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16 février 2012 4 16 /02 /février /2012 23:18

La troisième séance de l’atelier du GIT France « Recherches sur la liberté de recherche et d’enseignement en Turquie » a été consacrée, le 3 février, à la situation des étudiants en Turquie, et particulièrement de ceux qui sont inculpés et emprisonné par application de la loi anti-terreur. Cette séance a été l’occasion d’un fructueux échange d’informations et de discussions, préalable au lancement de recherches sur ces questions.

L’exposé général qui a ouvert la séance a signalé que 500 étudiants (estimation) étaient actuellement en prison, sous le coup de la loi anti-terreur. Ils ont été arrêtés et poursuivis pour des faits de liberté d’expression qui n’ont rien à voir avec des activités terroristes (boycotter la cantine de l’université parce que trop onéreuse, être membre du parti BDP, demander la gratuité des études, dénoncer la corruption dans certains services financiers). Cependant, il est difficile de connaître précisément les faits pour lesquels ces étudiants ont été arrêtés, une clause de confidentialité s’appliquant systématiquement avec la législation anti-terreur.

Fréquemment, les étudiants inculpés sont acquittés lors de leur procès. Mais, du fait de leur incarcération et de leur maintien en détention provisoire, ils auront subi 2 ou 3 ans d’emprisonnement sans que celui-ci ait été légalement ordonné par la justice. En détention, ils ne peuvent pas toujours passer leur examen universitaire comme dans les prisons de type F – du moins lorsqu’ils sont encore étudiants. Car, aux yeux de l’administration de l’université (et de l’opinion, du voisinage, de la famille parfois), être arrêté et incarcéré équivaut à une preuve de culpabilité qui plus est de terrorisme. Cette répression dépouille les étudiants de leur statut, de leur liberté, de leur avenir aussi puisque leur voie professionnelle est compromise.

Le soutien de l’université est rare car les recteurs et présidents d’université sont nommés par le nouveau YOK qui impose des règlements draconiens et exerce sur les étudiants des mesures disciplinaires se surimposant aux dispositifs pénaux. Les étudiants exclus de leur université sont nombreux. 2 cas ont été mentionnés dans Radikal. A Denizli, pour avoir demander une constitution démocratique, exclusion de 2 mois. A Marmara, exclusion d’un semestre pour avoir critiqué le président de l’université. L’application des directives du YOK se fait souvent avec un zèle redoutable. 

Ensuite est présentée l’Initiative de solidarité avec les étudiants emprisonnés (TODI). Un membre du GIT France qui a séjourné à Istanbul a eu l’occasion d’assister à une de leur réunion au mois de décembre. Elle présente le mouvement et ses formes d’action, à partir de ses impressions et des échanges qu’elle a pu avoir avec le groupe. Il s’agit d’un groupe formé de manière plutôt spontané (vers le mois d’octobre 2011) après une nouvelle vague d’arrestations (contemporaine de celle de Büsra Ersanli et de Ragip Zarakolu). Le groupe ferait suite au mouvement de mobilisations antérieures créées autour des cas individuels, comme celui de H.Erdemir (arrêté le 1er février 2010 lors d’un contrôle d’identité alors qu’il était étudiant en 1ère année de master au sein d’un programme international de l’université d’Odtu et resté emprisonné jusqu’à 23 juin 2011) ou celui de C. Kirmizigül (étudiant de l’Université de Galatasaray, arrêté le 20 février 2010, et toujours en prison), tout en voulant l’inscrire à un niveau plus général et mettant ainsi l’accent sur le caractère politique du phénomène.

Le collectif est composé très largement d’étudiants, unis autour d’une même préoccupation, celle d’apporter un soutien social et matériel, une assistance juridique, une solidarité à l’ensemble des étudiants emprisonnés. Il a reçu également le soutien d’universitaires, de militants des droits de l’homme et d’avocats.

Le membre du GIT France qui a rencontré ses organisateurs a vu un groupe très dynamique et organisé. L’une des actions recherchées est celle de la sensibilisation de l’opinion publique (pétitions, organisation de cours devant les prisons, manifestations de soutien – notamment le 20 février jour anniversaire de l’arrestation de Cihan Kirmizigül, information aux journalistes, lancement de la campagne « ne touche pas à mon étudiant » dans les universités). Le collectif assure une fonction de collecte d’information et de transmission de celle-ci concernant la situation des étudiants emprisonnés. Plusieurs sous-groupes ont été ainsi constitués pour le suivi des procès, pour l’analyse des dossiers, pour les relations avec la presse/ avec l’international, pour la connaissance des conditions de prison et enfin pour la coordination.

Des demandes sont faites pour que des observateurs internationaux puissent assister aux procès. Une e-pétition pour laquelle le groupe souhaiterait bénéficier du soutien international sera bientôt diffusée.

Le débat a ensuite porté sur différents points en relation avec les deux exposés : les menaces portées sur les droits fondamentaux et les règles éthique de la justice par la loi anti-terreur et ses usages ; la répression exercée sur les avocats eux-mêmes, la mobilisation des parents, des familles, des camarades des étudiants arrêtés, l’établissement du nombre exact d’étudiants arrêtés et leur identification (les dénombrements nominatifs portent sur 120 à 150 étudiants, loin des 500 estimés), les éventuelles dissensions au sein du gouvernement ou du parti AKP (le vice-premier ministre a récemment porté certaines critiques sur la loi anti-terreur, notamment le volet associant la « propagande pour terrorisme » à du terrorisme) . 

Des confirmations ont été apportées, sur la nécessité de créer dans le GIT France un sous-groupe sur le droit pénal et la justice en Turquie. Celui-ci pourrait notamment analyser la documentation de la Cour européenne de justice devant laquelle la Turquie est régulièrement condamnée pour ne pas respecter la Convention européenne des droits de l’Europe dont elle est signataire ; il y a lieu aussi d’entrer en contact avec les avocats qui ont suivi le procès Hrant Dink ; les activités de l’IHD doivent être également prises en compte. L’efficacité des observateurs étrangers au procès est soulignée ; cependant, les demandes doivent transiter par les ambassades et, actuellement, les demandes françaises sembleraient être rejetées.

Puis, les initiateurs de l’action pour l’envoi d’une lettre à tous les étudiants, universitaires, éditeurs, traducteurs, actuellement emprisonnés pour avoir fait usage de leur liberté d’expression, présentent le texte de la lettre, en turc et en français. Cette lettre devant être envoyée au nom du GIT initiative, il est nécessaire d’adresser une proposition de texte à l’ensemble des membres du GIT.  Il n’est pas certain que les étudiants emprisonnés pourront témoigner de leurs conditions de détention et des conditions de leur arrestation, sauf peut-être de manière indirecte, métaphorique, etc., en les invitant, comme l’écrit la lettre, à aborder « tous les sujets que vous souhaiteriez partager ». Il faut rappeler que si les lettres aux prisonniers arrivent effectivement à leurs destinataires, et que l’envoi de lettres depuis les prisons est autorisé, toute cette correspondance est systématiquement lue. C’est une manière du reste d’informer l’administration du fait qu’une solidarité internationale entoure les détenus et brise leur isolement. Les lettres envoyées pourraient être sous forme manuscrite, et adressées avec un prénom d’expéditeur, afin de personnaliser l’envoi.

Enfin, des nouvelles du GIT Turquie sont communiquées.

La branche de Turquie du GIT initiative a donc été créée, après la première démarche de Cengiz Cagla, sur l’impulsion de Füsun Ustel, avec l’aide de Zeynep Gambetti et de Nesrin Uçarlar, et le soutien de douze personnalités universitaires. GIT Türkiye est déjà en relation avec le syndicat Egitim-Sen, ils souhaitent se mettre en relation avec la Fondation d’histoire, etc. L’adhésion des étudiants n’a pas été encouragée, car trop dangereuse. Informée de l’existence du GIT Turquie, Büsra Ersanli s’est déclarée très heureuse.

La déclaration de création du GIT Turquie, qui reprend largement les termes de la Déclaration inaugurale du GIT initiative, a été signée par plus de 350 collègues (au 14 février 2012), et les signatures continuent d’affluer.

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L'initiative GIT

GIT France est la branche française du

Groupe de travail international (GIT)

« Liberté de recherche et d’enseignement en Turquie », une initiative internationale d’universitaires, de chercheurs, d’étudiants, de traducteurs et d’éditeurs née à Paris le 21 novembre 2011

 

sites d’nformations globales :

www.gitiniative.com

http://www.facebook.com/pages/GIT-Initiative/288505904533560?ref=ts

   

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