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24 janvier 2016 7 24 /01 /janvier /2016 22:30

Paris, le 24 janvier 2016

Chère et cher collègue,

Plus de 350 chercheurs, universitaires, intellectuels ont déjà signé

LA « Déclaration de solidarité, Paris-18 janvier 2016 »

en faveur des chercheurs, universitaires et intellectuels de Turquie signataires de la pétition du 10 janvier 2016 (« Nous ne serons pas complices de ce crime ! ») pour la fin de la guerre dans le Sud-Est du pays, et qui, depuis, sont victimes d’une persécution massive ordonnée par le chef de l’Etat turc.

Cette Déclaration peut encore être signée (jusqu’au 1er février inclus). N’hésitez pas à faire circuler ce texte, afin d’amplifier la forte mobilisation scientifique et universitaire internationale, susceptible d’apporter une protection à nos collègues de Turquie et d’affirmer l’importance de la liberté de recherche et d’enseignement dans les sociétés.

Avec nos remerciements renouvelés.

Très cordialement

Hamit Bozarslan, directeur d’études à l’EHESS ; Yves Déloye, professeur des Universités à Sciences Po Bordeaux ; Vincent Duclert, chercheur à l’EHESS ; Diana Gonzalez, enseignante à Science Po Paris ; Emine Sarikartal, traductrice ; Ferhat Taylan, directeur de programme au CIPh. [Groupe international de travail (GIT) pour la liberté de recherche et d’enseignement en Turquie].

Cette Déclaration collective de solidarité découle de la réunion d’information organisée le 18 janvier 2016 à Paris (Ecole des hautes études en sciences sociales) par le Groupe international de travail (GIT).

GITFrance.fr & GITInitiative.com

*

Texte soumis à signature :

Déclaration de solidarité, Paris-18 janvier 2016

Face à la persécution massive ordonnée par le chef de l’Etat turc contre les universitaires, chercheurs, intellectuels, signataires de la pétition du 10 janvier 2016 (« Nous ne serons pas complices de ce crime ! ») pour la fin de la guerre dans le Sud-Est du pays,

et à la suite de la réunion d’information organisée le 18 janvier 2016 à Paris (Ecole des hautes études en sciences sociales) par le Groupe international de travail (GIT),

les soussigné (e) s appellent à la solidarité pour leurs collègues persécuté (e) s en Turquie et s’engagent à poursuivre sans relâche la défense de la liberté de recherche et d’enseignement reconnue comme un droit fondamental des sociétés.

Ils invitent le gouvernement turc ainsi que les présidents d’universités en Turquie à respecter la liberté d’expression qui est une norme universelle ne dépendant pas d’une décision politique arbitraire.

Ils appellent également le gouvernement français et toutes les instances de l’Union Européenne à porter la plus grande attention au respect des droits fondamentaux en Turquie.

*

Pour signer, merci d’adresser votre Prénom, Nom, Titre et Institution d’affiliation, ou qualité, à l’adresse suivante : gitdeclarationfrance@gmail.com ou gitdeclaration@gmail.com

Les signatures peuvent être adressées jusqu’au 1er février inclus.

Pour retrouver la Déclaration et la liste des signataires : sites internet gitfrance.fr, gitinitiative.com

(350 signataires au 24 janvier, 8h)

Depuis, de nombreuses signatures nous sont parvenues. La liste sera mise à jour mercredi 27 janvier

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21 janvier 2016 4 21 /01 /janvier /2016 19:06

DÉCLARATION DE SOUTIEN AUX UNIVERSITAIRES SIGNATAIRES DE LA PÉTITION POUR LA PAIX EN TURQUIE

Cher(e)s collègues,

Plus de 1100 (aujourd’hui le nombre des signataires a dépassé 2200) universitaires et chercheurs turcs et étrangers ont signé un appel à l’arrêt des opérations militaires menées par l’armée turque contre les Kurdes, à une enquête indépendante sur cette opération qui implique la population civile et au lancement d’un processus de paix.

Le gouvernement du président Erdogan a répondu par la répression.

L’université Paris 8 s’associe à la conférence des présidents d’université du 18 janvier et apporte son soutien plein et entier aux signataires de l’appel pour la paix, au nom du respect des libertés d’expression et des libertés académiques.

L’Université Paris 8 condamne fermement les propos outranciers (traitres, cinquième colonne, terroristes) tenus à l’encontre des signataires par la plus haute autorité du pays et qui ont suscité des mesures de rétorsion les empêchant de poursuivre leur travail : interpellations, interdictions de quitter le territoire, rappel des signataires post-doc qui sont à l’étranger, suppression des bourses et des subventions qui leur permettaient de collaborer avec chercheurs et enseignants étrangers. Une offensive est conduite contre les signataires sur tous les fronts : pénal, médiatique, politique, universitaire, YÖK (l’Administration centrale de l’enseignement supérieur), lTübitak (le CNRS turc). Il convient dans ce contexte d'être vigilant pour ne pas laisser le Tübitak ou le YÖK violer des engagements qui ne les concernent pas seuls. Ces mesures sont une violation manifeste de la liberté d’expression qui fonde les universités et qui est à la base même des valeurs des grandes démocraties.

L’université Paris 8 appelle à se rassembler autour de toutes celles et ceux qui se mobilisent pour défendre la paix et la démocratie.

Bien cordialement

Danielle Tartakowsky

Présidente de l’Université Paris 8

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21 janvier 2016 4 21 /01 /janvier /2016 18:42

EUA deeply concerned about Turkey’s treatment of academics

January 20 2016


The European University Association (EUA) would like to express its concern for the academics in Turkey being investigated for expressing their views, under the petition “We Will not be a Party to this Crime”, on the conflict in the South-East region.

EUA would also like to underline that, irrespective of the content of the petition, freedom of expression is a core university value and a sine qua non of democratic societies. We therefore urge the government of Turkey to fully respect the right to express any opinion in public without censorship or restraint as well as the Higher Education Council (YÖK) to withdraw its request to the rectors to open up an inquiry on the signatories.

More particularly, EUA is dismayed by the detainment of some signatory academics — even if they were released on the same day — most of them from Kocaeli University, an EUA member.

http://www.eua.be/activities-services/news/newsitem/2016/01/20/eua-deeply-concerned-about-turkey-s-treatment-of-academics

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21 janvier 2016 4 21 /01 /janvier /2016 13:06

La CPU apporte son soutien aux universitaires turcs interpellés

18 janvier 2016

Communiqués

La Conférence des présidents d’université condamne fermement les interpellations qui ont touché 14 universitaires turcs, ce vendredi 15 janvier, ils sont accusés d’avoir signé un appel à l’arrêt des opérations militaires menées par l’armée turque contre les Kurdes. Signé par plus de 1000 intellectuels et chercheurs turcs et étrangers ce texte, vise à obtenir une enquête indépendante sur l’opération lancée contre le PKK depuis un mois, et appelle au lancement d’un processus de paix.

La conférence des présidents d’université apporte son soutien aux universitaires directement menacés par le pouvoir turc, et à l’ensemble des universités turques qui voient là leurs libertés académiques menacées. Ces interpellations sont une violation manifeste de la liberté d’expression qui fonde les universités, et est à la base même des valeurs des grandes démocraties.

http://www.cpu.fr/actualite/la-cpu-apporte-son-soutien-aux-universitaires-turcs-interpelles/

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20 janvier 2016 3 20 /01 /janvier /2016 23:10

- Le nouveau chef d'accusation visant les signataires de la pétition du 10 janvier (au nombre de 2234 aujourd'hui) est désormais "le terrorisme" (art. 302 du Code pénal). Un collègue de Turquie nous a informés des sanctions prises par le Tübitak (CNRS turc) ainsi qu'un cas d'interruption de la bourse d'Etat.

-Le Tübitak a manifestement reçu des instructions pour sanctionner les signataires (Turcs de Turquie, Turcs de l'étranger ou étrangers enseignant dans des universités turques).

Les signataires sont d'ores et déjà sans en être informés retirés des jurys programmés, des appels d'offre pour projets financés par le Tübitak... et ouvertement mis sur la sellette par le Tübitak. Les collègues signataires bénéficiaires d'un post-doc Tübitak à l'étranger se sont déjà vus notifiés hier que leur bourse était coupée et qu'ils devaient rentrer immédiatement.

-On craint beaucoup pour les boursiers de l'Etat (du YÖK) qui sont à l'étranger et qui peuvent se voir dans l'obligation de rembourser ce qu'ils ont touché jusque-là et de rentrer.

-L'interdiction de sortir du territoire commence à être faite aux signataires déjà passés par une instruction pénale. Ceci va évidemment à l'encontre des besoins de mobilité internationale de nos collègues.

L'offensive est conduite sur tous les fronts : pénal, médiatique, politique, universitaire, YÖK, Tübitak... Il convient dans ce contexte d'être vigilant et de ne pas laisser le Tübitak ou le YÖK violer des engagements qui ne les concernent pas seuls.

-Il serait bon de mobiliser les universités et grandes écoles de France dont sont diplômés certains signataires pour qu'elles assurent un suivi de leurs anciens étudiants.

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20 janvier 2016 3 20 /01 /janvier /2016 06:41

Une nouvelle pétition internationale pour les libertés académiques en Turquie

copy.pdf :

https://drive.google.com/file/d/0B7Z87EGgKHUGWE01aFEtRXRrQzg/view

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19 janvier 2016 2 19 /01 /janvier /2016 06:22

Dearest fellow COSMOS members,

In recent days, more than a 1,000 Turkish and Kurdish academics signed a petition calling for an end to hostilities in a number of Kurdish cities and a resumption of peace negotiations between the government and the PKK. As a result, charges of "propagandizing for a terrorist organisation" and treason have been brought against them by state prosecutors. These charges can result in up to five years in prison.Clearly, not even a modicum of academic freedom can be said to exist in Turkey. Freedom of expression has been completely undermined.

This year IPSA will hold its 24th World Congress of Political Science Conference in Istanbul. The organisation of a conference in a country where academics are imprisoned for their views is highly problematic. As academics there is little that we can do to change the multiple problems in Turkey but we can put pressure on international academic associations so as to not legitimise the Erdogan regime by holding conferences in Turkey until it restores freedom of expression and ends harassment of academics and others who are opposed to his political objectives.

Accordingly, some of us COSMOS members wish to send a letter to IPSA asking them to clarify their position on the matter and to take a stance demanding freedom of expression in Turkey.

We invite you to take a minute to read a quick letter we intend to send to them and sign it, in solidarity with all the academics and journalists in Turkey under threat.

Could anyone who wishes to sign (one does not need to be an IPSA member) please fill in the link to this doodle poll : http://doodle.com/poll/kcvisxhhsg78xtdv#table

with their name, title and institutional affiliation.

We will send the letter this evening.

Kind regards

Francis O Connor

Pietro Castelli

Lorenzo Zamponi

Hara Kouki

Haris Malmidis

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19 janvier 2016 2 19 /01 /janvier /2016 06:17

Voici une liste préparée par un membre des "Universitaires pour la Paix"

Litterateurs: https://barisicinyazarlar.wordpress.com

Artists: https://www.change.org/p/sanatçılar-barış-için-akademisyenlerin-yanında?recruiter=467057926

Theater professionals: http://www.birgun.net/haber-detay/tiyatroculardan-baris-icin-akademisyenler-e-destek-100791.html

Movie professionals: http://bianet.org/bianet/siyaset/171107-sinemacilardan-baris-icin-akademisyenler-e-destek

Architects: http://ilerihaber.org/mimarlar-odasindan-akademisyenlere-destek-aciklamasi/28621/

Journalists: http://bianet.org/bianet/ifade-ozgurlugu/171098-gazetecilerden-akademisyenlere-destek

Alevis: http://www.birgun.net/haber-detay/aleviler-baris-icin-akademisyenler-inisiyatifi-nin-yanindayiz-100866.html

Health professionals: http://www.barisicinsaglikcilar.net/

Tourist guides: https://www.facebook.com/yurttavedunyadabarisicinrehberler/?fref=photo

Lawyers: http://www.imctv.com.tr/hukukculardan-baris-icin-akademisyenlere-destek/

Psychologists and Psychological counselors: http://imza.la/baris-icin-psikologlar-ve-psikolojik-danismanlar-biz-de-bu-suca-ortak-olmayacagiz/liste

Teachers: https://www.change.org/p/kamuoyu-barış-biz-öğretmenlerin-de-talebidir-1a9ed9a4-068f-4c41-a3e8-2ba2d676f47e

Unemployed: http://imza.la/baris-icin-issizler

Feminists: http://www.demokrathaber.net/guncel/feministler-de-baris-isteyen-akademisyenlerin-yaninda-h60797.html

Employees at the Plaza: https://www.change.org/p/plaza-çalışanları-olarak-düşünce-özgürlüğü-için-barış-için-akademisyenler-in-yanındayız

Soccer tribunes: https://www.facebook.com/Trib%C3%BCnler-Bar%C4%B1%C5%9F-%C4%B0stiyor-511337995701620/?fref=ts

Pharmacists: https://www.change.org/organizations/barış_için_eczacılar_ve_eczacılık_Öğrencileri

Publishers: http://selyayincilik.com/duyuru.asp?id=61

Photographers: http://barisisteyenfotografcilar.com/

Students: https://www.change.org/p/üniversite-öğrencileri-barışiçinakademisyenler-in-yanındayız?recruiter=465142366&utm_source=share_petition&utm_medium=copylink

Academics: http://tr.sputniknews.com/turkiye/20160117/1020246603/akademisyenler-baris-bildirisi.htm

Mothers for Peace: http://www.anf-ajans.com/kadin/baris-anneleri-nden-akademisyenlere-destek

Support for Peace: https://barisadestekblog.wordpress.com
https://barisadestekblog.wordpress.com/imzacilar/

The Peace Bloc: http://www.evrensel.net/haber/269918/baris-bloku-baris-isteyen-akademisyenler-yalniz-degildir

Psychologists for Social Solidarity: http://todap.org/bolum_detay.aspx?link=3&yaziId=1628

The Association of Psychologists in Turkey: https://www.psikolog.org.tr/?Detail=1483

The Turkish Psychiatry Association:
http://www.psikiyatri.org.tr/news.aspx?notice=1489#.VpoHS2y6bUQ.facebook

The Chamber of Architects and Engineers: http://www.tmmob.org.tr/icerik/akademisyenler-susturulamaz

A labor union: http://sendika8.org/2016/01/universite-biat-etmez/

Another labor union: http://www.kesk.org.tr/content/akademisyenlerin-gözaltına-alınması-tüm-barış-savunucularına-yönelik-bir-gözdağıdır-kınıyor

Another labor union: http://disk.org.tr/2016/01/isci-sinifinin-halkin-ulkemizin-onuru-akademisyenlerimizin-yanindayiz/

Labor union of educators: http://www.diken.com.tr/egitim-sen-baris-icin-akademisyenlerin-yaninda-tehditlerinize-boyun-egmeyecegiz/

Ankara Bar: http://www.evrensel.net/haber/270169/ankara-barosundan-akademisyenlere-destek-ifade-ozgurlugu-evrensel-bir-haktir

Two associations of lawyers: http://www.haberler.com/yarsav-ve-demokratik-yargi-dan-akademisyenlere-8067294-haberi/

Another association of lawyers: http://chd.org.tr/akademisyen-dostlarimizin-onuruna-ortak-olacagiz.html

Human Rights Association and Foundation: http://www.imctv.com.tr/ihd-ve-tihv-baris-bir-insan-hakkidir/

Another Human Rights Association: http://istanbul.mazlumder.org/tr/main/faaliyetler/basin-aciklamalari/1/ifade-ozgurlugu-bizzat-rahatsiz-edici-ifadele/12557

Invitation to Justice: http://www.adaletedavet.com

LGBTI: http://kaosgl.org/sayfa.php?id=20913

Erktolia: https://www.facebook.com/erktolia/posts/995144730543212

Jiyan: https://jiyan.us/2016/01/12/jiyan-baris-icin-akademisyenlerin-yanindayiz/

A list of supporters that includes political parties: http://sendika8.org/2016/01/baris-icin-akademisyenlere-destek-buyuyor/

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18 janvier 2016 1 18 /01 /janvier /2016 14:00

M. Erdogan, cessez votre offensive contre la liberté de recherche et d’enseignement en Turquie

Le Monde.fr | 18.01.2016 à 12h23


En savoir plus sur http://www.lemonde.fr/idees/article/2016/01/18/m-erdogan-cessez-votre-offensive-contre-la-liberte-de-recherche-et-d-enseignement-en-turquie_4849110_3232.html#gwgTVVdj74IFlbfv.99

Par un collectif

Alors que la Turquie est la cible de sanglants attentats perpétrés sur son territoire par l’Etat islamique (Diyarbakir et Suruç, juin 2015 ; Ankara, 10 octobre 2015 ; Istanbul, 12 janvier 2016), les pouvoirs d’Etat emmenés par le président de la République Recep Tayyip Erdogan s’acharnent sur la minorité kurde désignée comme la principale source de terrorisme, au risque de plonger le pays dans un état de guerre civile généralisé.

Le 10 janvier 2016, des « universitaires pour la paix » ont lancé une pétition où ils affirment qu’ils « ne seron [t] pas complices de ce crime ». Plus de 1100 enseignants-chercheurs, appartenant à 89 universités de Turquie, en appellent aux droits des citoyens de la République de Turquie garantis par la Constitution turque et par les conventions internationales ; ils signalent à l’attention publique nationale et internationale le couvre-feu imposé depuis des semaines par l’État et l’armée dans plusieurs villes kurdes du Sud-Est du pays ­– au milieu de l'indifférence générale de l’Union européenne qui attend surtout de la Turquie qu’elle retienne sur son territoire les réfugiés du Moyen-Orient ; ils révèlent comment la population de ces villes est privée d’écoles, de services publics, de soins médicaux, de nourriture, de tout – au point qu’il ne leur est même plus possible d'enterrer leurs proches dont les cadavres sont abandonnés à même la rue.

Cette prise de position de scientifiques et d’intellectuels de Turquie a été jugée intolérable par le pouvoir d’Ankara qui a aussitôt déclenché une répression de grande envergure. Sur l’ordre du gouvernement et du président Erdogan lui-même, le YÖK ou Conseil de l’enseignement supérieur, une institution héritée de la dictature militaire de 1980, s’est saisi du cas des signataires, annonçant que le « nécessaire sera fait ». Des dizaines d’universités ont lancé des procédures internes contre des membres de leur faculté. Les parquets ont actionné contre tous les signataires le vaste arsenal judiciaire existant contre les dissidents, l’article 301 du code pénal (« insulte à la nation turque et à l’Etat turc ») et la loi antiterreur (« propagande en faveur d’organisations terroristes »). Les premières gardes à vue ont commencé à Koaceli vendredi 15 janvier au matin.

L’action répressive de l’État se démultiplie à travers des campagnes de dénonciation des médias pro-gouvernementaux et des réseaux islamo-nationalistes soutenant le pouvoir. Les appels à la violence et les menaces ciblées sont ainsi permanents. Des milieux d’extrême-droite proches du gouvernement recommandent ouvertement le meurtre collectif des « traîtres », des « intellectuels assassins », annonçant qu’ils vont « baigner dans le sang » des signataires promis à l’égorgement. Des croix rouges apparaissent sur la porte des bureaux de plusieurs d’entre eux.

La violence multiforme dirigée contre les signataires de la pétition « Nous ne serons pas complices de ce crime ! » s’inscrit dans la continuité de la politique que poursuit le pouvoir AKP (le parti majoritaire) depuis des années contre les chercheurs, universitaires et intellectuels exerçant leur pouvoir critique sur des sujets réputés « sensibles ». D’innombrables professeurs, journalistes, écrivains, ont payé – et continuent à payer – un prix exorbitant pour leur engagement en faveur d’une société démocratique et pacifique.

Une bataille définitive est engagée en Turquie contre la liberté de recherche et d’enseignement, fondement d’une pensée critique qui insupporte un pouvoir de plus en plus absolu. Les « Universitaires pour la paix » ont annoncé leur intention de répéter leur acte d’engagement. En Turquie, de centaines de journalistes, d’éditeurs, d’avocats, de cinéastes, d’artistes, ont déclaré publiquement leur soutien, élargissant le front démocratique. Au moment où l’Union Européenne accorde une aide financière ainsi qu’un crédit politique à Erdogan, les rapports de solidarité s’établissent entre les chercheurs turcs menacés et leurs collègues du monde entier aussitôt mobilisés. Il a fallu deux jours à peine, les 14 et 15 janvier, pour que s’organisent, en Europe et en Amérique du nord, d’impressionnantes initiatives croisées - lettres ouvertes, appels, pétitions, messages, remontées d’informations – preuve que l’internationale des chercheurs (souvent associée à celle des écrivains) est une réalité quand les droits fondamentaux et l’avenir des sociétés sont en jeu. C’est une force vigilante, déterminée, qui dure depuis longtemps et qui n’est pas prête de s’éteindre.

Groupe international de travail (Gitfrance.fr, Gitinitiative.com) pour la liberté de recherche et d’enseignement en Turquie (Hamit Bozarslan, directeur d’études à l’EHESS ; Yves Déloye, professeur des Universités à Sciences Po Bordeaux ; Vincent Duclert, chercheur à l’EHESS ; Diana Gonzalez, enseignante à Science Po Paris ; Emine Sarikartal, traductrice ; Ferhat Taylan, directeur de programme au CIPh. Comité fondateur du 21 novembre 2011).

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17 janvier 2016 7 17 /01 /janvier /2016 17:40

La pétition des Universitaires pour la Paix:

Etat des lieux au 17 janvier 2016 [1]

Sinem Arslan

University of Essex

sarslaa@essex.ac.uk

Depuis les élections de juin 2015 et l’échec du processus de paix en Turquie, le gouvernement, au nom de la lutte contre le terrorisme et de la lutte contre les tranchées creusées par le YDG-H (l’organisation de jeunesse du PKK) a proclamé 58 couvre-feux dans des zones kurdes du Sud-Est anatolien. Ces couvre-feux, appliqués de jour comme de nuit pour des durées variables (parfois des semaines) et les actions des forces spéciales du gouvernement ont mis en danger la vie des populations civiles. Selon la Fondation des Droits de l’Homme de Turquie, “des droits de l’Homme fondamentaux, tels que le droit à la vie et le droit à la santé sont violés et 162 civils (29 femmes, 32 enfants et 24 personnes âgées de plus de 60 ans) ont perdu la vie”.

Sous le couvre-feu, des milliers de personnes ont dû fuir leur domicile, tandis que celles qui n’en avaient pas les moyens sont restés confinées chez elles, avec des ressources alimentaires limitées, alors que leurs demeures étaient la cible de tirs. Pendant les affrontements, de nombreux civils ont été abattus, sans qu’il soit possible d’enterrer ces morts. A Sur, un quartier de Diyarbakir, le couvre-feu continue depuis plus d’un mois et les corps des civils abattus alors qu’ils tentaient de sortir sont toujours dans les rues, puisque leurs proches sont dans l’incapacité de les récupérer. Selon le rapport publié par Amnesty international, les habitants des zones sous couvre-feu ne peuvent quitter leur quartier pour avoir accès à des soins médicaux. Dans certains cas, les forces de sécurité ont également interdit l’accès aux ambulances. Des images et vidéos d’infractions commises par les forces gouvernementales ont circulé, telle la vidéo d’une voiture de police blindée traînant le cadavre d’un militant kurde attaché par le cou dans les rues, ou les graffiti racistes sur les murs des habitations. Le gouvernment a condamné certains de ces abus mais les responsables n’ont pas encore été poursuivis judiciairement.

Ce sont ces infractions aux droits de l’homme que nous, universitaires et intellectuels de Turquie, avons voulu dénoncer en publiant une déclaration intitulée “Nous ne serons pas complices de ce crime”. Cette déclaration non partisane demandait au gouvernement de mettre fin aux couvre-feux qui violent le droit à la vie, la liberté et la sécurité des citoyens, de condamner les responsables d’infractions aux droits de l’Homme et de reprendre le processus de paix. Nous avons aussi déclaré que ce qui se passait dans le Sud Est était clairement contraire à la constitution de Turquie et aux traités internationaux que la Turquie a signés et s’est engagée à respecter. Le principal objectif de cette déclaration était la paix, rien de plus.

Cette déclaration a reçu le soutien de 1128 enseignants-chercheurs de Turquie, beaucoup réputés dans leur domaine. Elle a aussi été soutenue par 356 intellectuels internationaux, tels Noam Chomsky, Judith Butler, Etienne Balibar, David Harvey, Immanuel Wallerstein and Slavoj Zizek.

Dès que la pétition a été rendue publique, le président Erdoğan, plutôt que de se concentrer sur l’attaque de Sultanahmet, a attaqué les universitaires signataires en présentant notre appel à la paix comme un “soutien au terrorisme”, nous traitant de “traîtres, ignorants, colonialistes et pseudo-intellectuels”. Il a aussi accusé les signataires d’ignorer ce qui se passait dans la région et a invité Noam Chomsky à se rendre en Turquie. Son attitude accusatrice et méprisante a aussitôt été suivie par une intervention du YÖK (le Conseil de l’Enseignement supérieur), affirmant que des mesures adéquates allaient être prises contre les universitaires soutenant le terrorisme. En outre, le parrain mafieux Sedat Peker, connu pour son implication dans le crime organisé et ses prises de position ultra-nationalistes, a également menacé les universitaires en affirmant que leur sang allait couler. Pour ceux qui avaient eu l’occasion de voir ses photos côte-à-côte avec le président dans les médias il y a quelques mois, ces menaces n’ont pas été une surprise. Le discours du premier ministre Davutoğlu, qui a dénoncé la pétition comme un acte partisan, a également considéré que cette déclaration pour la paix “prenait le parti du terrorisme”.

Les universitaires signataires de la pétition ont continué à être pris pour cible pendant les jours suivants. La pétition a été le sujet principal des discours publics du président Erdoğans dans les jours suivants. Il nous a non seulement accusés d’être les collaborateurs du PKK en établissant un lien entre la pétition et les attaques du PKK, mais a aussi appelé les différentes institutions à passer à l’action. Le 16 janvier, Bekir Bozdağ, le ministre de la Justice a aussi déclaré que la pétition avait été rédigée par le PKK. Leurs arguments reposent sur le fait que la pétition n’interpelle que le gouvernement, et pas le groupe armé.

En tant que signataire de la pétition et chercheuse en science politique, je suis convaincue que c’est du gouvernement qu’il faut exiger le respect de la loi, pas d’un groupe armé. C’est le droit qui légitime les gouvernements et il est du devoir des citoyens de Turquie d’interpeller le gouvernement lorsqu’il y a une atteinte claire à la constitution. Proclamer le couvre-feu dans une région sans prendre des mesures adéquates pour protéger les populations est une atteinte à la Constitution. La lutte contre le PKK n’exempte pas le gouvernement de garantir le droit à la vie des citoyens, que ce droit soit menacé par les institutions étatiques ou un groupe rebelle. Les attaques du PKK montrent aussi la vulnérabilité du gouvernement et l’échec de la politique gouvernementale sur le sujet. En tant que citoyens de Turquie, nous payons des impôts à l’Etat et sommes représentés par le gouvernement, et non par le groupe rebelle. C’est pourquoi cette déclaration s’adresse uniquement au gouvernement.

Quant au retour au processus de paix, il s’agit là encore d’une décision dont le gouvernement doit avoir l’initiative, comme on peut le constater dans de nombreux cas de guerre civile dans le monde. Les guerres civiles sont assymétriques par natures et il est rare qu’un groupe rebelle puisse gagner la guerre: les rebelles combattent en général jusqu’à ce que les gouvernements reconnaissent leur légitimité comme partenaires de négociation, ce qui arrive tôt ou tard car il n’y a pas de solution militaire aux guerres civiles. Même si les groupes armés sont vaincus, si les problèmes sous-jacents ne sont pars résolus, ces groupes survivent dans la clandestinité avant de réémerger, et la violence est sans fin. Les études comparées sur les processus de paix sont nombreuses à illustrer ce point. C’est pourquoi nous avons souhaité que le gouvernement prenne l’initiative et lance le processus de paix immédiatement, plutôt que plus tard, quand le nombre des pertes sera plus élevé. C’est la raison pour laquelle cette pétition ne s’adresse qu’au gouvernement.

Le discours du président a attiré l’attention des médias, mais ses conséquences sur la vie quotidienne des universitaires concernés restent insuffisamment traitées par les médias internationaux. Dans les universités, où devrait régner la liberté d’expression, une chasse aux sorcières a commencé. Dans un premier temps, les universités de Bahçeşehir, Hacettepe, Hakkari, Düzce, Tunceli, Abdullah Gül et Pamukkale ont publié des déclarations qualifiant d’imaginaires nos dénonciations d’infractions aux droits de l’Homme, pourtant documentées par Human Rights Watch, et accusant notre pétition de soutenir le terrorisme.

En outre, de nombreuses universités ont ouvert des enquêtes à l’encontre des universitaires signataires. Plusieurs collègues se sont vus signifier leur licenciement dans des universités privées. Des universitaires, tels Hülya Doğan à l’Université de Bartın, Ali Çeliksöz à l’université Cumhuriyet de Sivas et Latife Akyüz à l’Université de Düzce sous le coup d’enquêtes disciplinaires et certains ont déjà été contraints de démissionner. Des mesures similaires sont en cours à l’Université Ondokuz Mayıs, l’Université Akdeniz, l’Université Izzet Baysal d’Abant et l’Université Hacettepe. Le nombre d’universités qui ouvre des enquêtes ou renvoient les signataires augmente de jour en jour.

Parallèlement, la machine judiciaire s’est mise en marche. Certains de nos collègues ont été “invités” à se rendre à la Direction générale de la Police pour être interrogés. Le 15 janvier, le procureur général d’Istanbul a ouvert une enquête à l’encontre de l’ensemble des universitaires signataires, se référant à l’article 301 du code pénal turc et à l’article 7 de la loi anti-terroriste. Ces articles mentionnent la “propagande en faveur d’une organisation terroriste”, ‘l’incitation à la violence” et l’“insulte à la République de Turquie”. Si nous sommes jugés coupables, nous risquons de un à cinq ans de prison.

Le 15 janvier, plusieurs de nos collègues ont été mis en garde à vue après avoir été interpellés le matin à leur domicile et dans leurs bureaux. Beaucoup étaient de l’université de Kocaeli, mais il y a également des cas à l’université Yüzüncü Yıl de Van, Izzet Baysal d’Abant et l’université Uludağ. Ils ont été relâchés après plusieurs heures de garde à vue.

Les directions des universités et procureurs ne sont pas les seuls à vouloir punir les signataires. Les médias, chaînes de télévision et journaux qui représentent les intérêts du gouvernement et en assurent la propagande ont publié nos noms en nous désignant comme cibles. Le 12 janvier, nous faisions les titres du journal Yeni Şafak, traités de “collaborateurs du PKK”. Le jour suivant, nous avons été qualifiés d’ “ennemis de l’Etat” pour avoir reconnu le génocide arménien (sic.) et soutenu les événements de Gezi. Certains journaux nous ont même pointés du doigt pour l’attentat de Sultan Ahmet commis par Daesh le 12 janvier.

Des photos de nos collègues ont été diffusées par les étudiants nationalistes, les accusant d’être des partisans du PKK. Des croix ont été tracées sur leurs portes et des textes insultants collées sur ces même portes. Les menaces de mort par les nationalistes continuent sur facebook et twitter et de nombreux comptes facebook publient nos images en nous qualifiant de soutiens du PKK. Noutre site internet a été piraté par un groupe ultra-nationaliste. La dernière attaque du PKK, le 13 janvier, a empiré la situation. Aucun de nous n’a soutenu le recours à la violence mais, parce que nous avons été accusés par le président de la République, le hashtag #1128killers , qui nous accuse de cautionner ces attaques, a connu un grand succès. Nous recevons en permanence des emails d’insultes d’inconnus qui nous demandent de nous excuser, comme si nous avions commis un crime. Certains collègues ont aussi été menacés de mort la nuit.

Pour dénoncer cet acharnement contre les signataires de la pétition, nous, les Universitaires pour la paix, avons publié un second texte, affirmant que nous maintenions notre déclaration, que nous soutiendrons les collègues poursuivis et continuerons de dénoncer les infractions aux droits de l’homme qui se poursuivent dans la région. Cette déclaration était aussi un appel immédiat au gouvernement à reprendre le processus de paix, et aux citoyens de Turquie à rejeter la guerre.

En raison des campagnes d’intimidation, nous avons peur. Les collègues en Turquie font face aux menaces des ultra-nationalistes, à leurs universités et aux procureurs. Quant à ceux d’entre nous qui travaillent à l’étranger, comme moi, nous craignons d’être sous le coup d’une interdiction de sortie du territoire si nous retournons en Turquie, tel le chercheur turc Haydar Darici , qui travaille à l’Université de Michigan.

Certains collègues ont préféré retirer leur signature, tout en exprimant leur solidarité. Dans le même temps, nous avons reçu de nouveaux soutiens et la pétition a atteint plus de 2000 signatures. Outre les universitaires, le journalistes, écrivains, le syndicat des enseignants, les avocats et les étudiants et d’autres groupes ont apporté leur soutien à notre déclaration et à notre liberté d’expression. Parmi nos soutiens internationaux, Noam Chomsky a affirmé dans un email addressé au journal the Guardian : « Si je décide d’aller en Turquie, ce ne sera pas à sa demande [celle du président Erdoğan] mais, comme je l’ai fait auparavant, pour répondre à l’invitation de nombreux dissidents courageux, dont les Kurdes qui sont exposés à des attaques depuis tant d’années ». Judith Butler a aussi exprimé son inquiétude en déclarant que « la censure couplée au pouvoir militaire est un grand danger pour la démocratie. »

L’ambassadeur des Etats-Unis en Turquie, John Bass, a exprimé son inquiétude sur twitter sur le traitement réservé aux universitaires et rappelé l’importance de la liberté d’expression. Sa déclaration a été critiquée par le maire d’Ankara Melih Gökcek, qui a suggéré à l’ambassadeur de rentrer dans son pays. Le 16 janvier, John Kirby, le porte-parole du département d’Etat des Etats-Unis, a déclaré que “Les institutions officielles, la police et les autorités judiciaires sont utilisées pour décourager un discours politique légitime”. Les partis d’opposition en Turquie, le CHP et le HDP ont aussi publié des déclarations demandant la fin de ces enquêtes contraires au droit.

Alors que les infractions aux droits de l’Homme ont déjà été documentées par de nombreuses organisations humanitaires, en faire état publiquement, appeler le gouvernement à sanctionner ceux qui ont commis ces infractions et demander la reprise du processus de paix met désormais nos emplois et nos vies en danger. Comme l’a affirmé Emma Sinclair-Webb de Human Rights Watch, “Il y a des inquiétudes concernant la sécurité physique de certains universitaires dans des universités de province, après qu’ils ont été désignés comme cibles de cette manière.” En tant qu’universitaires pour la paix, nous faisons maintenant face aux menaces de mort, à la procédure légale et aux enquêtes disciplinaires à l’encontre de nos collègues. Nous ne demandons que la paix pour notre pays. Déclarer “Ne tuez pas” ne devrait pas être considéré comme un crime, mais comme une contribution à la paix.

[1] Ce texte n’engage que son auteur et n’a pas vocation à représenter les Universitaires pour la Paix dans leur ensemble. La traduction française à partir de l’original en anglais a été effectuée par Noémi Lévy-Aksu.

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