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Dimanche 7 octobre 2012 7 07 /10 /Oct /2012 23:14

Il y a un an jour pour jour, le 7 octobre 2011, Deniz Zarakolu était arrêté en vertu de la loi anti-terreur pour des crimes imaginaires. Doctorant en sciences politiques, traducteur et éditeur à Belge, fils de Deniz Zarakolu, il avait déjà été arrêté en 2002 pour avoir honoré la mémoire de sa mère, lors de ses obsèques. Le GIT France et le GITinitiative continueront d’agir pour sa libération et l’abandon de toutes les charges, comme pour tous les étudiants, professeurs, chercheurs, traducteurs, éditeurs, victimes de la répression des libertés en Turquie. 

  

GIT--Deniz-Zarakolu.jpg 

Avec l’écrivaine Elif Şafak

 

Par gitfrance
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Mardi 2 octobre 2012 2 02 /10 /Oct /2012 22:00

 

Six des co-fondateurs de l’initiative GIT (Groupe international de travail « Liberté de recherche et d’enseignement en Turquie ») et trois personnalités intellectuelles ont adressé au Comité Nobel, le 26 septembre 2012, un appel en faveur de l’obtention par Ragıp Zarakolu, éditeur, intellectuel et combattant des droits humains en Turquie, du Prix Nobel de la Paix. Voici la version librement adaptée en français du texte anglais envoyée à Oslo.

Cette initiative pour Ragıp Zarakolu doit permettre d’attirer davantage l’attention de l’opinion internationale et des communautés scientifiques sur la situation des libertés individuelles en Turquie et le sort de ceux qui défendent le droit aux études universitaires et à la recherche indépendante : nombre d’entre eux sont en prison ou sous le coup d’inculpations en vertu de la législation anti-terreur.

 

Pour signer l’appel (en tant que chercheur, universitaire, étudiant, traducteur, éditeur, journaliste, intellectuel,..), merci de vous de se connecter au site du GITInitiative (www.gitinitiative.com) où vous trouverez le texte officiel de l’appel et la procédure pour le signer.  

 

Premiers signataires

 

Hamit Bozarslan, directeur d’études à l’Ecole des hautes études en sciences sociales/EHESS (histoire, sociologie), Yves Déloye, professeur à Sciences Po Bordeaux et à l’université Paris 1 Panthéon-Sorbonne (science politique), secrétaire général de l’Association française de science politique, Vincent Duclert, professeur agrégé à l’EHESS (histoire), Diana Gonzalez, enseignante à Sciences Po Paris (sociologie, esthétique), Emine Sarikartal, doctorante à l’université de Paris-Ouest, traductrice et éditrice (philosophie), Ferhat Taylan, doctorant à l’université de Bordeaux et traducteur (philosophie), co-fondateurs du GIT Initiative,

Alexis Govciyan, Président du Conseil de coordination des organisations arméniennes de France, Président d’Europe de la mémoire ; Dr. Dalita Roger-Hacyan, maître de conferences à l’université Paris 1 Panthéon-Sorbonne ; Roger W. Smith, professeur émérite au College William and Mary in Virginia, co-fondateur et ancien Président de l’IAGS-International Association of Genocide Scholars.

 

 

 

 

POUR RAGIP ZARAKOLU

 

*

 

APPEL EN FAVEUR DE SA DISTINCTION

 

PAR LE PRIX NOBEL DE LA PAIX

 

26 septembre 2012

 

 

 

 

Ragıp Zarakolu

 

Editeur indépendant et combattant des droits humains en Turquie.

 

 

 

Le 28 octobre 2011, l’éditeur indépendant et combattant des droits humains Ragıp Zarakolu, âgé à l’époque de 63 ans, malade et affaibli, était arrêté une nouvelle fois dans son pays, la Turquie. Son fils, éditeur lui aussi, avait connu le même sort quelques semaines auparavant, pour les mêmes faits de liberté d’expression traités comme un crime terroriste. Loin de renoncer à ses idéaux devant cette épreuve qui s’ajoute à tant d’autres, Ragıp Zarakolu affronte l’emprisonnement avec la détermination morale léguée par le combat pour les droits humains en Turquie.

Pour Ragıp Zarakolu, un même engagement, commencé des années plus tôt avec sa femme Ayşe Nur, reprend. Ils ont été tous les deux, depuis un demi-siècle, aux premiers plans de la mobilisation pour la Turquie démocratique vivante. Ils ont connu l’expérience destructrice de la prison turque, pour prix de leur combat en faveur de la « diffusion d’une attitude de respect envers la diversité des pensées et des cultures de Turquie ». La promotion de cette attitude passe par un travail de connaissance et de vérité sur l’histoire de la Turquie. Celui-ci exige la liberté intellectuelle et politique autant qu’une émancipation sociale. Fidèles en cela aux hautes traditions intellectuelles du pays, ils ont donné au livre et à l’édition leurs lettres de noblesse. La contribution de Ragıp Zarakolu au progrès intellectuel et politique de la Turquie est inestimable. Par son engagement pour la démocratie et la culture dans son pays, il a démontré qu’un tel combat servait les intérêts de toute l’humanité dans son effort de reconnaissance des valeurs communes de liberté, de vérité et de dignité. Toute la vie de Ragıp Zarakolu et son existence de travail témoignent de ces convictions démocratiques et d’une action déterminée pour les défendre.

Ragıp Zarakolu est né en 1948 à Büyükada, près d’Istanbul, alors que son père Remzi était sous-préfet de l’île. Ragıp a grandi parmi les membres des communautés grecque et arménienne de Turquie. En 1968, il a commencé à écrire pour les revues Ant (« Le Serment ») et Yeni Ufuklar (« Nouveaux Horizons »). En 1971, Ragıp Zarakolu est poursuivi pour « relations clandestines avec Amnesty International » et passe cinq mois en prison. En 1972, il est à nouveau condamné à deux ans de prison, qu’il a accomplis au centre de détention de Selimiye (Istanbul) pour un article dans Ant sur Ho Chi Minh et la guerre du Vietnam ; il est libéré en 1974 à la faveur d’une amnistie générale. Il s’engage plus à fond dans la défense de la liberté de pensée, seul moyen d’assurer l’expression de la diversité des pensées et des cultures de Turquie ». Avec sa femme, il crée en 1977 les éditions Belge (« Documents »), puis cofonde le quotidien Démokrat dont il prend la direction de la section « étranger ». Jusqu’au coup d’Etat de 1980, les éditions Belge avaient surtout publié des livres académiques et théoriques. Puis, Belge a commencé à publier une série de livres écrits par des prisonniers politiques : recueils de poèmes, nouvelles, romans. La liste des publications de Belge inclut aussi des traductions de la littérature grecque, des ouvrages sur la question arménienne et les Juifs en Turquie. De nombreuses publications concernent également la question kurde en Turquie. Parmi les livres relatif génocide arménien, figurent les traductions des études classiques d’Yves Ternon et de Vahakn Dadrian interdites en Turquie, l’ouvrage de George Jerjian, La Vérité nous délivrera : Arméniens et Turcs réconciliés, et celui de Dora Sakayan, Un Médecin arménien en Turquie, Garabed Haztcherian, qui a valu de nouvelles accusations en 2005. En novembre 2007, Zarakolu publie le livre de David Gaunt, Massacres, Resistance, Protectors sur le génocide des Assyriens.

Cette activité éditoriale à l’importance politique, intellectuelle et morale considérable fait de Belge une cible permanente de l’ultra-nationalisme fréquemment au pouvoir en Turquie. Les éditions Belge ont été la cible de la censure turque depuis leur création par Zarakolu et sa femme Aysenur. Les charges ont valu au couple des peines d’emprisonnement, la confiscation et la destruction des stocks de livres, et de lourdes amendes. Ragıp Zarakolu a été brièvement emprisonné en 1982, en raison de sa position dans Demokrat, puis expulsé du pays jusqu’en 1991. En 1995, le siège des éditions Belge a subi un attentat à la bombe, perpétré par un groupe d’extrême droite. Depuis le décès prématuré de sa femme en 2002, suite à des emprisonnements successifs, les poursuites judiciaires ont continué contre Ragıp Zarakolu. Refusant cette destruction méthodique des droits civiques et de la liberté d’expression en Turquie, Ragıp Zarakolu s’implique dans leur défense. En 1986, il compte parmi les 98 fondateurs de la l'Association des droits de l'Homme de Turquie (IHD). En 2007, il accède à la présidence du Comité pour la liberté de publication de l'Union des éditeurs de la Turquie (TYB). Il est également le représentant en Turquie du Comité pour la liberté de publication de l'Union internationale des éditeurs (IPA), et le président du comité pour les écrivains emprisonnés du PEN-Club International en Turquie.

Si Ragıp Zarakolu est la cible d’une persécution permanente dans son pays, il est en revanche honoré au niveau international par des prix et des hommages prestigieux. Le 21 avril 2005, il reçoit à l’Hôtel de Ville de Paris, des mains du du maire Bertrand Delanoë, la Médaille du Courage pour ses publications sur le génocide arménien. La même année, il est titulaire du prix de « la liberté d'expression »conjointement attribué par l'Union des écrivains norvégiens et le Ministère norvégien de la Culture. En 2008, il est le lauréat du Prix IPA « Pour la Liberté de publier ». Il a également reçu le prix « La liberté de pensée et d'expression » décerné par l'Union des éditeurs de Turquie, le prix « La liberté de la presse » donné par l'Association des journalistes de Turquie. Récemment encore, lui a été remis par la Bibliothèque nationale arménienne la médaille d'honneur « Hagop Megapart » pour sa contribution à la reconnaissance de l'histoire, la culture et la littérature arménienne en Turquie. En 2010, il fut au nombre des cinquante écrivains retenus par l’International PEN pour le cinquantième anniversaire de sa campagne d’action en faveur de la liberté d’expression depuis 1960 (« Because Writers Speak Their Minds »).

*

 

Le mardi 4 octobre 2011, 150 personnes sont arrêtées dans le cadre du procès « KCK », dans le Sud-est à Diyarbakir et à Gaziantep. Mais c’est à Istanbul que la rafle est la plus importante, avec 90 arrestations dont 83 membres ou dirigeants du BDP (parti kurde légal), des journalistes, et aussi Deniz Zarakolu, fils de Ragıp, doctorant en sciences politiques et éditeur pour Belge. Le 12 octobre, alors qu’il participe à la Foire internationale du livre de Francfort, Ragıp Zarakolu réagit par un vibrant appel en faveur de son fils et de Suzan Zengin l’une des principales traductrices attachées à la maison. Il dénonce l’acharnement policier qui frappe Belge, une nouvelle fois dans la longue histoire de ces éditions, honneur de la Turquie incarnée dans la tradition de la liberté de pensée.

 

« Notre éditeur Deniz Zarakolu, ingénieur, actuellement doctorant à l'université Bilgi d'Istanbul, a été arrêté pour avoir donné une conférence sur La Politique d'Aristote dans le cadre de l'Académie du parti kurde BDP, parti légal qui siège au Parlement. Deniz Zarakolu est l'auteur d'un livre sur Thomas Hobbes, dont il a traduit Le Citoyen ou les Fondements de la politique. Ironie du sort, il avait également traduit, voici onze ans, un livre sur les problèmes du système juridique turc (The Independence of Judges and Lawyers in the Republic of Turkey: Report of a Mission, 1999, Centre for the Independence of Judges and Lawyers, Genève). Il a également traduit des ouvrages scientifiques pour l'université Bilgi, et il est traducteur au service des délégations de militants des droits de l'homme venant d'Europe. Par ailleurs, l'un de nos auteurs, Aziz Tunç, arrêté également, est l'auteur d'un ouvrage sur le massacre de Maras en 1978, Maraş Kıyımı - Tarihsel Arka Planı ve Anatomisi (« Maras. Contexte historique et anatomie d'un massacre »). Il écrivait un autre livre sur l'histoire de Maras et la multiculturalité. Sous prétexte de la loi anti-terreur, ils vont devoir attendre au moins une année jusqu'au début de la procédure judiciaire, uniquement pour le fait d'appartenir à un parti légal et d'avoir donné une conférence à l'Académie des sciences politiques du BDP. Pourtant ce type d'académie existe également dans le cadre du CHP et de l'AKP, comme c'est une tradition également dans les partis sociaux-démocrates en Allemagne, en Suède et en Norvège. Parmi les personnes arrêtées figurent également Ayse Berktay et A. Dursun Yıldız. Notre traductrice Suzan Zengin, qui a vécu en Allemagne, a passé deux années en prison, où elle a eu des problèmes de santé, et a été libérée voici deux mois. Il y a dix jours, elle a subi une opération cardiaque et est restée dans le coma depuis. C'est un énorme gâchis ! Nous craignons pour la santé de mon fils Deniz Zarakolu, qui a des problèmes d’asthme, et pour celle d'Aziz Tunç en raison du régime d'isolation en prison. Récemment Suzan Zengin avait traduit les actes d'un colloque sur « Exil, massacre et anéantissement des chrétiens d'Anatolie » (éd. Tessa Hofmann) ; elle avait également traduit pour nous une « Anthologie de la littérature chypriote grecque », une « Anthologie de nouvelles grecques sur Thessalonique » et une « Anthologie de chants et récits populaires assyriens ». C'est en 1991 que suis venu à la Foire de Francfort pour la première fois. A l'époque, c'est notre auteur Ismail Besikçi qui était en prison, à cause de ses travaux de recherche sur les Kurdes. Qu'est-ce qui a changé depuis ? Tous ont connu la prison à cause de leur engagement pour la paix, pour la liberté, pour l'égalité. Tous croient en la coexistence pacifique des différents peuples et cultures. Notre combat pour la vérité et l'humanité continue ! »

 

Les événements de début octobre 2011, avec l’arrestation de son fils, avec le décès de sa traductrice Suzan Zengin (des suites des conditions de sa longue détention), sont parmi les plus graves que Ragıp Zarakolu a du affronter dans sa longue existence d’intellectuel démocrate et d’éditeur indépendant. Quittant aussitôt Francfort pour Istanbul, il s’emploie activement à défendre les inculpés quand survient sa propre arrestation le 28 octobre. Une autre figure du monde intellectuel et scientifique turc est arrêtée au cours de cette rafle, Büşra Ersanlı, professeure renommée de sciences politiques et de droit constitutionnel de l’Université Marmara, spécialiste des processus de fabrique de l’histoire officielle en Turquie, arrêtée la veille de la table ronde internationale qu’elle devait présider à l’Université Bilgi d’Istanbul sur « Les questions controversées de l’histoire de la République turque ». 48 autres interpellations sont effectuées par la police antiterroriste qui investit les bureaux istanbuliotes du BDP. Après une longue garde à vue et une audience de 28 heures, le tribunal de Beşiktaş inculpe les deux intellectuels le 1er novembre d’ « appartenance à une organisation illégale », en vertu de la loi anti-terreur, et ordonne leur mise en détention préventive. Comme son fils détenu dans une prison de haute sécurité (à Edirne), Ragıp Zarakolu est soumis au régime des inculpés pour terrorisme dans la prison de Kocaeli, un établissement pénitentiaire réputé pour ses conditions implacables de détention.

 

Les documents saisis au domicile des inculpés ainsi que la teneur des interrogatoires fleuves démontrent la vacuité des chefs d’inculpation pour « terrorisme ». De sa prison de haute sécurité de Metris, Ragıp Rarakolu dénonce ces méthodes d’arbitraire par une lettre que son avocat transmet à la presse. « Mon arrestation et l'accusation d'appartenance à une organisation illégale font parties d'une campagne visant à intimider tous les intellectuels et démocrates de Turquie et plus particulièrement à priver les Kurdes de tout soutien », écrit-il. Zarakolu fait savoir également qu’au cours du raid à son domicile, la police n'a confisqué que quelques livres comme «preuves du crime» et n'a rien trouvé au sujet de sa soi-disant relation avec l'organisation en question. Les livres qui ont été saisis comme preuves du crime sont le 2e volume de Vatansiz Gazeteci (« Journaliste apatride ») de Dogan Özgüden, rédacteur en chef d'Info-Türk, Habiba d'Ender Ondes, le processus de paix de Yüksel Genç, les manuscrits de quelques livres sur le génocide des Arméniens et sur l'histoire arménienne. Il ajoute que toutes ses cartes bancaires et de crédit ont été confisquées par la police. Rappelant qu'il est invité à de nombreuses conférences à l'étranger, principalement durant la semaine prochaine à Berlin, puis à l'Université Colgate, à Los Angeles et dans le Michigan, Zarakolu déclare : « Le gouvernement devrait leur répondre quant à la raison réelle de mon arrestation. »

 
Zarakolu conclut sa lettre par l'appel suivant: « Lors de mon interrogatoire, ils n'ont posé aucune question au sujet de l'organisation dont j'étais accusé d'être membre. Ils ne m'ont posé des questions que sur les livres que j'ai écrits ou préparés à la publication, les réunions publiques où j'ai parlé ou auxquelles j'ai assisté. Je pense que tout le monde devrait conjointement réagir contre cette campagne d'arrestations qui se transforme en un lynchage collectif. Ces pratiques illégales doivent être arrêtées. » La voix des détenus comme la sienne est cependant étouffée par les assauts des médias islamistes qui n’hésitent pas à recourir, par exemple à l’antisémitisme, pour mieux discréditer le patriotisme des intellectuels démocrates. Ces lynchages médiatiques se conjuguent avec des piratages de site informatiques et des manipulations de données personnelles visant à corrompre l’image des inculpés dans les procès politiques. Les procès en diffamation sont interminables et les contre-enquêtes difficiles en raison de la fragilité croissante de la presse indépendante du pouvoir et de l’intimidation permanente de la défense allant jusqu’à l’emprisonnement des avocats.  

 

*

 

Malgré les risques encourus, les protestations se multiplient en Turquie contre ces arrestations massives . La haute figure intellectuelle et morale de Ragıp Zarakolu est au cœur de ces mobilisations nationales et internationales. Un appel signé de l’ancien maire d’Istanbul Ahmet İsvan, de l’ambassadeur Temel İskit, de l’écrivain Yaşar Kemal et de plusieurs professeurs d’université est rendu public. L’Initiative d’Ankara pour la Liberté de Pensée lance une pétition intitulée « Ça suffit ! » , puis organise à Ankara une « nuit de soutien » à l’éditeur afin qu’il soit de nouveau « réuni avec ses livres ».

 

La mobilisation s’organise également au niveau mondial. Plusieurs pétitions voient le jour, l’une en langue anglaise (« Stop aux détentions arbitraires en Turquie ! » ), une deuxième en langue allemande par le biais du Working Group against Genocide for International Understanding ). Les sections du PEN-Club, notamment celle de New-York, s’engagent pour Ragıp Zarakolu. Aux Etats-Unis toujours, la Jeri Laber Human Rights Watch, lui attribue le 28 avril son Prix 2012. Apprenant l’honneur qui lui est fait, Zarakolu déclare : « Merci pour ce prix très important et pour votre soutien à la liberté de publier. Je suis heureux d’accepter ce prix, non seulement pour moi, mais au nom de tous les éditeurs, écrivains et journalistes qui restent en prison en Turquie. Bien que j’ai été libéré, je reste sous la menace d’une nouvelle arrestation à la faveur de lois anti-démocratiques et de procès inéquitables. J’ai été arrêté sans raison donnée, et après cinq mois, j’ai été libéré sans raison donnée. Je ne suis pas un militant politique. Depuis près de 40 ans, j’ai été un éditeur et un défenseur des droits humains. » En France, le Conseil de coordination des organisations arméniennes lance une collecte de fonds afin de soutenir l’activité de Belge au moment où les éditions se voient privées de leur directeur : des commandes de livres sont ainsi adressées à Istanbul.

 

Dès le 4 novembre 2011, des voix s’élèvent pour demander que Ragıp Zarakolu deviennent un futur lauréat du Prix Nobel de la Paix. « Cet homme n’a rien à faire en prison, il mérite le Prix Nobel », déclare Bjorn Smith-Simonsen, président de l’IPA (International Publishers Association). Au début de l’année 2012, des membres du Parlement suédois, Amineh Kakabaveh, Jens Holm, Bengt Berg, Siv Holma, Marianne Berg, Jan Lindholm et Valter Mutt, soumettent officiellement au Comité Nobel à Oslo la candidature de Ragıp Zarakolu.

 

Dans le monde entier, des personnalités de premier plan s’expriment en faveur de Ragıp Zarakolu comme l’écrivain Paul Auster protestant contre la Turquie « parce que des journalistes et des auteurs sont emprisonnés ». Interrogé par le journal Hürriyet, il insiste : « Combien sont actuellement prisonniers ? Plus d’une centaine ? ». Le Premier ministre Erdoğan réagit en accusant l’écrivain américain d’avoir l’indignation sélective puisqu’il ne s’émeut pas des violations des droits de l’homme en Israël. Et de conclure devant les cadres de son parti : « c’est du mépris pour la Turquie ! » . Paul Auster, très par ailleurs très sensibilisé à l’action des PEN (il est un membre important du PEN American Center), riposte en citant les chiffres de l’organisation : « il y a à peu près une centaine d’écrivains emprisonnés en Turquie, pour ne pas parler des éditeurs indépendants tels que Ragıp Zarakolu, dont le cas est surveillé de près par les PEN du monde entier ». Il ajoute : « Tous les pays sont imparfaits et assaillis par une myriade de problèmes, monsieur le Premier ministre, y compris aux Etats-Unis, y compris en Turquie, et c’est une conviction ferme en moi que dans le but d’améliorer les conditions de vie dans notre pays, dans tous les pays, la liberté de parole et de publication, sans censure ni menace d’emprisonnement, est un droit sacré pour tous les hommes et femmes » .

 

En Europe, une initiative d’ampleur prend la défense des emprisonnés. Elle débute par la publication dans le journal français Le Monde, deux semaines après les arrestations du 29 octobre, d’une tribune de chercheurs sur le « tournant liberticide en Turquie » (11 novembre 2011). Poursuivant leur action, les auteurs de l’article, rejoints par d’autres collègues, décident de la création d’un Groupe international de travail (GIT) pour la « liberté de recherche et d’enseignement en Turquie ». Un appel est lancé dans les trois langues (française, anglaise et turque) le 21novembre, signé par 33 chercheurs, universitaires et spécialistes, majoritairement basés à Paris et dont les différents statuts, nationalités ou origines se trouvent dépassés par un but commun, celui de défendre la liberté de recherche et d’enseignement considérée comme un droit démocratique fondamental – en Turquie comme ailleurs. Tandis que la déclaration devient l’objet d’un processus pétitionnaire avec pas moins de quatre listes de signataires totalisant plus de 500 noms collectés du 21 novembre 2011 au 15 février 2012, ses auteurs lancent la création d’une plate-forme d’information et de mobilisation des scientifiques et intellectuels à l’échelle mondiale.

 

Une première antenne du GIT Initiative est créée à Paris, et des règles de fonctionnement sont proposées aux collègues d’autres pays souhaitant s’impliquer dans ce réseau international. Organisation très décentralisée, dotée d’une forte autonomie, fondée sur l’exigence liberté politique que recèle la pratique de la recherche et de l’enseignement, le GIT Initiative va rapidement réunir de nombreux chercheurs et susciter la création de branches aux Etats-Unis, en Angleterre, en Allemagne, en Italie, en Grèce, en Suisse. Certaines d’entre elles font montre d’une grande activité dont témoigne le site du GIT North America. Individuellement, les membres du GIT interviennent dans les grands journaux et sur les sites mondiaux d’information. De nombreux chercheurs de nationalité ou d’origine turque, mais travaillant à l’étranger, rejoignent l’initiative, démontrant que le destin de la Turquie dépend aussi de ces élites intellectuelles mobilisées en dehors des frontières pour la démocratie.

 

Persistant dans sa politique de répression, le gouvernement déclenche de nouvelles rafles, comme celle du vendredi 13 janvier 2012. Il confirme par ailleurs la gravité des crimes (imaginaires) reprochés aux précédents inculpés. Le 19 mars 2012, le Procureur public d’Istanbul, Adnan Çimen, requiert  7,5 à 15 ans Ragıp Zarakolu pour avoir « soutenu et aidé une organisation illégale ». L’acte d’accusation de 2 400 pages est transmis au tribunal de Silivri (15e cour) qui doit juger à partir du 2 juillet 193 personnes, dont 147 détenus préventivement.

 

Refusant pareil chantage au terrorisme d’Etat, les soutiens internationaux aux prisonniers d’opinion intensifient leurs ripostes. Ils s’appliquent en premier lieu à transmettre toute information utile à la connaissance de la répression intellectuelle en Turquie et du sort des prisonniers d’opinion, ceux détenus dans les prisons de haute sécurité mais aussi les dizaines d’étudiants ordinaires oubliés au fond de leurs cellules. Les médias traditionnels de France, d’Angleterre, des Etats-Unis, sont sollicités, ainsi que les moyens numériques, sites, blogs, pages facebook,… Les prises de positions et déclarations des détenus sont également relayées comme la mise au point de Ragıp Zarakolu sur l’extrême dangerosité du négationnisme turc et la nécessité de la combattre, non comme une expression intellectuelle mais une violence arbitraire menaçant la justice sociale et détruisant les libertés fondamentales .

 

Les ripostes intellectuelles augmentent et leur unité s’accroît. Déjà étroit lors de la création du GIT initiative, le lien entre les actions internationales et celles qui sont conduites en Turquie se voit puissamment renforcé par la naissance du GIT Türkiye qui se dote de sa propre déclaration inaugurale, d’un site internet, et de plusieurs centaines de membres. Une conférence de presse est tenue à Istanbul le 26 juin. Le GIT Türkiye intensifie alors ses activités et s’organise pour les prochaines audiences du procès « KCK » fixées au 2 juillet 2012 au tribunal de Silivri, un immense complexe judiciaire et pénitentiaire situé à 80 kilomètres d’Istanbul.  

 

*

 

Des libérations anticipées sont décidées par le gouvernement turc afin de tenter de restaurer son image et de calmer les chancelleries occidentales. Le 10 avril 2012, Ragıp Zarakolu et 14 autres détenus (plus six personnes à Van) peuvent ainsi sortir de prison. Il est certain que l’ampleur de la mobilisation nationale et internationale a joué dans la décision du parquet. Mais cette première victoire ne peut suffire. L’objectif principal demeure, la libération de tous les prisonniers d’opinion en Turquie et l’abandon des poursuites. Car les charges demeurent pour tous les inculpés, et les libérations du 10 avril ne sont que conditionnelles, dans l’attente des audiences de Silivri.

 

Bien qu’épuisé par la prison, malade et fortement affecté par le maintien en détention de son fils et de beaucoup de ses amis, Ragıp Zarakolu refuse que sa libération puisse servir de propagande au gouvernement présent. Il annonce son intention de garder le silence et se soustraire ainsi à toute tentative de donner du fonctionnement de la justice turque une image « normale » : « Toute déclaration que je pourrais faire serait utilisée pour donner une apparence normale à une situation qui ne l’est pas. Tout comme mon arrestation arbitraire, ma libération inattendue et sans explication laissera au monde l’impression qu’elles [les autorités] ont commis une erreur et qu’elles se rétractent à présent », a déclaré l’éditeur au journal Hürriyet Daily News dans un entretien du 13 avril. « Quel que soit le commentaire que je ferai à partir de maintenant, il ne servira qu’à normaliser cette situation anormale, a-t-il ajouté. Aussi longtemps que les lois en question resteront en vigueur, la liberté d’opinion ne sera qu’un mensonge grossier et rien d’autre. Il est possible aujourd’hui de mettre les gens en prison sur des suppositions de conspiration ».

 

Dans cet entretien à Hürriyet, Ragıp Zarakolu explique comment son long combat se rattache aux valeurs qui furent celles de sa famille et de sa femme disparue, exemples d’une Turquie vivante et démocratique. Son père, Remzi Zarakolu, ex-gouverneur de la circonscription des Iles du Prince, a été naguère démis de ses fonctions parce qu’il se situait dans l’opposition. Il n’a pas survécu à cette persécution administrative, contraire à son idéal de liberté. « Mon oncle, Zeki Zarakolu, un aviateur, est mort à 49 ans d’une crise cardiaque, parce qu’il n’avait pu se faire au coup d’Etat de 1960. Lors du coup d’Etat du 12 mars [1971], ils ont fait irruption chez moi ; ils me recherchaient [pour m’arrêter]. Ma vie s’est passée entre les prisons et les tribunaux, et comme si cela ne suffisait pas, ils ont ruiné la santé de mon immortelle partenaire, Ayşe [Nur Zarakolu], l’ayant enfermée entre des murs [de prison]. Elle n’a jamais reculé sur les sujets qu’elle savait être justes, et je l’ai perdue, encore jeune, des suites d’un cancer. En tant que famille, nous avons à chaque fois payé notre part. Comme si tout cela ne suffisait pas, mon fils Deniz avait été inculpé à la suite d’un discours d’adieu qu’il avait fait sur la tombe de sa mère[en 2002]. Si je suis à présent content parce que j’ai été libéré ? Non. J’ai dû abandonner mon fils derrière les barreaux de la cellule que je partageais avec lui. Avec lui, nous partageons la même destinée. Nous continuons à payer le prix des valeurs dans lesquelles nous croyons, d’une génération à l’autre, de père en fils ».

 

L’approche des audiences de Silivri suscite de nouvelles actions. Une tribune signée des membres principaux du GIT France est publiée par Le Monde. Elle dégage les enjeux généraux de ce procès monstre. La grande revue scientifique Nature publie un article du Dr. Alison Abbott sur la mobilisation mondiale des chercheurs en faveur de leurs collègues de Turquie . De fortes pressions diplomatiques européennes sont exercées sur la Turquie tandis qu’an sein du gouvernement et du parti AKP, les dissensions augmentent au sujet de la politique répressive. Le 2 juillet, le GIT Türkiye, des membres de l’IPA, du PEN, de l’Association des éditeurs turcs (TYB), et des correspondants étrangers sont massés à Silivri. Au cours d’une conférence de presse improvisée devant le tribunal, Ragıp Zarakolu, rompant le silence qu’il s’est imposé depuis sa libération, assimile les prisons en Turquie, celles en activité comme celles dont la construction bat leur plein, de « Goulag turc ». « Un cancer ronge ce pays avec ce procès KCK », déclare-t-il encore. Et il ajoute que la liberté d'expression est gravement menacée dans ce pays, comme à l'époque de 12 septembre 1980, date à laquelle le pays a connu le plus grave coup d'Etat qui a précipité la Turquie dans la dictature militaire.

*

Le doute commence à s’installer chez les accusateurs d’autant que le pouvoir politique envoie des signaux contradictoires. La conséquence en est la décision de mise en liberté, le vendredi 13 juillet, de Büşra Ersanlı, ainsi que de l’étudiante Büşra Beste Önder et 12 autres accusés du procès « KCK ». C’est une mesure limitée - de nombreux accusés restent en détention comme Deniz Zarakolu, et aucune des charges n’est abandonnée pour les autres -, mais néanmoins réelle. Elle bouscule la politique d’acharnement judiciaire jusque-là systématiquement appliquée, et accorde une victoire symbolique à ceux qui se sont battus pour Ragıp Zarakolu, Büşra Ersanlı et tous les autres. C’est aussi une victoire personnelle pour les emprisonnés qui ont transformé leur cas personnel en nouveau combat pour les libertés fondamentales et la souveraineté du savoir.

Le combat des intellectuels démocrates et de leurs soutiens internationaux est loin d’être achevé. Mais les développements judiciaires à venir, comme le sort de tous celles et ceux qui acceptent le sacrifice de leur liberté pour prix de leurs idées, ne cessent d’être observés par celles et ceux qui les défendent, en Turquie et dans le monde. Par leurs écrits puissants, leur courage résolu foi dans la liberté, les intellectuels démocrates de Turquie sont l’honneur de ce pays et le réveil des consciences fatiguées de l’Europe civilisée.

 

Au cœur de ces engagements, depuis un demi-siècle, se tient, inflexible malgré les années de prison, l’épreuve des procès, l’inquiétude pour ses proches et l’épuisement physique, Ragıp Zarakolu, combattant des libertés, de l’édition indépendante et de la recherche de la vérité historique. Sa vie témoigne de son engagement, de sa résistance à l’oppression avec ces armes de paix que sont les mots, les idées et les livres.

 

Ragıp Zarakolu mérite aujourd’hui d’être honoré du Prix Nobel de la Paix. C’est la recommandation que nous formulons solennellement en conclusion de cette déclaration.

 

. Cf. Vercihan Ziflioğlu, « Turkish Intellectuals Protest Arrest of Publisher », Hürriyet Daily News & Economic Review, 3 novembre 2011.

. « Le 28 octobre 2011, lors d'une grande chasse à l'homme à Istanbul contre les militants des droits de l’homme et les Kurdes, la police turque a également interpellé Ragıp Zarakolu, célèbre défenseur des droits de l’homme et directeur de la Maison d'édition Belge. Zarakolu est également le président, en Turquie, du Comité pour la Liberté d’Expression de l’Association des Editeurs. Son fils, Deniz Zarakolu, Editeur de la maison d'Edition Belge, a été arrêté le 4 octobre. Ragıp Zarakolu a publié de nombreux livres, tant sur l'oppression des minorités nationales en Turquie que sur le génocide arménien. Un peu plus tôt le 28 octobre 2011, au cours de la même chasse à l'homme, la professeure Büşra Ersanlı, experte en droit constitutionnel et membre de l'Assemblée du BDP, membre de la Commission Constitutionnelle du BDP, a été détenue avec des dizaines d'autres. »

(http://gercek-inatcidir.blogspot.com/2011/10/yetti-artik_29.html)

. « Nous vous prions de signer la pétition pour faire pression sur le gouvernement turc afin qu’il libère immédiatement tous ceux qui ont été mis en garde à vue dans le cadre des “opérations KCK” et afin d'exiger que le gouvernement du Premier ministre Erdoğan prenne l’engagement sincère de mettre fin à sa répression des efforts civiques en faveur des droits exigés par les citoyens kurdes de Turquie. »

(http://www.ipetitions.com/petition/detentionsinturkey/)

“Zarakolu Deserves the Nobel Prize, Not Prison,” BIA News Center, Istanbul, 4 novembre 2011.

“Zarakolu Nominated for Nobel Peace Prize,” BIA News Center, Istanbul, 6 février 2012.

. Cité par Reuters.

. Dave Itzkoff, « Paul Auster Responds After Turkish Prime Minister Calls Him “an Ignorant Man” », New York Times, 1er février 2012.

. Ursula Gauthier, « Ragıp Zarakolu : En finir avec “l’esprit génocidaire” », Le Nouvel Observateur fr., 22 janvier 2012 (http://tempsreel.nouvelobs.com/monde/20120122.OBS9495/ragip-zarakolu-en-finir-avec-l-esprit-genocidaire.html)

. Hürriyet Daily News, 13 avril 2012, propos recueillis par Vercihan Ziflioğlu.

. Cité par GIT France (www.gitfrance.fr).  

. Voir aussi : Vercihan Ziflioğlu, « Journalists Tried in Fresh Wave of KCK Case Today, » Hürriyet Daily News, 10 septembre 2012.

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Jeudi 27 septembre 2012 4 27 /09 /Sep /2012 22:47

Communiqué du GIT France sur les violations des libertés académiques à l’Université de Galatasaray / Istanbul

 

                                                                                  Paris, le 27 Septembre 2012

 

            Chercheurs et enseignants dans les établissements français, nous venons d’apprendre, par le biais de nos collègues turcs du GIT Turquie, la très inquiétante remontée des cas de violations de libertés académiques à l’Université de Galatasaray. Ils attirent notre attention sur trois événements récents où la présidence de l’Université a arbitrairement empêché le déroulement des activités de recherche.

            En avril 2012, l’Institut du Progrès Démocratique (DPI) basé à Londres était censé organiser une réunion intitulé « le rôle des médias dans les conflits » dans les locaux de l’Université de Galatasaray, sur l’autorisation et avec la participation du président. Or, suite à un article publié dans le journal islamiste Akit, présentant cette réunion comme étant organisée par le PKK, le président de l’Université a renoncé d’y participer et déclaré qu’il était hors de question qu’une telle réunion ait lieu à l’Université. 

            Plus récemment, la réunion intitulée « le rôle des universités et de la société civile dans le gouvernement des institutions pénales », organisée par le Centre d’études sociales avec l’autorisation du Ministère de la Justice, censée avoir lieu les 3 et 4 Octobre 2012 à l’Université de Galatasaray, a du être annulée par les organisateurs suite à l’exigence de la présidence de l’Université de changer les présidents de séance. Il s’agit d’un cas d’ingérence directe de l’administration dans le fonctionnement de la recherche, qui a obligé les organisateurs d’annuler cet événement pour des raisons éthiques.

            Enfin, une conférence organisée par plusieurs organisations non-gouvernementales et le centre de recherche sur les médias de l’Université de Galatasaray (MEDIAR) sous le nom de « La Construction de l’égalité des sexes. Expériences turques et suédoises » avait eu l’aval de la présidence, jusqu’à ce qu’elle apprenne la participation de la députée du BDP, Sebahat Tuncel. La présidence a demandé l’exclusion de Mme Tuncel sous peine d’interdire la tenue de la conférence qui devait avoir lieu le 6 et 7 Octobre 2012. Le comité d’organisation n’ayant pas accepté une telle discrimination, la présidence a effectivement annulé son autorisation.

            Ces événements ont été dénoncés fermement par les chercheurs/enseignants de l’Université de Galatasaray, parce qu’ils témoignent d’un arbitraire qui empêche les libertés académiques. De plus en plus, les décisions politiques de l’administration se substituent à la logique propre de la recherche. Ces décisions sont souvent basées sur des aspects non scientifiques, tels que l’identité ethnique ou les positions politiques des participants aux événements scientifiques. Elles soulignent par ailleurs la pression toujours croissante des médias et de l’opinion islamo-nationaliste sur les activités régulières des universités et des centres de recherche en Turquie.

 

            Solidaires de nos collègues turcs, nous demandons à la présidence de l’Université de Galatasaray de cesser immédiatement toute intervention arbitraire sur l’exercice des libertés académiques. Nous rappelons que de nombreuses collaborations scientifiques sont en cours entre l’Université de Galatasaray et nos établissements en France. En effet, la poursuite de ces collaborations implique un respect total des conditions universelles de la recherche et de son autonomie. Dans les conditions actuelles du non respect de ces libertés, nous invitons nos collègues en France de reconsidérer le bien-fondé de leurs collaborations éventuelles avec la présidence de l’Université de Galatasaray. Nous resterons solidaires de nos collègues turcs dans leur combat pour une université ouverte et démocratique. 

Par gitfrance
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Mardi 31 juillet 2012 2 31 /07 /Juil /2012 10:40

Civil and academic Initiative for defending democratic principles and preserve the rule of law in Romania

 

 

To:

The President of the European Council, His Excellency Herman Achille Van Rompuy

The President of the European Commission, His Excellency Jose Manuel Durao Barroso

The Vice-President of the European Commission, Her Excellency Viviane Reding

The Commissioner for Home Affairs, Her Excellency Cecilia Malmstrom

To the Secretary General of the European Commission, Ms. Catherine Day

 

Bucharest, July 20, 2012

 

Your Excellencies,

 

We are a group of Romanian intellectuals - scholars, academics, and researchers in fundamental, applied, and humanistic sciences, writers, and artists. Some of us are veterans of Romania’s democratic movement, others are representatives of a younger generation, but all of us are ardent defenders of European values. Many of us are not involved in any way in politics; some have various affiliations and sympathies. We express here a non-partisan viewpoint. Our only goal is to defend democratic principles and preserve the rule of law, as we did starting in December 1989.

We are now deeply troubled by external reactions to recent political events in our country. We hope this letter will help to clear up any misconceptions about the current situation and invite dialogue about the way forward. For we are deeply concerned by recent accusations that the Romanian Parliament and Government undermined the rule of law and judicial independence in its attempts to remove President Traian Basescu. It is hard for us to see that outstanding representatives of the European Union expressed a position ignoring a basic principle of law, audiatur et altera pars. This position could only have been arrived at based on misleading or incomplete information about the true nature of the situation within Romania.

 

Please allow us to draw upon our scholarly expertise and intimate knowledge of the political climate to present a few brief points: 

·        The Constitutional Court of Romania is not part of Romania’s independent judicial structure. Rather, it is a politically-appointed institution, and its exclusive vocation is to arbitrate in constitutional matters.

·        The Constitutional Court recognized that, in substituting the role of the Prime Minister, President Basescu transgressed the basic principle of the separation and balance of powers. The government became in fact responsible not before the Parliament, as it is in all the democratic European Countries, but actually before the President, as in the Russian Federation. The Parliament tended to become a void shell when the ruling majority was not allowed to cast its votes whenever there was a risk  of a dissident opinion. As such, his suspension from office by the Parliament is in conformity with the Romanian constitution, and will be confirmed or not by a general referendum, organized in the strictest respect of the law.

 

President Basescu speaks openly and freely about his role as a player, in spite of the fact that such a role is contrary to the constitutional definition of the Romanian president as a mediator.

Other recent incidents confirm our fears concerning the way in which president Basescu understands his competences:

·        In 2009, the parliament voted a motion of censure against the current government, which was dismissed by law. The President refused to recognize the proposal of the majority, as was his due, and did not appoint as Prime Minister the Mayor of the City of Sibiu, Mr. Klaus Johannis, supported by a large majority, but prorogated instead the dismissed government only to be sure that a favorable team will organize his re-election as President of Romania. 

 

·        The President declared live in an interview on TV that he had appointed by his own will both the heads of the Secret Services, who by law have to be appointed by the Parliament; recently, he added that he “almost made his mind” about the future General Attorney, who by law is proposed by the Minister of Justice, with the support of the independent Superior Council of the Magistrates.

 

·        Only a few days ago, the President told a reporter on TV that, when the German Chancellor Angela Merkel asked him if the Romanian Constitution contains any procedure of suspension from office of the President, he answered that  it does not. Maybe it was a slip of the tongue, but how can we put our country’s fate in such hands? The article 95 of the Romanian  constitution is explicit, and defines the procedure of suspension, from its initiation to the end of the process; the fact that the German - or any other European constitution does not is of no consequence in the matter.

 

That is why, over the last few years, average Romanians have become increasingly distressed by the actions taken by President Basescu and his associates. Voters elected his government and himself based on a platform of justice, fairness, and welfare for citizens. Instead, the President in person played his executive role when he initiated savage cuts of the wages and pensions of millions of teachers, soldiers, medical practitioners, judges, and civil servants, decimating the emergent middle class. At the same time, the public funds which paid the patrons of the dominating party increased year by year, in defiance of the general rhetoric of austerity. 

 

Perhaps even more troubling were the manifestations of intolerance among some of the supporters of the President. Not a few leaders of the President’s party declared that the Roma minority of Romania was “genetically programmed” to break the laws. We are constantly told —echoing the president himself—that the European ideal of a society that guarantees a decent life for all is obsolete, and should be replaced by a “competitive” society in which only the fittest and the strongest survive. This brutal form of Social Darwinism is opposed to the democratic values of the European Union that we so eagerly embraced in the last twenty years.

 

These are only a few of the recent events that sparked citizen demonstrations last winter in more than 60 Romanian cities. This popular rejection of intolerance and economic disparity will culminate in our referendum on 29 July. We sincerely hope this referendum will prove that democratic ideals are deeply rooted in Romanian society, vibrant and full of life.

 

We truly appreciate the time and care you give to considering the context we present above regarding Romania’s political climate at this delicate time. We hope that your statements of support in favor of the Romanian democracy will likewise reflect such complex facts, and that together we may pursue our common interest in a democratic, prosperous, and tolerant future both for Romania, and for the European Union.  

 

With our outmost consideration,

 

Nicolae Anastasiu, PhD, professor emeritus, member of the Romanian Academy, Liviu Antonesei, PhD, professor, Department of Psychology and Educational Sciences, « Al. I .Cuza » University Iasi ; writer and journalist, Vasile Astarastoae, Dr., Dr. Med, prof. univ., President of the University of Medicine and Pharmacy  « Gr. T. Popa », Iasi, Chairperson, Colegiul Medicilor din Romania – « Council of Physicians in Romania », Horia Barna, writer, translator, Vlad Bedros, PhD, assistant professor, National University of Arts, Bucharest, Corina Bernic, writer, translator, Cultural manager for Central and East Europe, a programme of the Robert Bosch Stiftung, Andrei Bodiu, PhD, writer, Valentin – Victor Bottez, PhD, lecturer, Department of Ancient History, Archaeology and History of Art, Faculty of History, University of Bucharest, Romulus Brancoveanu, PhD, professor, Department of Philosophy, University of Bucharest, Bianca Burta-Cernat, literary critic, Anca Calangiu, philologist, translator, Ileana Cazan, PhD, senior researcher, deputy chair, Romanian Academy, Institute of History”Nicolae Iorga”, Bucharest, Paul Cernat, literary critic, Marius Chelcu, PhD, Romanian Academy, "A.D. Xenopol" Institute of History,  Iaşi, Mihai Chioveanu, PhD, associate professor, Department Political Sciences, delegate of Romania in the Task Force for International Cooperation on Holocaust Education, Remembrance and Research, Mirana Cioba, PhD, associate professor, Department of Foreign Languages and Litterature, Chair of Ibero-Romance languages, University of Bucharest, Alin Ciupala, PhD, associate professor, Department of Romanian History, University of Bucharest, Razvan  Constantinescu, DrMed., University of Medicine and Pharmacy “Gr.T. Popa”, Iasi, Center for Gastroenterology and Hepatology, Emanuel  Copilas, Ph.D., assitant professor, Department of Political Sciences, “Universitatea de Vest” Timisoara, Marius Costa, DrMed., physician, Anni Costa, independent journalist, Eugen Cuteanu, Dr. Eng., Dorin David, researcher, “Transilvania” University Brasov, Iarina Demian, actress, director, writer, Georgeta Dimisianu, independent publicist, editor, Nicolae Iordan-Constantinescu, PhD, associate professor, Banking and Finance University, Bucharest, Octavian G. Duliu, PhD, professor, Department of Physics, University of Bucharest, Serban Foarţă, writer, Ildiko Gabor -Foarţă, psychologist, translator, Monica Ghetz, PhD, writer, Marius Ghilezan, writer, Cristian E. Ghita, PhD, post-doctoral researcher, University of Bucharest, Mihai Dinu Gheorghiu, PhD, professor, « Al. I .Cuza » University Iasi, Mihaela Grancea, PhD, professor, « Lucian Blaga » University, Sibiu, Andreea Grecu, PhD, cultural manager, Association of Cultural Operators from Romania, Ladislau Gyemant, PhD, professor, Director of the Institute for Judaistic, Babes-Bolyai University, Cluj, Constantin Hlihor,  PhD, Dean of the Department of History, Christian University "Dimitrie Cantemir", Bucharest, Octavian Hoandra, writer, independent journalist, Adrian Paul Iliescu, PhD, Department of Philosophy, University of Bucharest, Eugen Ionescu, DrMed., Hospices Civils de Lyon, Corina Iosif, PhD, senior researcher, Romanian Academy, Institute of Ethnography, Cluj – Napoca, Florin Lazarescu, writer, Ion Bogdan Lefter, PhD, literary critic, cultural and political analyst, writer, professor,Department of Letters, University of Bucharest, Sabin Adrian Luca, PhD, professor, “Lucian Blaga” University, General Director, Brukenthal Museum, Sibiu, Ecaterina Lung, PhD, professor, Department of Ancient History, Archaeology and History of Art, University of Bucharest, Coman Lupu, PhD Department of Foreign Languages and Litterature, Chair of Ibero-Romance languages, University of Bucharest, Alexandru Mamina, PhD, senior researcher, Romanian Academy, Institute of History ”Nicolae Iorga”, Bucharest, Sorin Marculescu, writer, Tudor A. Marian, PhD, professor emeritus of Physics,  University of Bucharest, Paulina Marian,  PhD, professor of Physics,  University of Bucharest, Alexandra Mitrea, PhD, Associate professor, Dean, Department of
Letters and Arts, “Lucian Blaga” University, Sibiu, Andrei Muraru, lecturer, « Al. I. Cuza » University, Iasi, Oana Murarus, PhD,
professor, Department of Letters, University of Bucharest, Marina Muresanu Ionescu, PhD, professor, Department of French Language and Literature, University « Al. I .Cuza »  Iasi, Carmen Musat, PhD, associate prfessor, Department of Letters, University of Bucharest ; editor in chief, “Observatorul Cultural” Bucharest, Lucian Nastasa-Kovács, PhD, Romanian Academy, Institute of History "George Baritiu", Cluj, Victor Neumann, PhD, professor, Department of Letters, History and Theology, Director of the Doctoral School of Conceptual History„Reinhart Koselleck” Universitatea de Vest, Timișoara

Viorica Niscov, independent researcher, translator, Gheorghe Vlad Nistor, PhD, professor, Department of Ancient History, Archaeology and History of Art, University of Bucharest, Cristian Olariu, Ph.D., Associate professor, Department of Ancient History, Archaeology and History of Art, Faculty of History, University of Bucharest, Marius Oprea, PhD, Chairperson of the Department for Special Investigations, Institute for Investigating the Crimes of Communism and the Memory of the Romanian Exile, Alexandru Pecican, theatre and film director, Ovidiu Pecican, PhD, professor, European Studies Faculty, Baves-Bolyai University, Cluj-Napoca, member of the National Council of the Romanian Union of Writers, Emanuel Petac, PhD, Senior reseacher, Library of the Romanian Academy, Numismatic Department, Zoe Petre, PhD, professor emeritus of Ancient History, University of Bucharest, Zeno Karl Pinter, PhD, Correspondent Member, Deutsches Archaeologisches Instituts (DAI), President of the National Romanian Comission for Archaeology, Cristian Pîrvulescu, PhD, professor, National School of Political and Administrative Sciences, President Pro Democratia, Ioan-Aurel Pop, PhD, Member of the Romanian Academy, Rector of the Babes Bolyai University. Cluj – Napoca, Grigore Popescu Arbore, Ph. D., Chief Technology Officer, The National Research Council / CNR, Institute of Marinne Sciences / ISMAR, Venice – Italy, Simona Popescu, PhD, writer, assistant professor, Department of Letters, University of Bucharest, Iulia Popovici, independent literary critic, Mihai Retegan, PhD, DHC Ovidius University, Constanta, professor, Department of Romanian History, University of Bucharest, Zoltan Rostas, PhD, professor, Univeristy of  Bucharest, Michael Shafir, PhD, professor emeritus, Babes-Bolyai University, Cluj, Cezar Sigmirean, PhD, University "Petru Maior", Targu-Mures, Elena Șaulea, PhD,  associate professor, National University of Theatral and Cinematographical Art, Bucharest, Ovidiu Simonca, journalist, deputy editor in chief, “Observator cultural”, Monica Spiridon, PhD, habilit. , prof. univ., University of Bucharest, Member  of Academia Europea, Vicepresident of  the  International Comparative Literature Association (ICLA), Chair to the  Experts Panel of Literature, European Science Foundation ( Program ERIH), Member of The European Pool of Reviewers, Evaluator of the European Research Council (" Bringing Great Ideas to Life", Panel SH5), Filip Stanciu, PhD, Rector, “Lumina” University, Bucharest, Cornel Apostol Stanescu, former General Director for Higher Education and Academic Research, Ministry of Education, Constantin Stoenescu, PhD, professor, Department of Philosophy, University of Bucharest.

Liviu Ioan Stoiciu, writer, publicist, Alexandru Suceveanu, PhD, emeritus vice-director, Romanian Academy Inastitute of Archaeology “Vasile Parvan”, Bucharest, Stelian Tanase, PhD, professor of Political Science, University of Bucharest, writer, Antoaneta Tanasescu, PhD, professor, Department of Letters,  University of Bucharest, Nicolae Serban Tanaşoca, PhD, professor, National University of Art, Bucharest, Director of the Institutute for South-East European Studies,  Romanian Academy, Lucian Dan Teodorovici, writer, Zoltan Tibori Szabo, PhD, senior researcher, associate professor, Department of Political Science, Administration and Communcation, “Babes-Bolyai” University, Cluj-Napoca, Nicolae Toboşaru, PhD, associate professor, University of Oradea, director, profesor asociat la Universitatea din Oradea,Graduate Studies in European Security, Florin Turcanu, PhD, professor of Political Science, University of Bucharest, Silviu Vacaru, PhD, researcher, Romanian Academy, Institute of History "A.D. Xenopol",  Iasi, Alexa Visarion, PhD, theatre director, Viorel Vizureanu, PhD, Associate Professor, Department of Philosophy, University of Bucharest, Laurentiu Vlad, PhD, professor, Department of Political Sciences, University of Bucharest, Felicia Waldman, PhD, assistant professor, University of Bucharest, Daniela Zaharia, PhD, assistant professor Department of Ancient History, Archaeology and History of Art, University of Bucharest.

 

 

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Vendredi 27 juillet 2012 5 27 /07 /Juil /2012 14:04

Voici le texte d’un « Manifeste de solidarité avec le Professeur Kazdaghli et les universitaires tunisiens », ainsi que la Liste de ses premiers signataires.

 

Ce Manifeste, qui a été initié par Robert Zittoun, Professeur émérite à l'Université Paris 6, sera rendu public (journaux, remise à l'Ambassadeur de Tunisie, ....) au mois d’octobre, peu avant le procès de Habib Kazdaghli, prévu pour le 25 octobre 2012. Il commence à circuler en France, en Europe et ailleurs, parmi les universitaires, les artistes, les cinéastes, les écrivains,....

 

Pour adhérer à l'appel, il suffit d'envoyer un courriel à l’adresse e-mail du Professeur Robert Zittoun (robert.zittoun@club-internet.fr) en indiquant, votre : Nom, Prénom, Titre ou Fonction et Ville de Résidence, précédé de la Mention : « Je signe le Manifeste de solidarité avec le Professeur Kazdaghli et les universitaires tunisiens ».

 

Voici quelques précisions sur le contexte par Marouane Ben Miled, enseignant à l’Ecole nationale d’ingénieurs de Tunis (http://www.enit.rnu.tn/), chercheur au Lamsin, associé au Ceperc, qui invite à signer le texte de solidarité ci-dessous. « Je ne sais pas si vous avez suivi les événements de la Faculté des lettres de la Manouba en Tunisie depuis la rentrée 2011-2012. Sitting violent, durant plusieurs mois, d'intégristes (dont la grande majorité n'est pas étudiante) qui ont insulté et menacé de mort des professeurs (notamment le doyen), parfois frappé; défoncé des portes de classes; empêché des cours de se tenir; tabassé très violemment des étudiants (notamment pendant dix minutes deux types baraqués se relaient pour donner des coups de pieds sur les parties génitales d'une jeune étudiante); mise à sac du bureau du doyen; remplacement du drapeau tunisien du fronton de l'établissement par un drapeau noir avec une inscription religieuse (drapeau faussement attribué au Prophète) etc. (Moins violent, d'autres événements du même type ont eu lieu dans d'autres établissements d'enseignement public). Le prétexte de tout cela était d'obliger l'administration et les professeurs à accepter que des étudiants puissent suivre cours et passer examens en étant voilés intégralement (on ne voit même pas les yeux). Refus du conseil d'administration et du doyen, qui acceptent néanmoins que l'on puisse circuler ainsi vêtu dans l'établissement mais pas pendant les cours. La complicité du gouvernement, avec ces actes, s'est exprimée par l'absence de réaction des forces de l'ordre malgré les appels du doyen et du conseil d'administration; les prises de positions de plusieurs ministres, dont le ministre de l'enseignement supérieur et de la recherche scientifique, qui ont affirmé systématiquement que la responsabilité des évènements revenait au doyen et aux enseignants-chercheurs etc. Ajoutons à cela que deux fils de ministres, dont celui de l'enseignement supérieur, étaient parmi les intégristes qui occupaient les lieux. Tout cela dans un contexte où l'enseignement public est remis en cause depuis la maternelle; des écoles religieuses sont créées dans tout le pays; la mosquée zitouna, vidée des théologiens et savants traditionnels par la force et remplacé par un illettré intégriste, ne se contente pas de redevenir un lieu d'enseignement, mais demande également les locaux de plusieurs établissements supérieurs. Tout cela en dehors de tout cadre légal. Aujourd'hui le Doyen de la Faculté de Lettres de la Manouba est traduit en justice au prétexte d'avoir agressé une étudiante, ce qu'il nie. Il n'y a aucun témoin de cette prétendue agression. Le Doyen risque une lourde peine de prison. »

 

Manifeste de solidarité avec le Professeur Kazdaghli et les universitaires tunisiens

 

Universitaires, intellectuels, professionnels des sciences, des arts et des lettres, nous soutenons les intellectuels tunisiens engagés dans la défense des libertés universitaires de leur pays. Nous partageons leur inquiétude, et sommes préoccupés par les pressions, provocations, et intimidations qui s’exercent à l’encontre d’universitaires dans l’exercice de leurs fonctions, et d’artistes exposant leurs œuvres. Nous avons été consternés d’apprendre que le Professeur Habib Kazdaghli, Doyen de la Faculté des Arts, des Lettres, et des Humanités de l’Université de Tunis-Manouba, est poursuivi devant les tribunaux et menacé d’une lourde peine de prison. Il est accusé d’avoir agressé une étudiante, alors que c’est lui qui a été victime d’agressions violant toutes les normes de conduite à l’égard d’un Professeur et d’un Doyen d’Université, avec des voies de fait confirmées par les nombreux témoignages qui nous sont parvenus. Nous exprimons notre pleine solidarité avec tous les universitaires, intellectuels et artistes qui défendent avec force et courage les valeurs des sciences, des humanités, et des arts. La liberté d’enseignement, de recherche et de création est une condition nécessaire à une vie universitaire et artistique dégagée de toute pression politique ou idéologique, et constitue une valeur universellement reconnue. Cette liberté est nécessaire au développement et au progrès de la société tunisienne, auxquels elle aspire pacifiquement.

 

Premiers Signataires : Jean-Michel Baleyte, Professeur, Psychiatrie de l’enfant, Caen

Patrick Baudry, Sociologue, Professeur des Universités, Bordeaux 3

Sadek Beloucif, Médecin, Professeur Université Paris 13

Philippe Bouchard, Professeur d’endocrinologie, Hôpital Saint-Antoine, Paris

Danièle Brun, Psychanalyste, Professeur émérite de l'Université Paris-Diderot

Claude-Arnold Boccara, Dentiste Paris

René Bokobza, Ingénieur civil Paris

Renato Bensasson, Chercheur CNRS-MNHN, honoraire

Jean-Yves Cahn, Professeur, Clinique Universitaire d'Hématologie, CHU Grenoble

Joel Ceccaldi, Hématologue des Hôpitaux

Christiane Charmasson, Psychiatre-psychanalyste

Geneviève Delzant, Professeur de Médecine Interne, Paris

Patrick Donabédian, Professeur à l’Université d’Aix-Marseille

Josué Feingold, Directeur de Recherche émerite Inserm

Nicole Feingold, Chercheur de recherche Honoraire Inserm

Arlette Fellous, Chercheur émerite, Inserm

Marc Fellous, Professeur émérite, Hopital Cochin, Paris

Eric Fiat, Philosophe, Université Paris-Est Marne-la-Vallée

Sonia Gallico, Historienne, Rome, Italie

Michel Geoffroy, Médecin, philosophe

Roland Gori, Professeur émérite Université d'Aix Marseille, psychanalyste

Corinne Haioun, Hématologue, Professeur faculté de médecine de Créteil

Françoise Héritier, Anthropologue, Professeur Honoraire au Collège de France

Norbert Ifrah, Président de la 47ème section du Conseil National Universitaire

Albert Jacquard, Généticien, écrivain

Axel Kahn, Généticien, Président honoraire de l’Université René-Descartes

Malek Kamoun, MD, Professeur de pathologie, Philadelphie, USA

Gabriel Laury, Psychiatre, New-York

Dominique Lecourt, Philosophe, Professeur émérite à l’Université Paris Diderot

Violette Lefi, Avocate, Maire adjointe chargée de la culture, Paris 12

David Machover, Professeur de Cancérologie, Hôpital Paul-Brousse, Villejuif

Daniel Martin, Consul Honoraire de la République de Vanuatu en France

Bernard Noël, Écrivain

Benoit Polack, Hématologue, Professeur au CHU de Grenoble

Henri Rochant, Professeur émérite de la faculté de médecine de Créteil

Simon Schraub, Cancérologue, Professeur émérite Université de Strasbourg

Claude Seys, Psychologue clinicienne, Fréjus

Didier Sicard, Président honoraire du Comité Consultatif National d’Éthique

Jean-Jacques Sotto, Professeur émérite d’Hématologie, CHU de Grenoble

Jean-Claude Soufir, Médecin, hôpital Cochin, Paris

Salvatore Spezial, Dipartimento Storia Culture e Religioni, La Sapienza, Roma, Italie

Gérard Socié, Médecin, Président de la Société Française d’Hématologie

Françoise Valensi, Maître de Conférences-Praticien Hospitalier, retraitée

Lucia Valenzi, Historienne, Université de Naples Federico II

Robert Zittoun , Hématologue, Professeur émérite Université Paris 6

Yasmine Zuily, Professeur émérite, Université Paris-Est, Créteil …………………………………………………………………………………………

 

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Site de GIT France (Groupe international de travail)

L'initiative GIT

GIT France est la branche française du

Groupe de travail international (GIT)

« Liberté de recherche et d’enseignement en Turquie », une initiative internationale d’universitaires, de chercheurs, d’étudiants, de traducteurs et d’éditeurs née à Paris le 21 novembre 2011

 

sites d’nformations globales :

www.gitiniative.com

http://www.facebook.com/pages/GIT-Initiative/288505904533560?ref=ts

   

Branches du GIT dans de nombreux pays :

Branche en France : www.gitfrance.fr

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Branche en Amérique du Nord : http://gitamerica.blogspot.com/

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Branche en Suisse :

info@sfst.ch 

 

Branche en Turquie :  http://gitturkiye.com/  

Dr. Zeynep Gambetti (zgambetti@gmail.com) ; Dr. Nesrin Uçarlar (nesrinucarlar@gmail.com)

 

Branche en Allemagne : http://gitgermany.wordpress.com/

gitgermany@yahoo.de

 

Branche en Grèce : Vasiliki Petsa (bisiapetsa@hotmail.com)

 

Branche en Italie : http://gititalia.wordpress.com/

git.italia@gmail.com

Pour suivre l'actualité des libertés en Turquie

http://www.susam-sokak.fr/ (Blog d'Etienne Copeaux, historien de la Turquie)

http://istanbul.blog.lemonde.fr/ (Blog de Guillaume Perrier, correspondant du Monde en Turquie)

http://turquieeuropeenne.eu/ (site d'actualité et de traductions d'articles)

https://akgonul.wordpress.com/2011/12/ (Blog de Samim Agkönül, historien et politiste)

http://www.imprescriptible.fr/  (sur le génocide arménien)

(liste non exhaustive)

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