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20 novembre 2012 2 20 /11 /novembre /2012 00:09

 

Demain 21 novembre 2012,

 

le Groupe international de travail GIT

« Liberté de recherche et d’enseignement en Turquie »

 

aura un an

 

 

 

Un an de mobilisation internationale

 

Les activités de la branche française

 

21 novembre 2011-21 novembre 2012

 

Document de synthèse – Document de travail

 

 

Rédigé par GIT France, 20 novembre 2012

 

Voir le Document de travail en allant sur « Archives », sur ce même site

 

I. Document de synthèse. Création, principes et missions du GIT

 

 

La Turquie contemporaine est aujourd’hui dominée par un pouvoir conservateur, de plus en plus autoritaire, incarné dans le parti AKP et son leader incontesté, Recep Tayyip Erdoğan, lesquels contrôlent le Parlement, le gouvernement, la présidence de la République, de très nombreuses municipalités et, depuis la soumission du pouvoir militaire, la justice, la diplomatie, l’armée et la totalité des forces de sécurité. A cela s’ajoute la puissance économique de l’AKP et ses dirigeants, le très large contrôle de la presse et des groupes de médias, les tentatives de mise au pas des universités comme celle de Galatasaray.

 

Alors que les libertés civiles, publiques et politiques avaient pu progresser après la victoire de l’AKP aux élections générales de 2002, le parti se présentant comme celui de la démocratie, de la paix, de la prospérité et du projet européen, celles-ci se retrouvent une nouvelle fois sous le feu d’une répression de plus en plus sévère. Cette répression frappa pour commencer les milieux kémalistes militaires, mais aussi civils et intellectuels, accusés d’avoir planifié une conspiration massive contre le gouvernement islamo-conservateur. Une instruction monstre dit « Ergenekon », violant les règles élémentaires de droit, aboutit à l’emprisonnement de dizaines de prisonniers politiques dont des journalistes qui enquêtaient sur les pratiques gouvernementales.

 

La question kurde, qui avait semblé trouver un début de solution à travers l’approche pragmatique de l’AKP, retomba dans un manichéisme simpliste où tout partisan d’un dialogue avec la minorité kurde se voit menacé d’arrestation pour terrorisme, en vertu de la loi anti-terreur. Cette nouvelle politique répressive, qui débuta au milieu de l’année 2010, s’exerça en premier lieu sur les cadres et les militants du parti autorisé pro-kurde, le BDP. Puis furent visés les intellectuels favorables à une paix avec les Kurdes, à l’octroi de droits culturels et au respect des libertés fondamentales dans les régions à majorité kurde – la meilleure politique pour marginaliser l’option de la lutte armée et de la répression militaires. Des arrestations massives d’intellectuels – éditeurs, traducteurs, chercheurs, universitaires, étudiants – eurent lieu à partir de l’automne 2011. Un autre procès monstre fut orchestré, à partir de l’accusation d’appartenance à une internationale terroriste kurde dite « KCK », celle-ci fonctionnant selon les procureurs sous couvert de l’académie culturelle du BDP. D’anciens procès politiques comme celui visant la sociologue Pınar Selek sont relancés avec un acharnement particulier.

 

L’implication d’intellectuels d’origine non kurde dans la question kurde témoignait du souci de traiter cette dernière comme un problème politique pouvant trouver sa solution dans l’engagement pour la démocratie en Turquie. Elle exprimait aussi la volonté de traiter de l’histoire turque en termes de recherche de vérité et d’usage des sciences sociales, comme au sujet du génocide des Arméniens et du sort des minorités religieuses, ethniques ou sociales en Turquie. Il est symptomatique de constater que les premières grandes figures d’intellectuels arrêtés durant le mois d’octobre 2011 furent Ragıp Zarakolu, l’éditeur le plus actif dans la publication d’études sur le génocide arménien, le destin des minorités et la question kurde, et Büşra Ersanlı, sociologue, universitaire, spécialiste de la fabrique turque de l’histoire officielle. Même si ces deux arrestations ne peuvent faire oublier celles de centaines d’étudiants demandant plus de démocratie dans les universités, elles sont cependant emblématiques de la politique répressive conduite sur les personnes mais aussi sur la liberté de pensée, de recherche et d’enseignement en Turquie.   

 

La violence avec laquelle le pouvoir d’Etat et le pouvoir politique s’acharnent sur ces intellectuels définit objectivement un « tournant liberticide » en Turquie, où les gardes à vue, les dossiers d’accusation et les détentions préventives indéfiniment prolongées traduisent un viol caractérisé des principes fondamentaux établissant une justice juste, preuve d’un basculement de la démocratie proclamée vers un despotisme accéléré. Le millier d’arrestations opérées depuis octobre 2011, auxquels s’ajoutent les sept à huit mille membres du BDP incarcérés et les inculpés et condamnés dans un autre procès monstre, celui d’Ergenekon visant les kémalistes, intellectuels nationalistes mais aussi journalistes enquêtant sur les pratiques du pouvoir. Avec ses dix mille prisonniers politiques estimés, la Turquie a retrouvé les premiers rangs des nations enfermant les défenseurs des droits humains et les intellectuels indépendants.

 

En dépit de cette répression de haute intensité, les intellectuels démocrates turcs qui ont échappé aux arrestations ont dénoncé cette politique répressive, ont manifesté leur solidarité avec les emprisonnés et ont organisé leur défense. Ce nouvel engagement, qui fait suite à beaucoup d’autres depuis la naissance de la République en 1923, souligne la constance des combats intellectuels en Turquie et traduit la haute conscience démocratique dont sont porteurs nombre de ces acteurs de la société civile. Une place particulière est accordée dans ces engagements aux artistes, autant qu’aux journalistes et juristes, ainsi qu’aux chercheurs, jeunes chercheurs doctorants et universitaires. La place des femmes dans ces actions est également élevée.

 

Le caractère gravissime du viol des libertés de recherche et d’enseignement en Turquie et la volonté d’agir en faveur de ces dernières ont convaincu un groupe de chercheurs et d’universitaires travaillant en France de constituer un réseau international précisément fondé sur la défense de telles libertés considérées comme fondamentales et partagées, au-delà des frontières, des Etats et des nations. Non seulement elles conditionnent la pratique régulière des savoirs scientifiques mais, de plus, elles supposent un cadre général de démocratie politique, intellectuelle et sociale. La désignation d’un tel objectif commun à des chercheurs du monde entier conduit à s’intéresser aussi bien à la philosophie, à la sociologie ou à l’histoire de ces libertés, qu’à la situation d’un Etat et d’un parti politique en guerre contre celles-ci. L’articulation d’un combat de solidarité professionnelle avec une contribution savante à la connaissance est ainsi constituée.

 

Ces principes généraux ont défini la création, à Paris le 21 novembre 2011, d’un « Groupe international de travail » [GIT] en faveur de la « Liberté de recherche et d’enseignement en Turquie ». La structure en GIT est inédite et a été inventée à cette occasion par une première équipe. Datée du même jour, une déclaration inaugurale fut signée par trente-deux chercheurs. Elle définit les principes et les objectifs du GIT constitué internationalement sous l’appellation « GIT Initiative ». Celle-ci suggéra la création, dans tout pays ouvert à ce type d’action, d’antenne indépendante souscrivant aux principes adoptés le 21 novembre 2011, et proposa des règles de méthode. Des antennes virent le jour, en quelques semaines, en Amérique du Nord, au Royaume-Uni, en Allemagne, en Suisse, en Italie, en Grèce, ainsi qu’en Turquie. Certains de ces groupes se donnèrent leur propre déclarations inaugurales, et tous ou presque se dotèrent de sites internet.

 

Ces branches ne sont pas stricto-sensu des groupes nationaux, mais réunissent des chercheurs travaillant dans un milieu scientifique et intellectuel donné. Le GIT est étranger à des caractérisations ethniques ou nationales, et s’attache essentiellement à promouvoir la circulation des personnes, des libertés et des savoirs. Le document de travail qui accompagne (ci-dessous) cette synthèse détaille et documente l’histoire du GIT, le contexte et les raisons de sa naissance, et la première année d’activité de la branche française.

 

L’antenne de France fut créée le 21 novembre 2011, simultanément à la constitution du GIT Initiative. Relativement à l’action du GIT France, celui-ci a concentré ses efforts sur un triple registre. Il s’est agi d’abord d’aider à la création des antennes (de ce point de vue, GIT France a contribué à l’activité du GIT Initiative) grâce à ses contacts et à son expérience tout en s’appliquant à leur laisser une pleine indépendance et à ne pas interférer dans leurs choix. Il s’est agi dans le même temps de favoriser une connaissance approfondie des libertés de recherche et d’enseignement en Turquie, et de soutenir le travail de veille autant que d’intervention sur la situation des collègues emprisonnés ou menacés. Il s’est agi enfin, dans la conformité de l’idée fondant le GIT, de travailler comme chercheur et d’instituer à cette fin un Atelier universitaire, accueilli dans les locaux l’Ecole des hautes études en sciences sociales, et dont les activités ont consisté en des recherches ou des soutiens aux recherches sur la liberté de la recherche et d’enseignement en Turquie (voir les Archives sur ce site GITFrance).

 

L’action du GIT a été particulièrement visible le 2 juillet 2012, à l’ouverture du procès monstre « KCK » à Silivri, un énorme complexe judiciaire et pénitentiaire installé à une heure de route d’Istanbul. Une forte délégation du GIT Turquie et de représentants du GIT Initiative était présente. Libérée préventivement le 13 juillet, le professeur Büşra Ersanlı a souligné le rôle du GIT dans ce relatif recul de la justice répressive turque. Depuis les relatifs succès de l’été 2012, dus notamment à l’importance de la mobilisation intellectuelle internationale et à l’action constante sur le terrain, une nouvelle étape dans la répression a été enregistrée. Le mouvement de grève de la faim des prisonniers politiques, surtout kurde, est combattu par le gouvernement, au prix de la mort probable des grévistes. Une solidarité de principe s’est affirmée par les intellectuels et chercheurs, elle veut s’opposer à la situation carcérale alarmante dans les prisons turques.

 

 

Se dressant devant ces actes répétées de violation des droits fondamentaux, la création du Groupe international de travail « Liberté de recherche et d’enseignement en Turquie » a voulu signifier solennellement la puissance des internationales scientifiques dans le monde, l’importance que leurs membres accordent aux libertés de recherche et d’enseignement, la gravité de la situation turque, enfin l’efficacité des solidarités universitaires pour s’opposer aux politiques répressives des Etats ou des partis.

 

. Hamit Bozarslan, directeur d’études à l’Ecole des hautes études en sciences sociales/EHESS (histoire, sociologie), Yves Déloye, professeur à Sciences Po Bordeaux et à l’université Paris 1 Panthéon-Sorbonne (science politique), secrétaire général de l’Association française de science politique, Vincent Duclert, professeur agrégé à l’EHESS (histoire), Diana Gonzalez, docteure de l’EHESS (sociologie, esthétique), Ferhat Taylan, doctorant à l’université de Bordeaux et traducteur (philosophie). Rejointe temporairement par Cengiz Cağla, professeur invité à l’EHESS (science politique), cette équipe intégra par la suite Emine Sarikartal, doctorante à l’université de Paris-Ouest, traductrice et éditrice (philosophie).

. Voir le site officiel www.gitinitiative.com

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Site De Git France (Groupe International De Travail)

L'initiative GIT

GIT France est la branche française du

Groupe de travail international (GIT)

« Liberté de recherche et d’enseignement en Turquie », une initiative internationale d’universitaires, de chercheurs, d’étudiants, de traducteurs et d’éditeurs née à Paris le 21 novembre 2011

 

sites d’nformations globales :

www.gitiniative.com

http://www.facebook.com/pages/GIT-Initiative/288505904533560?ref=ts

   

Branches du GIT dans de nombreux pays :

Branche en France : www.gitfrance.fr

info.gitfrance@gmail.com

Branche en Amérique du Nord : http://gitamerica.blogspot.com/

gitamerica@yahoo.com

 

Branche au Royaume-Uni : Dr. Cengiz Gunes (cgunes07@gmail.com); Dr. Derya Bayir (deryabayir@gmail.com); Dr. Prakash Shah ( prakash.shah@qmul.ac.uk); Dr. Kerem Oktem (kerem.oktem@sant.ac..uk)

 

Branche en Suisse :

info@sfst.ch 

 

Branche en Turquie :  http://gitturkiye.com/  

Dr. Zeynep Gambetti (zgambetti@gmail.com) ; Dr. Nesrin Uçarlar (nesrinucarlar@gmail.com)

 

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Branche en Grèce : Vasiliki Petsa (bisiapetsa@hotmail.com)

 

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Pour suivre l'actualité des libertés en Turquie

http://www.susam-sokak.fr/ (Blog d'Etienne Copeaux, historien de la Turquie)

http://istanbul.blog.lemonde.fr/ (Blog de Guillaume Perrier, correspondant du Monde en Turquie)

http://turquieeuropeenne.eu/ (site d'actualité et de traductions d'articles)

https://akgonul.wordpress.com/2011/12/ (Blog de Samim Agkönül, historien et politiste)

http://www.imprescriptible.fr/  (sur le génocide arménien)

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