la mobilisation des chercheurs en faveur de leurs collègues persécutés, dans le contexte du procès monstre de Silivri.

 

La grande revue scientifique Nature a publié un article du Dr. Alison Abbott :

http://www.nature.com/news/turkey-cracks-down-on-academic-freedom-1.10942

 

Le quotidien Le Monde vient il y a une heure de publier un appel lancé par le GIT France et signé de nombreux membres :

http://www.lemonde.fr/idees/article/2012/07/04/le-grand-enfermement-des-libertes-en-turquie_1728821_3232.html

 

Le site indépendant d’informations Bianet a rapporté aussi sur le procès de Silivri :

http://www.bianet.org/bianet/ifade-ozgurlugu/139462-avukatlar-durusmayi-terketti

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4 juillet 2012 3 04 /07 /juillet /2012 00:37
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Site De Git France (Groupe International De Travail)

L'initiative GIT

GIT France est la branche française du

Groupe de travail international (GIT)

« Liberté de recherche et d’enseignement en Turquie », une initiative internationale d’universitaires, de chercheurs, d’étudiants, de traducteurs et d’éditeurs née à Paris le 21 novembre 2011

 

sites d’nformations globales :

www.gitiniative.com

http://www.facebook.com/pages/GIT-Initiative/288505904533560?ref=ts

   

Branches du GIT dans de nombreux pays :

Branche en France : www.gitfrance.fr

info.gitfrance@gmail.com

Branche en Amérique du Nord : http://gitamerica.blogspot.com/

gitamerica@yahoo.com

 

Branche au Royaume-Uni : Dr. Cengiz Gunes (cgunes07@gmail.com); Dr. Derya Bayir (deryabayir@gmail.com); Dr. Prakash Shah ( prakash.shah@qmul.ac.uk); Dr. Kerem Oktem (kerem.oktem@sant.ac..uk)

 

Branche en Suisse :

info@sfst.ch 

 

Branche en Turquie :  http://gitturkiye.com/  

Dr. Zeynep Gambetti (zgambetti@gmail.com) ; Dr. Nesrin Uçarlar (nesrinucarlar@gmail.com)

 

Branche en Allemagne : http://gitgermany.wordpress.com/

gitgermany@yahoo.de

 

Branche en Grèce : Vasiliki Petsa (bisiapetsa@hotmail.com)

 

Branche en Italie : http://gititalia.wordpress.com/

git.italia@gmail.com

Recherche

Pour suivre l'actualité des libertés en Turquie

http://www.susam-sokak.fr/ (Blog d'Etienne Copeaux, historien de la Turquie)

http://istanbul.blog.lemonde.fr/ (Blog de Guillaume Perrier, correspondant du Monde en Turquie)

http://turquieeuropeenne.eu/ (site d'actualité et de traductions d'articles)

https://akgonul.wordpress.com/2011/12/ (Blog de Samim Agkönül, historien et politiste)

http://www.imprescriptible.fr/  (sur le génocide arménien)

(liste non exhaustive)

GITinitiative

 

 

Liens